Alexandria Ocasio-Cortez, la tempête New-Yorkaise

« La politique ne faisait pas partie du plan » lançait la jeune femme dans son premier spot publicitaire. Alors que la socio-démocrate fait de plus en plus de bruit, son passé ne semblait pas la destiner à prendre place dans la Chambre des Représentants. Pourtant, l’Amérique anti-Trump lui avait bien réservé son siège.

Photo: Sarah Silbiger/The New York Times via Redux

L’étoile montante du Bronx


Issue d’une famille d’immigrés Espagnols, élevée dans un HLM du Bronx, son code postal ne l’orientait pas vers une grande carrière politique. Mauvaises écoles, quartier réputé dangereux, Alexandria évolue dans la misère sociale. Bientôt, ses parents se démènent pour lui permettre des études correctes et déménagent. Très jeune, elle découvre l’injustice sociale et se construit une forte mentalité. Remarquable élève, elle fait bon usage du privilège offert par sa famille et sort diplômée de l’Université de Boston en relations internationales.


Singulière, elle a surmonté un vécu compliqué grâce au virus de l’engagement politique. Elle commence au téléphone, par des démarchages pour la campagne de Barack Obama en 2008. Très vite, Ocasio-Cortez continue dans une lutte contre les inégalités dont elle a été et est toujours témoin. Notamment au sujet de l’immigration, lors d’un stage chez le sénateur Ted Kennedy. Seule hispanophone du staff, la jeune femme de moins de 25 ans alors, communique avec les électeurs immigrés. La voie électorale lui semble fermée mais l’appel de la politique lui est imperturbable. C’est suite à cette expérience qu’elle prend la décision d’agir sur le terrain, en tant qu’activiste.


Ainsi, lorsqu’elle réalise qu’elle ne peut pas voter pour les primaires démocrates de 2016, la serveuse s’active dans la campagne de Bernie Sanders. Ce dernier échoue face à Hillary Clinton mais l’ensemble des membres de son équipe de campagne s’affairent dans la création de quelque chose de neuf. Le mouvement ‘Brand New Congress’ (« Un Congrès tout neuf ») va faire briller une jeune inconnue pour lui faire suivre une formation en communication. Dès 2017, Alexandria Ocasio-Cortez commence à monter les étroites marches de la politique américaine.


Une ascension fulgurante


Ces idées sont radicales face au très respecté Joseph Crowley, principal candidat du Parti Démocrate. Sûr de lui et de ses financements de campagne, il cherche à écraser celle qui paraît toute frêle à ses côtés. La « socialiste » est presque discréditée par son choix de mot, dangereux pour l’Amérique de Trump. Seulement, la native du Bronx est assoiffée de justice et milite pour des avantages sociaux. Loin d’elle l’idée de nier l’appellation « socialiste-démocrate », à la Bernie Sanders, Ocasio-Cortez se lance à la quête des électeurs. Imitant Donald J. Trump en mieux, elle envahit les réseaux sociaux comme les rues pour récupérer des voix. Contre un candidat condescendant, ce nouveau souffle démocrate a su apporter la modernité et la modestie au sein du navire politique. Le 26 juin 2018, son visage surpris s’affiche sur tous les écrans, un phénomène local est devenu national : la presse l’adule et l’Amérique aussi.


Les cinq prochains mois sont consacrés à sa campagne pour les mid-terms de Novembre. Face au Républicain Anthony Pappas, la militante socialiste profite de sa jeunesse et de sa position privilégiée pour « une femme comme elle », telle qu’elle se qualifie dans son spot publicitaire. New-York a besoin d’un champion mais pas n’importe lequel. Le Bronx et le Queens demandent un champion de la classe ouvrière, prêt à représenter les salariés et leurs intérêts, à les comprendre. Le candidat Républicain ne rentre pas dans cette case et permet à Alexandria Ocasio-Cortez, 28 ans, de devenir la plus jeune représentante jamais élue au Congrès.


2019, l’année Ocasio-Cortez


Le 3 janvier dernier, son siège l’attend à la suite de son serment. La jeune démocrate rentre officiellement au Congrès Américain, dans cette Chambre des Représentants un peu plus bleue qu’auparavant.

Elle porte la vérité, la justice sociale, bien-sûr, la New-Yorkaise s’en va affronter les multiples, mais pas diverses, critiques. D’abord, avec la sortie d’une ancienne vidéo, sur les toits de la Boston University, où on la voit danser. « J’ai entendu que le GOP (Grand Old Party/Parti Républicain) pense qu’une femme qui danse est scandaleux, attendez de voir un membre du Congrès danser ! », répond-t-elle dans un tweet. La jeune élue essuie les tentatives de discrédit avec humour, au plus grand plaisir des réseaux sociaux qu’elle continue d’exploiter. Seulement, sa légèreté n’est pas son seul atout, elle se démarque des autres membres de la Chambre par sa jeunesse et sa témérité.


Objet de nombreux articles, elle sait jouer de sa notoriété. Dernièrement, elle est filmée lors de son intervention auprès de Karen Hobert-Flynn, de ‘Common Cause’. Cette dernière milite contre les pratiques financières douteuses de la vie politique américaine et est apparue à la Chambre afin de soutenir un projet de loi. Pendant cinq courtes minutes, Alexandria Ocasio-Cortez dénonce un « système fondamentalement cassé » qui permet de nombreuses pratiques « sales » de la part des politiciens américains, tout en restant dans la légalité. L’hispanophone cultive cette volonté partagée de contrer la partie rouge de la Chambre en pointant du doigt les problèmes ancrés dans la loi de son pays. Ainsi, les « sales types », dénoncés ici, sont devenus le carburant des démocrates de 2019. Pour la jeune démocrate, peut-être seront-ils source de détermination, non pour 2020 mais pour 2024 ?



Estelle Kammerer


1 vue0 commentaire

Posts récents

Voir tout