Affaire Victorine ou l'insécurité à son paroxysme


Elle n’avait que 18 ans. Elle pensait simplement rentrer chez elle pour retrouver sa famille après avoir passé une journée avec ses amis. Elle avait la vie devant elle mais celle-ci s’est arrêtée de manière brutale et inhumaine. Elle s’appelait Victorine Dartois.

Photo tirée de Vonjour.fr

Samedi 26 septembre, la jeune femme disparaît aux alentours de 19h après avoir prévenu sa famille qu’elle arrivait à pied dans « 20 minutes ». À 21h30, ses parents, sans nouvelles, donnent l’alerte. Son corps sera finalement retrouvé lundi 28 septembre dans un ruisseau à Villefontaine, en Isère.

Il y a quelques jours, les résultats de l’autopsie, rendus publics par le parquet de Grenoble, ont révélé que Victorine serait décédée par « noyade avec l’intervention d’un tiers ». Une thèse accréditée par les multiples ecchymoses retrouvées sur le corps de la victime.

Même si aucune trace de violence sexuelle n’a encore été constatée, le procureur-adjoint Boris Duffau n’écarte toutefois pas définitivement cette possibilité et de nouvelles analyses devraient apporter des précisions dans les prochains jours.

À ce jour, l’hypothèse privilégiée est celle d’une « mauvaise rencontre ». Une mauvaise rencontre qui a semblé faire écho sur les réseaux sociaux. En effet, à travers le #Victorine, de nombreuses personnes, notamment des femmes, ont exprimé leurs condoléances à la famille de la victime, mais aussi leur peur. Car l’histoire de Victorine aurait pu être la nôtre. Être effrayée à l’idée de rentrer seule, de jour comme de nuit. Ne pas être sereine quand on sent une présence derrière soi ou changer de trottoir, par peur d’être accostée voire agressée. Recevoir des remarques, des insultes ou des sifflements et, pourtant, continuer à marcher en faisant comme si on n’avait rien entendu car on ne sait pas comment pourrait réagir notre interlocuteur. Tel est le quotidien de beaucoup d’entre nous aujourd’hui. Quand cela va-t-il s’arrêter ? Quand pourrons-nous nous sentir en sécurité dans nos villes, dans nos rues ? Malheureusement, l’affaire Victorine nous prouve que nous sommes encore loin de cette réalité.

L’idée n’est pas d’accuser tous les hommes, loin de là, mais simplement de dénoncer une situation invivable pour des milliers de femmes et en tant qu’étudiants lillois, nous nous sentons particulièrement concernés.

D’ailleurs, une enquête réalisée en 2018 par la Fédération des associations étudiantes de Lille (FAEL) avait pointé le sentiment d’insécurité des étudiants dans certains quartiers le soir. Sur les 4 000 sondés, 84% disaient avoir déjà subis du harcèlement à Masséna-Solférino, lieu de prédilection des soirées étudiantes, et 15% y ont déjà été agressés. Concernant Wazemmes, les résultats sont plus nuancés car si 25% des sondés craignent de s’y faire agresser, le pourcentage d’agression s’élève à 5%.

De plus, un élément assez alarmant ressort de cette enquête puisque sur les 889 répondeurs victimes d’une agression, plus des trois quarts n’ont pas déposé plainte parce qu’ils ont pensé que ce serait inutile. Ces statistiques révèlent un sentiment d’abandon pour des étudiants qui doivent toujours prendre des précautions lorsqu’ils sortent. Triste mais réel, une des premières choses que l’on m’a dite en arrivant ici est : « Évite de rentrer seule le soir, on sait jamais ce qui peut arriver ».

Alors comment y remédier ? Ces derniers temps, les applications de lutte contre le harcèlement de rue telles que « The Sorority » ou encore « Garde ton corps » se sont multipliées.

La première offre plusieurs types d’alertes mais elle permet notamment d’enclencher un signal qui sera perçu par les utilisatrices à proximité, qui pourront ensuite apporter leur aide et géolocaliser la personne en danger. Sa créatrice, Priscilla Routier Trillard, a choisi de rendre son outil non-mixte afin que les agresseurs, majoritairement des hommes, n’aient pas accès aux informations fournies par l’application. De plus, une photo d’identité et un selfie sont demandés au moment de l’inscription pour éviter toute usurpation d’identité.

Capture du site JoinTheSorority.com

La seconde recense des « lieux refuges », c’est-à-dire des bars, restaurants et hôtels qui s’engagent à accueillir quiconque s’estime en insécurité sur la voie publique.

Toutefois, ces applications, bien qu’utiles, ne peuvent pas garantir une entière sécurité car certains agresseurs n’hésitent pas à les télécharger et à se faire passer pour des « gentils ». De plus, les utilisatrices qui viendraient en aide à une personne pourraient, elles aussi, se retrouver en danger. En clair, rien ne changera tant qu’une éducation profonde sur le respect et le savoir-vivre n’aura pas été enseignée et cela, dès le plus jeune âge.

Malgré tout, de plus en plus d’hommes et de femmes incitent les personnes qui se sentent en insécurité à venir à leur rencontre et à agir comme si elles se connaissaient. Un acte qui peut sembler banal mais qui permet souvent de repousser de potentiels agresseurs et donc parfois, de sauver des vies.


Léa Duval-Olivier

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