Brexit : une sortie symbolique


Ce vendredi 31 janvier, à 23 heures, heure locale, le Royaume-Uni a officiellement quitté l’Union européenne. Au terme d’un long processus de luttes diplomatiques et politiques ainsi que de négociations sans fin, cette sortie marque la concrétisation des résultats du référendum du 23 juin 2016.


Alors que le compte à rebours touche à sa fin, les cris de joie retentissent et les drapeaux nationaux s’agitent dans les rues de Londres. Les partisans du Brexit célèbrent cet événement tant attendu, trois ans et demi après le vote exprimant leur volonté de s’émanciper d’une Union européenne devenue trop grande, trop peu démocratique et manquant cruellement d’efficacité à leurs yeux.

Une victoire pour le chef du Parti du Brexit, Nigel Farage, qui s’exclame : « La guerre est terminée, nous avons gagné ! », tandis que le premier ministre britannique, Boris Johnson, assure que ce jour marque « le début d’une nouvelle ère de coopération amicale » avec l’Union européenne.

Il ne faut pas oublier, néanmoins, que la partie n’est pas terminée. Une période de transition de onze mois débute dorénavant, permettant de poursuivre les négociations concernant les futurs accords commerciaux entre Londres et Bruxelles. Un laps de temps plus ou moins long selon le point de vue adopté…


Un impact négatif sur la pêche européenne


Si le Royaume-Uni est désormais officiellement indépendant de l’Union européenne, il y aura cependant très peu de conséquences directes avant le 31 décembre 2020, fin de la période de transition. Toutefois, les pêcheurs bretons et normands, eux, se voient déjà refusés d’exercer leur activité autour de l’île de Guernesey, dépendance de la Couronne. En effet, cette dernière n’étant pas située dans les eaux communautaires du Royaume-Uni, elle n’est pas concernée par la phase de négociations. Si cette interdiction n’est que provisoire, elle pourrait bien s’étendre et avoir de graves conséquences pour la pêche française, dont 30 à 40% proviennent de cette zone, mais également pour l’ensemble des pays membres de l’Union. L’inquiétude est donc à son paroxysme chez les pêcheurs français, tandis que du côté des britanniques, la joie est plus nuancée. Certes, cette nouvelle politique pourrait leur permettre d’augmenter leurs revenus, mais 70% de leur pêche étant exportée sur le continent, ils n’ont aucun intérêt à couper toute coopération anglo-européenne.

Cette mesure avait déjà été clairement annoncée par Boris Johnson, et pourrait être une carte à jouer de nature fondamentale pour garantir au Royaume-Uni un accès au marché financier de l’Union européenne.


Quel avenir pour le Royaume-Uni ?


Tandis que la perspective du « No Deal » pèse toujours sur les négociations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, une autre question demeure dans les esprits : celle de la partition du pays.

D’une part, l’Écosse, qui était favorable à 62% à un maintien dans l’Union, fait face à une montée des volontés indépendantistes. Une séparation avec le Royaume-Uni permettrait à la nation de candidater pour rejoindre l’Union.

D’autre part, le cas de l’Irlande est particulièrement complexe. Alors que l’Union européenne avait joué un rôle de première importance dans la signature de l’accord du Vendredi Saint en 1998, mettant fin à trente longues années de conflit nord-irlandais, le Brexit ravive de mauvais souvenirs. Il contribuerait à rétablir la frontière entre les deux Irlande et limiterait la libre-circulation entre elles. L’accord obtenu par Boris Johnson durant les négociations avec le Parlement européen prévoit de préserver certaines politiques européennes en Irlande du Nord pendant une période de transition de quatre ans à partir du 31 décembre, période éventuellement reconductible. Néanmoins, la situation reste incertaine et la sortie du Royaume-Uni met fin aux subventions européennes dans une zone aux difficultés économiques particulièrement importantes, créant un climat propice à la montée des tensions entre nationalistes et unionistes. Après la publication des résultats du référendum, le Parti Républicain d’Irlande du Nord, le Sinn Féin, avait d’ailleurs exprimé le souhait d’organiser un référendum sur une éventuelle réunification de l’Irlande.


Quelles conséquences pour l’Union européenne ?


Ce vendredi, l’Union européenne a donc perdu un membre, et avec lui une bonne partie de sa puissance. En effet, le départ du Royaume-Uni se traduit pour l'Union par la perte de 12,91% de sa population, de son quatrième contributeur financier, d’une puissance nucléaire et d’un membre du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Il est alors nécessaire pour l’Union de recentrer ses objectifs en vue d’un regain de puissance et surtout, d’adapter son budget et ses politiques à un tel changement.


Et la France ?


Samedi 1er février, Emmanuel Macron a adressé une lettre au Royaume-Uni sur son compte Facebook, pour lui faire part de la position de la France face à ce départ. S’il n’a pas hésité à exprimer sa tristesse, il assure toutefois que l’amitié de ces deux États demeurera intacte, et il affirme sa volonté de construire de nouveaux projets avec Boris Johnson. Il se rendra à Londres au mois de juin pour attribuer la Légion d’Honneur à la ville « en hommage à l'immense courage de tout un pays et de tout un peuple ».


Candice Schmitz

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