5 décembre: nouveau chapitre pour les Français et la grève

Très attendue par certains et appréhendée par d’autres, une journée de grève interprofessionnelle a eu lieu ce jeudi 5 décembre pour lutter notamment contre la réforme des retraites portée par le gouvernement. 

Plusieurs syndicats (CGT, FO, FSU...) ainsi que des organisations de jeunesse (Unef, UNL…) ont appelé à la grève, aux côtés d’une grande partie du personnel de voirie et du personnel aérien, des services d’urgence, de l’Éducation Nationale, des sapeurs-pompiers ainsi que de nombreux Gilets jaunes et étudiants. La journée a même été déclarée “Journée Justice Morte” par le Conseil National des Barreaux, qui représente les soixante-dix mille avocats de France.

C’est au total aux alentours d’un million de personnes qui ont manifesté en France ce jeudi, dénonçant entre autres la perte d’acquis sociaux, leurs difficiles conditions de travail, et signalant leur colère et inquiétudes vis-à-vis de la réforme des retraites.



Cette mobilisation massive s’est relativement bien déroulée malgré quelques heurts à Paris ou à Nantes. 

Cette réforme des retraites qui suscite tant d’indignation est l’un des projets les plus ambitieux d’Emmanuel Macron, qui avait promis durant sa campagne de s’attaquer à ce dossier impopulaire. Jean-Paul Delevoye avait ainsi été nommé début septembre “Haut Commissaire à la réforme des retraites”, et celui-ci doit rendre ses conclusions ce 9 décembre. Elles seront ensuite discutées au Parlement début 2020.


Que contient la réforme exactement ?


Le projet tel qu’il a pour l’instant été présenté consiste à substituer les multiples régimes de retraites actuels par un système universel, en théorie afin d’assurer une plus grande égalité entre les Français. Il y a aujourd’hui quarante-deux régimes spéciaux de retraites dont bénéficient des employés de certaines entreprises publiques (SNCF, RATP), de branches entières (EDF, GDF) ou les membres de certaines professions particulières (militaires, marins..). Les différences de statut portent sur l'âge de cessation d'activité et sur la durée de cotisation. Le nouveau système imposera donc des règles communes à tous les actifs : salariés, fonctionnaires, indépendants, professions libérales, agriculteurs, etc. 


Ce système universel fonctionnera par points, comme l’explique J.P. Delevoye dans son rapport: « 1 euro cotisé donne les mêmes droits, quel que soit le moment où il a été versé, quel que soit le statut de celui qui a cotisé ». Chaque jour travaillé permettra donc d'acquérir des points. On ne tiendra plus compte des vingt-cinq meilleures années de carrière comme dans le privé, ou des six derniers mois comme dans le public, mais de l'intégralité de la carrière des actifs.

L’âge légal de départ à la retraite sera maintenu à 62 ans, mais un “âge d’équilibre” serait fixé à 64 ans, avec une décote pour ceux qui partiraient avant et une surcôte pour ceux qui voudraient travailler plus longtemps.


Qu’est-ce qui indigne une grande partie des Français ?


Une des critiques soulevées par les opposants à cette réforme porte sur le fait qu’il existe une différence de salaires entre le public et le privé, ce qui risque de créer encore plus d’inégalités dans les pensions de retraites si un système universel à points est adopté. En effet, la valeur du point sera identique pour tous, les petits salaires seront donc défavorisés et devront sans doute repousser leur âge de départ à la retraite. 

On reproche également à ce projet de ne plus prendre en compte la pénibilité de certains emplois, qui était à l’origine des régimes spéciaux. Par ailleurs, ce système qui comptabilise des points en fonction de l’ensemble de la carrière pénalise les personnes ayant eu des carrières “hachées”, notamment pour motifs de chômage ou de maladie.


Ce projet présenté par le gouvernement comme un projet de justice sociale est en réalité perçu par les syndicats et grévistes comme son inverse : une réforme aux contours floues accentuant encore les inégalités. Les Gilets jaunes, quant à eux, sont pour la plupart favorables à un système universel qui s’inscrit dans une optique de diminution des privilèges, mais ils s’opposent à d’autres aspects de la réforme et souhaitent surtout continuer à montrer leur mécontentement global vis-à-vis du gouvernement.


Cette réforme est donc largement contestée par les Français comme l’a prouvée la grève massive de jeudi dernier, approuvée par 69% des Français selon un sondage Harris Interactive. Ce week-end, le trafic était toujours extrêmement perturbé, et la grève a été reconduite jusqu’à lundi au moins pour la SNCF et la RATP, ainsi qu’une partie du corps enseignant. De nombreuses organisations syndicales et étudiantes, quant à elles, appellent à une nouvelle mobilisation générale mardi 10 décembre.


Jeanne Pavard

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