Canaries : un automne volcanique


Le sol tremble à nouveau sur l’île espagnole de La Palma ; aux Canaries. La terre se couvre d’orange, au rythme des coulées de lave et de ses dégâts, dont les images font désormais le tour du monde. Cela fait maintenant plus de deux semaines que le Cumbre Vieja ; qui littéralement signifie le “Vieux sommet” ; de la Palma est entré en éruption, relâchant continuellement des gerbes de lave ainsi que des panaches de gaz volcaniques dans les airs.



Une éruption attendue


Les épisodes volcaniques ne sont pas rares, à La Palma. Les Canaries sont en effet un archipel volcanique, dont la totalité des îles sont formées sur les restes de volcans, encore actifs pour certains. Ainsi, à La Palma, la dernière éruption de ce type avait eu lieu en 1971, provoquant également d’importants dégâts matériels ainsi que sur les cultures. En fait, des éruptions similaires sont observées sur l’île régulièrement depuis la conquête de l’archipel par les espagnols en 1493, à un rythme d’environ une à deux par siècle.


C’est le 11 septembre dernier que se manifesta pour la première fois ce nouvel épisode éruptif. Un série de secousses, des milliers, furent enregistrées en quelques jours. Ce n’est cependant pas chose rare, ces dernières années, à La Palma. Ainsi, des activités sismiques sont détectées depuis 2017 dans la zone, avec notamment cinq essaims sismiques en 2020, et trois depuis le début de l’année 2021. La différence ici réside dans la puissance et la profondeur des secousses : à une dizaine de kilomètres de profondeur, et allant jusqu’à une magnitude de 3,9, les séismes sont largement ressentis par la population locale. Une déformation de l’île est également notée, avec une déformation de près de 15 cm de la surface en aplomb de la zone d’éruption. Les volcanologues y voient une remontée de magma dans la croûte terrestre, incitant les communes alentour à se préparer à une éruption imminente.


Le 19 septembre, des secousses beaucoup moins profondes et beaucoup plus violentes sont enregistrées. Dans les heures qui suivent, de la lave commence à effuser à la surface, dans le secteur nord-ouest de la Cumbre Vieja, pour très vite se transformer en de véritables jets de magma, atteignant plusieurs dizaines de mètres de hauteur. La lave se déplace ensuite en coulée sur le versant ouest du volcan, dévastant tout sur son passage. En conséquence, 5 000 personnes sont rapidement évacuées, tandis que les routes sont coupées et les maisons complètement détruites par un fluide pouvant se déplacer de 700 mètres en une heure.


Les pompiers sont mobilisés pour prévenir tout incendie dans les environs immédiats des coulées. Après une dizaine de jours d’éruption permanente, la lave atteint pour la première fois le littoral le 30 septembre. Le magma, au contact de l’eau, se solidifie sans dégagement de vapeur sulfureuse. Il est ainsi estimé, au 7 octobre, que l’île a gagné 39 hectares de terre sur la mer, tandis que 422 hectares de terrain ont été ravagés.


La bouche principale du Cumbre Vieja s’est également effondrée ce jeudi, causant un tout nouveau pic d’activité volcanique ainsi que de multiples explosions, notamment due à un phénomène de “bombe volcanique”, des fragments de lave projetés dans les airs. Il a ainsi été demandé aux scientifiques travaillant proche du cratère d’évacuer immédiatement la zone.


crédit photo : HANDOUT / AFP


Un automne teinté de cendres


Si aucune victime n’est à déplorer, le président de la région des Canaries estime les dégâts à 400 millions d’euros, avec notamment 1 000 bâtiments détruits. Mais les dommages sur le long terme risquent de s’avérer beaucoup plus lourds. L’île de La Palma vit en effet principalement de la culture de bananes et du tourisme, deux secteurs fortement impactés par une telle catastrophe.


Le premier ministre Pedro Sanchez s’est rendu en urgence sur l’île à la suite de la première éruption. Il a notamment demandé à la population locale de se montrer extrêmement prudente.


Les autorités aéroportuaires espagnoles (Aena) ont annoncé refermer, de manière temporaire, l’aéroport de l’île. “L’aéroport n’est plus opérationnel pour le moment”, indique le porte-parole d’Aena, avançant également la nécessité de dégager les pistes sur lesquelles s’amassent les cendres du volcan depuis que le vent a changé de direction. C’est la deuxième fois depuis le début des épisodes éruptifs, le 19 septembre dernier, que l’aéroport de La Palma se voit fermé. Cette mesure avait été anticipée par les diverses compagnies aériennes locales, qui avaient suspendu leurs vols dès mercredi du fait du nuage de cendres. “Cette suspension durera le temps que les conditions s’améliorent et que l’on puisse voler en toute sécurité” annonce la compagnie Binter.


C’est donc un début d’automne au rythme des coulées de lave pour les habitants de La Palma. Une situation qui ne devrait pas s’améliorer de sitôt, la réserve de lave devant être encore relativement conséquente pour les experts. L’éruption devrait ainsi encore durer entre un et trois mois.

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