Bélarus – Deux mois après les élections, comment la situation à Minsk évolue-t-elle ?

Crédits : Rufina Bazlova


A l’heure où j’écris ces mots, deux mois tout pile se sont écoulés depuis l’annonce des résultats de l’élection présidentielle Bélarussienne de 2020 – officiellement remportée, d’après les chiffres officiels du gouvernement, par Alyaksandr Lukashenka. Les chiffres donnés par le gouvernement le donnent en effet vainqueur avec 80% des voix, là où son opposante principale, Sviatlana Tsikhanouskaya n’aurait obtenu que 10% du vote populaire. Depuis cette annonce et l’énorme mobilisation du 9 août 2020, lors desquelles des centaines de milliers de bélarussiens -le plus souvent par des femmes en première ligne, protégeant le reste des manifestants-, la situation a beaucoup évolué. Dans cet article, je vais donc tenter de vous résumer les évènements des dernières semaines concernant la candidate de l’opposition S. Tsikhanouskaya, le gouvernement de Minsk ainsi que les soutiens et les sanctions que ce dernier s’est vu attribué.


Depuis l’annonce des résultats, Tsikhanouskaya s’est réfugiée à Vilnius. C’est depuis la sécurité de la Lituanie que la « leader du Bélarus démocratique », comme elle se présente sur Twitter, a pu débuter sa campagne auprès des leaders des pays d’Europe. Depuis le 9 août, Tsikhanouskaya a rencontré Macron, Merkel, la présidente Caputova de Slovaquie, le président lithuanien Nauseda, etc. Si tous ces chefs d’états ne prennent pas le parti de la reconnaitre comme la candidate ayant remporté les élections, ils sont cependant unanimes sur le fait que les résultats de l’élection bélarussienne ne sont pas légitimes. Elle n’avait rien de libre, de juste ou de démocratique : Lukashenka n’en n’est d’ailleurs pas reconnu par l’Union Européenne comme le vainqueur. A la suite d’un sommet exceptionnel, l’UE (en plus d’avoir pris la décision de ne pas reconnaitre les résultats de l’élection) appelle à une démission du gouvernement et du chef d’état bélarussiens et à de nouvelles élections, ce que la Russie veut à tout prix éviter.


Dans un contexte politique et social toujours mouvementé à Minsk, qui est toujours le théâtre d’immenses manifestations, deux événements majeurs ont eu lieu : l’application de sanctions européennes envers le Belarus (qui est un grand exportateur de produits agricoles tels que le fertilisant) ainsi qu’un large prêt et une promesse de soutien militaire par la Russie, dans le cas où la situation dans la « dernière dictature d’Europe » dégénérerait un peu trop au goût du Kremlin (qui a d’ailleurs, le 7 octobre 2020, ajouté l’opposante Tsikhanouskaya à sa liste des « most wanted »). À la suite de ces annonces, le gouvernement de Lukashenka a lui-même annoncé des sanctions envers l’Europe : elles touchent en particulier la Pologne et la Lituanie, dont le port de Klaipėda dépend fortement des exports bélarussiens, qui à eux seuls comptent pour un tiers des marchandises passant par la petite ville portuaire. Peu après l’annonce de la décision du gouvernement de Minsk cependant, la Lituanie et la Pologne (suivies sous peu par l’Estonie et la Lettonie, et sûrement par d’autres dans les prochaines semaines) ont renvoyé leurs ambassadeurs bélarussiens dans leur pays d’origine, coupant donc les relations diplomatiques entre ces états pour qui le pouvoir en place n’est plus légitime.


C’est dans ce contexte mouvementé à l’arrière-goût de guerre froide que nous nous trouvons aujourd’hui : les pays de l’ouest de l’Europe sont du côté de Tsikhanouskaya, et le gouvernement autoritaire en place est soutenu par un Poutine déterminé à garder son « non NATO buffer state » sous contrôle. Seul l’avenir nous dira comment la situation évoluera. Du côté démocratique, l’opposante au régime s’est exprimée dans une interview au journal allemand Die Ziet : elle déclare qu’elle « ne veut pas être présidente », et que son unique but est de « rendre le pouvoir après l’organisation d’élections libres » (ce qui fait sens, n’étant pas une femme politique de carrière et s’étant engagée à la suite de l’emprisonnement de son mari par le régime de Lukashenka). Pendant ce temps, Minsk continue à se révolter, mais rien ne semble pour le moment prouver que le régime s’effondrera demain.


Joris, Charlie Poure

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