Brexit #2 : Le Backstop, l’origine des tensions

Au cœur de l’actualité depuis le rejet de l’accord entre May et l’Union européenne par le Parlement britannique, la question du backstopdéchaîne les passions. En effet, comment rétablir une frontière entre les deux Irlande en connaissant le passé lourd de tensions et d’affrontement de cette région ? La mesure du filet de sécurité est une réponse à la peur, très présente, d’une reprise des tensions entre unionistes et républicains. Deux communautés, deux religions, deux visions d’une même région, en confrontation plus d’un demi-siècle, et qui a donné lieu à une guerre civile sanglante dans les années 60 et 70. Pour mieux comprendre tous les enjeux du backstop, je vous propose de retourner quelques siècles en arrière, là où tout a commencé...

L’île de l’Irlande est colonisée par les britannique au XVIIe siècle. C’est une région particulièrement pauvre et fortement agraire, considérée comme le « grenier » de son imposant voisin. La population, majoritairement catholique, supporte tant bien que mal la domination du Royaume-Uni protestant. Afin de dompter le peuple et s’inspirant des écrits de Machiavel, les anglais avaient offert au moment de leur installation sur l’île des terres irlandaises à certains de leurs citoyens pour qu’ils s’installent dans la région et assurent le relai des ordres de la métropole. Une communauté protestante se forme dans le nord de l’île, une communauté qui aura beaucoup de mal à cohabiter avec les catholiques. C’est le début de tensions qui dureront des siècles et finiront par exploser au milieu du XXe siècle.

L’année 1916 est déterminante. La première guerre mondiale s’éternise, les offensives sont désastreuses. En Juillet 1916 éclate la Bataille de la Somme, une des batailles les plus meurtrières de l’histoire. Menée par les Britanniques et les Français, elle fera plus de 400 000 morts. Parmi ces victimes figure la 36e division de l’Ulster. Composée par des membres de l’Ulster Volunteer Force, mouvement nord-irlandais défendant ardemment l’appartenance au Royaume-Uni, leur mort sera considérée comme un véritable sacrifice pour la cause, pour la patrie et aura un impact énorme dans les rangs unionistes. La 36e division rentre dans la légende, elle constitue un véritable modèle pour les générations militantes à venir, qui devront se montrer à la hauteur du sacrifice de leurs pères.

A Dublin, les républicains, majoritairement catholiques, s’organisent. L’IRA (Irish Republican Army), groupe paramilitaire républicain, est créé cette année-là. Le mouvement, mené par un certain nombre de personnalités irlandaises dont Patrick Pearse et Eamon de Valera (qui deviendra par la suite Premier Ministre de la République d’Irlande), s’active et planifie un coup de force contre l’autorité britannique. Cette action aura lieu à Pâques de la même année. Tous avaient conscience que les chances de réussites étaient très faibles, les forces de l’ordre étant bien plus fortes que les résistants, qui ne comptaient que quelques centaines de personnes dans leurs rangs. Le but : rallier la population à la cause et se faire entendre par le Royaume-Uni. Mais le peuple ne suit pas, les membres de l’IRA sont considérés comme des traîtres. L’armée britannique finit par intervenir, la contestation est réprimée en une semaine, faisant plus de 400 morts. Tous les leaders sont arrêtés et pendus mis à part Eamon de Valera, sauvé par sa nationalité américaine. Cette répression sanglante aura raison du scepticisme de la population. Le message républicain commence à faire son chemin…

En 1921, l’Irlande n’est plus rattachée au Royaume-Uni que comme un dominion. L’île ne sera réellement indépendante qu’avec leRepublic of Ireland Act, qui, vingt-trois ans après la révolte de Dublin, crée la République d’Irlande. Mais cela a eu un coût : la province de l’Ulster, dans le Nord de l’Irlande, province à majorité protestante et loyaliste restera anglaise. Une frontière est dessinée, condensant sur une superficie de 14 000 km2 les restes de tensions vieilles de 300 ans…

#Irlande #Brexit #Backstop

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