Commémoration de la Grande Guerre en Allemagne : capitulation allemande ou défaite de l’Empire ?

Le 11 novembre 1918, 5h15, dans une clairière de la forêt de Compiègne, l’armistice de la guerre la plus sanglante de l’Histoire est signé. Pourtant les allemands n’avaient pas perdu la guerre. La France sort donc victorieuse de cette « boucherie » sans avoir pris l’ascendant sur son adversaire.

L’armée allemande est toujours en France lorsque le gouvernement allemand demande l’armistice. Mais la guerre est déjà perdue et le ministère des armées craint une rébellion des généraux. Par conséquent la guerre doit s’achever afin de limiter les dégâts. Au petit matin du 11 novembre en pleine campagne picarde, l’empire envoie quatre émissaires : le représentant du gouvernement, Matthias Erzberger, le représentant du ministère des affaires étrangères, Alfred von Oberndorff, le chef de l’armée impériale et le capitaine de vaisseau de la marine impériale. Le principal objectif pour les allemands est d’éviter une capitulation trop humiliante. Seulement, ce ne sera pas le cas et cet armistice sera le terreau du nazisme et plus tard du second conflit mondial.

Mais comment est, de nos jours, commémoré cet anniversaire en Allemagne ?

« On l'a perdue cette guerre, c'est difficile de la commémorer» nous dit l’historien allemand Gred Krumeich. Le travail de mémoire est effectivement compliqué au vu des circonstances dans lesquelles l’armistice a été signé. La classe politique dirigeante allemande évite scrupuleusement le sujet de l’armistice du 11 novembre et préfère se rappeler la date du 9 novembre 1918. Le 9 novembre marque la fin de l’empire et le début de la République de Weimar ce qui est davantage glorifiant pour l’Allemagne. Selon les allemands l’armistice de Rethondes n’est pas un pas vers la paix mais plutôt la naissance du nazisme et de l’esprit de revanche qu’a fait émerger ce dernier. En effet, commémorer une défaite ou même la « catastrophe originelle du 20ème siècle » est douloureux encore aujourd’hui. La germaniste Agathe Bernier Monod nous dit même que le « diktat » de Versailles est toujours vu comme une injustice en Allemagne. Toutefois, les allemands regrettent que les valeurs patriotiques de la Grande Guerre aient été reprises par Hitler pour installer un pouvoir autocratique. Durant toute la période de l’entre deux guerres et plus particulièrement sous le nazisme, la commémoration de la Grande Guerre est un sujet tabou car elle était vue comme une réelle humiliation pour la nouvelle République allemande. Par ailleurs, nos voisins d’outre Rhin n’ont pas le même rapport à ce conflit que nous dans la mesure où seulement une poignée de conflits se sont déroulés sur le territoire allemand. Les français ont, eux, défendus leur territoire ce qui leur confère un rapport différend à la guerre. Le territoire français et plus particulièrement le nord et l’est ont été le théâtre de la majorité des conflits. Le devoir de mémoire est ainsi plus présent dans notre société que dans la société allemande. Même aujourd’hui, les commémorations n’ont pas le même écho dans la société allemande : « il y a des événements culturels mais le cœur n'y est pas » selon Gred Krumeich. Les séquelles sont donc encore importantes et il n’y a que très peu de fierté nationale.

La classe politique allemande se remémore la date de l’armistice, mais à l’étranger. Jörhn Leonard, s’est rendu en 1984 à Verdun pour commémorer le début de la Grande Guerre et les historiens se souviennent de la poignée de main historique entre François Mitterrand et son homologue allemand. C’est une image très symbolique et même une allégorie de l’amitié franco-allemande. Toutefois c’est seulement en 2009 qu’un chancelier allemand participe aux commémorations de l’armistice de la grande guerre sur le territoire français ; c’est un nouveau pas vers la réconciliation franco-allemande. Enfin, les commémorations du centenaire renforcent la réconciliation dans la mesure où la chancelière allemande et le président français se sont retrouvés pour la première fois à Rethondes la semaine dernière côte à côte.

Les séquelles de la première guerre mondiale sont toujours présentes en Allemagne d’où la difficulté de commémorer cet « anniversaire ». Ils préfèrent davantage se rappeler la création de la République de Weimar et donc l’échec de l’empire. Seulement la République est décrédibilisée dès ses débuts avec la signature du « diktat » de Versailles. De surcroît, les personnages politiques actuels commémorent certes l’armistice, mais chez les autres. Une des raisons est qu’ils n’ont pas de monuments physiques leurs permettant de se rappeler cet évènement : il n’y a pas, par exemple, de monuments aux morts ou de tombe du soldat inconnu. Les soldats allemands ne sont ainsi pas héroïsés.

Actuellement, il n’y a plus de vainqueur ni de vaincu. Les deux pays autrefois belligérants, aujourd’hui partenaires de la construction européenne, tentent d’ériger un mur contre les populismes afin que la paix soit plus forte que les armes.

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