Balkany libéré, révélations sur les conditions d’incarcération

Mercredi 12 février, l’ancien maire de Levallois-Perret a été remis en liberté suite à la dégradation de sa santé durant son séjour en prison.


À l’automne dernier, le tribunal correctionnel de Paris avait condamné le couple Balkany à de lourdes peines pour fraude fiscale, blanchiment et prise illégale d’intérêt. Isabelle Balkany n’avait pas été incarcérée immédiatement et assumait alors les fonctions de maire par intérim à Levallois, tandis que son époux demeurait en prison à Paris. Après six demandes de libération et d’aménagement de son contrôle judiciaire, l’ancien baron des Hauts-de-Seine a quitté la maison d'arrêt de la Santé où il était incarcéré depuis le 13 septembre. Le rapport médical révélait “une dégradation manifeste de son état de santé”, comprenant une perte de poids, des pathologies osseuses, digestives et cardio-vasculaires, ainsi qu’un “état dépressif marqué”.

Selon l’avocat de Patrick Balkany, M. Romain Dieudonné, “la Cour n’a pas fait de cadeau à Balkany".  Pourtant, les libérations pour raisons médicales sont difficiles à obtenir et restent rares en France. Elles sont octroyées lorsque l’état de santé est jugé incompatible avec la détention, or cette incompatibilité doit être prouvée par une enquête que peu de prisonniers peuvent financer.



Les réactions sur les réseaux sociaux à l’annonce de la libération de Patrick Balkany ont été virulentes; le cas Balkany semble en effet être un nouveau symbole d’une justice à deux échelles. Ceux qui ne bénéficient pas de moyens et d’une couverture médiatique telle que celle du couple Balkany sont livrés à eux-mêmes, dans un système qui n’applique que très peu les dispositions légales en vigueur concernant les conditions d’incarcération. On peut ainsi citer le cas d’un homme s’alimentant par sonde depuis trois ans, mais dont l’état est jugé compatible avec l’incarcération, de celui vivant en fauteuil roulant dans une cellule inadaptée, ou encore tous ceux qui souffrent de pathologies psychiatriques sans que le personnel pénitentiaire n’y soit formé ! Un rapport de Human Rights Watch de 2016 avait estimé qu’un quart des détenus étaient atteints de troubles psychiatriques, pour seulement 14% de prisons ayant des services médico-psychologiques dédiés. Ces détenus, souvent dangereux pour eux-mêmes et les autres, ne bénéficient pas d'une prise en charge adaptée et peu de libérations leurs sont octroyées à cause de leur état de santé…


Si la libération de Patrick Balkany pour des raisons de santé est loin de convaincre tout le monde - notamment parce qu’on l’a vu sur de nombreux plateaux TV quelques jours seulement après sa sortie, on peut espérer qu’elle mettra en lumière la réalité des conditions de détention en France.


Jeanne Pavard

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