Asile et immigration : jusqu’où aller ? Retour sur le débat unissant Vincent Ledoux et Xavier Iacove

Le 18 octobre dernier, l’association A vos Bancs organisait une conférence réunissant deux parlementaires, Vincent Ledoux, député de AGIR dans la 10ecirconscription du Nord, ainsi que Xavier Iacovelli le Sénateur du Parti Socialiste des Hauts de Seine, pour débattre d’un sujet ô combien clivant : celui de l’immigration.

C’est dans une ambiance plutôt conviviale que débutait le débat en salle des Actes, dans les murs de l’Université Catholique de Lille. Alexis Massart introduisant les hostilités, insistant sur sa fierté de voir tant d’étudiants prêts à prendre des initiatives et emplis de curiosité.

Détail étonnant, Mr Ledoux et Mr Iacovelli n’étaient pas à leur première rencontre, chacun étant engagé dans des associations et des groupes d’amitiés, ils s’étaient notamment déjà rencontrés en Afrique lors d’une mission.

Les deux protagonistes ont ensuite pu développer, Mr Ledoux soulignant l’importance de la relation qu’il a noué avec son attaché parlementaire Kalidou Kebe, un malien venu en France pour ses études et qui s’y est installé. Le partage culturel et intellectuel que représente leur relation étant une illustration de ce pourquoi se bat le député.

Vient le tour de Xavier Iacovelli, il admet devant l’assistance d’un air gêné que c’est la première fois qu’il parle devant un amphi. Il s’est dit très attaché au territoire, à sa ville d’origine, pour laquelle il souhaite un jour servir comme maire. Ce débat lui tenait particulièrement à cœur étant lui-même petit fils d’immigré.

Le débat

Trêve de mondanités, la première question à être abordée n’était pas des moindres, sujet d’actualité oblige : la problématique de la politique d’aide aux réfugiés, face au « manque » de place pour les migrants de l’Aquarius, fait rentrer tout de suite les deux hommes dans le vif du sujet.

La nécessité d’une collaboration interétatique, d’une Union Européenne plus présente face à ce problème a été un point d’accord entre les deux élus. Le député Agir cherchait à montrer l’importance de désagréger les tabous : « On parle d’invasion africaine, mais c’est faux ! Du point de vue mondial, leur migration représente 12%, et 70% de ce chiffre représente des migrations au sein même du continent africain. Quant à la France, aujourd’hui il ne représente que 3% de la population ». Le sénateur Iacovelli montrait lui qu’il y avait une institutionnalisation du mauvais accueil pour espérer accueillir moins : « Le dernier Aquarius comptait 58 rescapés, et nous sommes incapables de leur donner accès à notre sol ? », il souhaite, par exemple, réformer les directives de Dublin qui oblige les migrants économiques a passer par les pays frontaliers responsable selon lui d’une montée des populismes avec Salvini en Italie et Orban en Hongrie. En outre, il a aussi souligné un besoin de rééquilibrer les charges entre les différents membres de l’UE, alors qu’actuellement, le Nord et l’Ouest se défaussent de cette responsabilité.

Dans un deuxième temps, nous sommes revenus sur la nouvelle loi d’asile et d’immigration promulguée en septembre 2018, demandant des explications sur le doublement du temps en rétention pour des personnes à qui on refuse le droit de rester sur le territoire.

« Hypocrisie »

Ce doublement n’a aucun sens selon eux, hormis l’affichage d’une politique plus « sociale ». De leur point de vue, la rétention est en réalité une détention : « dans les centres, ces personnes sont enfermées et entendent les avions partir, se demandant si le prochain n’est pas pour eux » explique Vincent Ledoux. Si ces migrants restent trop de temps au même endroit, à l’image des maisons d’arrêt, cela pourrait très vite dégénérer. Le problème majeur étant le manque de collaboration avec les ambassades locales, ces mesures administratives sont vues comme de véritables expéditions.

La collaboration interétatique apparaît ici encore comme la condition sine qua none d’une amélioration réelle de la situation.

Arrive la troisième question, celle ci, plus hypothétique, reposait sur la place qu’occuperait selon eux l’immigration dans la campagne européenne, dû à la montée des nationalismes.

Xavier Iacovelli est intervenu, disant que s’il s’avérait que ce soit le cas, ce serait vraiment une déception : « ce serait un échec de rester fixé à ce débat ». L’humanisme n’est plus la priorité, pourtant on semble oublier qu’au XXe siècle, c’était nous, les européens, qui étions sur les routes. Le problème des élections aujourd’hui, est qu’il y une véritable remise en question entre : respecter et suivre ses valeurs ou s’aligner dans le vent pour s’assurer d’être élu. Ce à quoi Vincent Ledoux a acquiescé.

L’échange avec les étudiants

Cinq autres questions étaient prévues, mais en présence de deux parlementaires et d’un sujet aussi complexe et clivant pour nos sociétés occidentales, difficile de respecter un certain timing !

C’est pourquoi, le temps de questions accordé aux auditeurs du débat est vite arrivé, et les questions n’ont pas manqué. Regroupant des problématiques telles que : la répression des associations, le Brain Drain africain, la « politique équilibrée », le délit de solidarité, les liens entre différents hommes politiques, …

Q : Les associations humanitaires dénoncent une répression sur les migrants de la part des forces de l’ordre, quelles mesures peut-on prendre face à cela ?

Le député a appelé dans un premier temps à laisser à chacun son rôle : « Je soutiens les forces de l’ordre jusqu’à ce que la preuve d’une mauvaise action soit fournie », après quoi des enquêtes et des sanctions seront menées. On a besoin des associations, mais nous sommes aussi un Etat de droit qui est maintenu grâce à la protection des forces de l’ordre, il faut donc respecter la présomption d’innocence ».

Xavier Iacovelli rejoint aussi le député dans sa démarche, en mettant plus en avant les actions des associations. Ce serait elles qui s’occuperaient réellement des migrants quant à l’accueil et l’intégration au sein du territoire.

Q : Quelle position avez-vous Mr Iacovelli vis-à-vis de Gérard Collomb ?

Le sénateur admet avoir été proche de Manuel Valls pendant un temps, puis s’est progressivement éloigné de lui depuis qu’il a développé une obsession vis-à-vis du terrorisme et sur la déchéance de nationalité. Il dit ne s’être jamais senti très proche de Gérard Collomb et il se dit également en désaccord avec la loi sur l’immigration.

Q : Qu’est-ce qu’une politique équilibrée, comme mentionnée précédemment ?

Selon les deux parlementaires cela passe par plusieurs révisions : la renégociation des directives de Dublin, une politique migratoire homogène parmi les pays Européens. En effet, à l’heure actuelle par exemple le Soudan est considéré comme un pays non-sûr par la France, mais pas par tous ces homologues européens. D’où la nécessité d’unifier ces réglementations. Et ajouter en plus l’apprentissage de la langue française par des cours ou par le sport.

Q : Pourquoi autorise-t-on plus facilement aux élites d’accéder au sol français ? Ne serions-nous pas en partie responsable du développement tardif de l’Afrique dans ce cas ?

Vincent Ledoux a avoué être d’accord avec ce principe, le problème est que ces élites ne sont pas poussées par leur Etat pour aider au développement, c’est pourquoi le plus souvent ils reviennent dans les pays européens pour s’épanouir. Pour Xavier Iacovelli on touche au réel problème : la sélection de don des cartes de séjour ne devrait pas reposer sur le talent, le mérite, ou la compétence. Il trouve aberrent qu’il faille risquer sa vie dans certains cas pour mériter la nationalité, en référence au cas de Mamadou Gassama. Donner la nationalité seulement pour ce prétexte montre qu’on ne s’est toujours pas éloigné d’une vision néocoloniale.

Q : Doit-on conserver le délit de solidarité ?

Pour le sénateur il faut totalement supprimer cette mesure. On ne devrait pas être puni pour avoir sauvé quelqu’un. D’un point de vue moral, c’est complètement injuste. Le député le rejoint dans cette vision : « tant qu’on n’a pas été confronté au problème, à ce choix, on ne peut pas comprendre ».

Conclusion du débat

Il faut user de la politique pour établir des relations entre humains contenant plus d’humanité. C’est l’art de trouver les intelligences et d’en former une nouvelle synergie. C’est la seule solution pour permettre une collaboration vers un futur et une vision sociale. Il faut à tout prix éviter le clivage qui conduit à l’éparpillement de la société en différentes factions conduisant seulement à des volontés haineuses.

« Je suis libre de mes choix et de mes paroles » a déclaré Xavier Iacovelli. Il est dans la défense de ses idéaux, même s’ils ne sont pas réalisés par son parti : « en étant à l’opposition, j’ai voté 90% des mesures proposées car elles concordaient à ma vision ». L’organisation de la politique à l’heure actuelle nous donne l’obligation d’appartenir à un mouvement pour justifier nos actions. « Beaucoup ont peur, mais je ne crois pas en la mort des partis, la preuve étant que quand la dualité gauche-droite ne satisfaisait plus, d’autres partis se sont formés. »

À cela, il existe des clivages partout : au sein même du parti de La République en Marche, il y en a entre la gauche et la droite des différents acteurs. Le Sénateur met en garde : selon lui, il faut relativiser l’image qu’on peut avoir des partis et invite les participants à, un beau jour, continuer ce débat au sein des murs du Sénat.

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