Bolivie, la fin d’une ère politique

Depuis maintenant une semaine, la Bolivie fait face à de nombreux heurts entre une partie de la population et les forces de l’ordre. Ces heurts se présentent comme une réponse aux évènements politiques qui ont secoué le pays ces dernières semaines. Evo Morales, 80ème Président de la République de Bolivie, est soupçonné de fraude électorale après les dernières élections générales du 20 octobre 2019. Suivant l’annonce de sa victoire, de nombreuses manifestations ont éclatées dans le pays, poussant alors le Président à démissionner et à s’exiler au Mexique. Le Canari vous en dit plus sur cette crise politique...


Un peu d’histoire


Afin de mieux comprendre qui est Evo Morales, revenons à une période bien antérieure à cette crise politique. À la fin de son adolescence, Evo Morales décide de s’engager dans le combat syndical et la lutte politique, notamment par son engagement pour la coca. Cette plante cultivée depuis des siècles permet à de nombreux paysans de vivre mais est également la source d’un trafic de drogue s’exerçant sur tout le continent. Au début des années 2000, le gouvernement argentin, à cette époque présidé par Gonzalo Sánchez de Lozada, décide de restreindre voire même de détruire les productions de coca, laissant ainsi les paysans sans ressources. Des révoltes se lèvent et font émerger une figure clé du mouvement. Celle-ci n’est autre qu’Evo Morales, qui se présente comme figure d’opposition à ces réformes contre la culture de la coca. Ce dernier se présente alors aux élections présidentielles du 19 décembre 2005 et remporte 53,7% des voix. Il devient alors le premier chef d’État bolivien à avoir des origines amérindiennes.


Quel bilan économique et social pour Evo Morales ?


Evo Morales est connu pour son bilan économique et social globalement positif pour la population bolivienne. Depuis 2005, le pays connaît une forte croissance économique ininterrompue grâce aux exploitations de matières premières et à la politique de nationalisation du secteur, qui permettent à l’État de faire rentrer jusqu’à deux milliards de dollars par an. Les mandats de Morales sont également caractérisés par un taux de chômage qui reste faible, environ 3,3% de la population active, ainsi que par des investissements dans des infrastructures d’éducation et de santé. De plus, le niveau des inégalités recule grâce aux importantes politiques de redistribution des richesses.



Cependant, le revers de ce bilan reste peu connu. Malgré un taux de chômage qui reste bas, la situation ne s’améliore pas pour toute la population, notamment pour les jeunes actifs qui souffrent davantage de cette situation (avec un taux de chômage compris entre 7,5% et 10%). De plus, l’économie bolivienne est caractérisée par un important secteur informel qui échappe aux autorités. Sur le plan politique, le gouvernement est lié à un niveau de corruption qui place la Bolivie au 132ème rang (contre 180) sur l’indice de perception de la corruption de l’ONG Transparency International.


Mais que se passe-t-il aujourd’hui ? 


Lors des élections générales d’octobre dernier, Evo Morales est élu Président pour la quatrième fois consécutive avec 47,07% des voix, contre 36,51% pour son opposant Carlos Mesa. Cette élection intervient trois ans après l’échec d’un référendum constitutionnel tenu en 2016 afin de supprimer l’interdiction, stipulée par la Constitution, de l’exécution d’un quatrième mandat par un président bolivien. Ignorant les résultats de ce référendum, Evo Morales se représente en octobre et gagne cette nouvelle élection, non sans soupçons de fraude de la part de la population et de certaines organisations internationales. En effet, le système électoral bolivien stipule que le candidat en tête du premier tour doit obtenir la majorité absolue (qui correspond à 40% des voix) ou avoir 10 points d’écart avec le second candidat pour l’emporter - Morales en a obtenu 10,5. Le faible écart entre ces chiffres et les conditions électorales poussent la population à manifester contre une supposée fraude électorale. Ces nombreuses manifestations, qui dénoncent parfois la dictature, réclament le départ du chef de l’État et font pression sur le gouvernement avec l’aide des forces de l’ordre.

En réponse à cette pression, Evo Morales démissionne le 10 novembre 2019 et s’exile au Mexique qui lui offre l’asile politique. 


Un coup d’État ?


L’ancien président décrit les récents évènements comme un coup d’État. En effet, sa démission, fortement imposée par les pressions des autorités et suggérée par son chef des armée, interroge son réel souhait de quitter son pays. En s’exilant au Mexique, Morales dit être rassuré pour sa vie qui serait en effet menacée en Bolivie. Il accuse les rapports sur la supposée fraude d’être l’oeuvre d’organisations qui collaborent avec les tenants de ce coup d’État. De plus, il nomme la proclamation de Jeanine Añez, deuxième vice-présidente du Sénat, comme “Le coup d’Etat le plus astucieux et le plus odieux de l’histoire”. L’opposition à Morales prononcée par la présidente par intérim ne fait que renforcer cette idée de coup d’État.

Néanmoins, cette hypothèse n’est pas confirmée, et ne le sera peut-être jamais même si de fortes suspicions subsistent...


Et maintenant ? 


Sur le plan politique, Jeanine Añez doit présenter son gouvernement dans les prochains jours en attendant l’organisation de nouvelles élections avant le 20 janvier 2020. D’après la Constitution bolivienne, une élection présidentielle doit être organisée quatre-vingt-dix jours après la démission d’un chef d’État. Il nous reste donc à attendre de voir comment le climat politique de la Bolivie évoluera au cours de ces prochains mois.

Sur le plan social, de nombreuses heurts ont éclatées dans la ville de La Paz, opposant les forces de l’ordre aux manifestants partisans de Morales. Ces manifestations brutales imposent un climat de violence dans les rues de la capitale et s’étendent dans le pays, faisant déjà cinq morts dans son centre.



Samantha Frary-Aubert

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