Coronavirus : la stratégie du semi-confinement en Norvège



Lundi 20 avril, la Norvège a entamé sa phase de dé-confinement ou plutôt, un allégement de ses mesures prises dès le 12 mars dernier. Tandis que les écoliers ont repris le chemin de l’école, une grande partie de la population a également pu reprendre son activité professionnelle, avec vigilance bien sûr. Retour sur la gestion de crise de la Norvège face à la propagation du Covid-19 et sur les facteurs ayant permis d’entrevoir ce dé-confinement.

LES MESURES

Le 12 mars dernier, le gouvernement Norvégien a annoncé la mise en place de mesures « les plus fortes et les plus radicales que nous ayons prises en Norvège depuis l’indépendance », et a ainsi dévoilé un plan afin de lutter contre la propagation du virus. Fermeture des frontières, des établissements scolaires, des lieux accueillants du publics, des infrastructures et commerces de « bien-être », annulation des événement culturels et sportifs mais également, limitation des déplacements avec notamment l’interdiction de se rendre dans sa cabine (une famille norvégienne sur trois en possède) furent partie des mesures mises en place par l’Etat. Loin du confinement total pour lequel des pays comme la France, l’Espagne ou l’Italie ont opté, la Norvège a favorisé la mise en place d’un semi-confinement. Les sorties extérieures restèrent autorisées tout comme l’utilisation des transports en commun ou l’ouverture des commerces hors « bien-être ». La marche à suivre était, avant tout, un respect des gestes barrières dont la distanciation sociale et le lavage régulier des mains.

Grâce à ces mesures, le pays est parvenu à limiter les risques d’infections. Aujourd’hui, un malade ne contamine plus que 0,7 personne en moyenne. En parallèle, la Norvège a fait une campagne massive de tests et est ainsi devenu l’un des pays testant le plus sa population. Le 30 avril 2020, sur un total de 1000 personnes, 31 avaient bénéficié d’un test de dépistage. À titre de comparaison, c’est trois fois plus que la France et deux fois plus que les Etats-Unis.



Grâce à la mise en place de ces politiques, la Norvège comptaient hier, dimanche 3 mai, 211 morts dû au virus pour 7 847 personnes positives et 172 586 personnes testées.


LES FACTEURS CULTURELS ET GÉOGRAPHIQUES Cependant, d’autres facteurs expliquent ces résultats, qui ont d’ailleurs dû peser sur la balance quant au choix d’opter pour un confinement limité. Premièrement, la foi des Norvégiens envers leur gouvernement est majoritaire : seul 6,6% de la population norvégienne a une faible confiance envers l’autorité politique afin de limiter la propagation du virus (1). Marquée par une culture social-démocrate forte, les citoyens ont un sentiment de responsabilité globale, d’appartenance collective mais font également preuve d’un soutien universel à l’Etat-Providence (2). « Jamais auparavant il n’a été plus important de s’écouter les uns les autres. Jamais auparavant il n’a été plus important de se faire confiance. Heureusement, la confiance mutuelle est quelque chose qui caractérise notre communauté » a rappelé la ministre Guri Melby (3). Conséquemment, le respect des mesures prises le 12 mars fut immédiat et total. Les contestations et discordes au sein du gouvernement ainsi que venant de la population furent faibles, voire inexistantes. À Lillehammer, ville de 28 000 habitants à l’est du pays, la vie s’est immédiatement arrêtée et cela, en dépit du semi-confinement qui laissait tout de même une certaine liberté au habitants. Les rues furent désertées du jour au lendemain, tout comme les commerces pourtant ouverts. Les quelques personnes s’aventurant dans l’espace public respectaient les gestes barrières à la lettre, le changement de trottoir systématique pour ne pas se croiser en témoigne. En bref, les norvégiens se sont cloitrés chez eux : air de confinement total dans un pays pourtant semi-confiné. Au-delà de l’emprunte marquée de la social-démocratie, la culture norvégienne a également permis le ralentissement de la propagation du virus. La distanciation sociale, bien que non intentionnelle, est ancrée dans le comportement des citoyens. Les embrassades et simples contacts physiques sont rares et les habitants s’entourent de ce que l’on pourrait appeler une bulle de sécurité ou, de confort. De nature solitaire, les transports en communs ne sont souvent qu’à moitié remplis, un siège vide étant systématiquement laissé entre deux voyageurs. Cet exemple n’en ai d’ailleurs qu’un parmi tant d’autre, gare à ne pas les perturber en s’immisçant dans leur bulle ! Plus généralement encore, le mode de vie Norvégien implique très peu de contact en dehors du cercle familial. Les activités en extérieur comme les randonnées, religion dans ce pays, sont monnaie courante et favorisent ainsi la distanciation sociale ou du moins, les regroupements dans des lieux spécifiques et fermés. Finalement, la Norvège bénéficie d’une densité extrêmement faible puisque elle compte seulement 13 habitants par kilomètre carré. Bien que des zones soient totalement désertes, la densité urbaine reste tout de même très basse. Oslo, capitale et ville la plus peuplée du pays, comptait 1 521 habitants par kilomètre carré en 2019 contre 21 067 habitants à Paris ou 4 203 à Berlin.

Grâce à ces facteurs culturels, géographiques ainsi qu’aux mesures rapidement mises en place par le gouvernement norvégien, la contamination s’est fortement réduite. Cette tendance a permis au gouvernement d’alléger ses mesures et cela, de manière progressive. Il a néanmoins d’ores et déjà annoncé que les événements réunissants plus de 500 personnes resteront interdits jusque septembre y compris, donc, la fête nationale qui devait avoir lieu le 17 mai. Attachés à cette immense anniversaire, les norvégiens sont invités à regarder les festivités à la télévision tout en étant vêtus de leurs fameux costumes traditionnels. L’hymne national sera entonnée à 13 heures, depuis les balcons. Le virus ne saura entacher leur fête nationale, fierté oblige.



(1) Statista Research Department

(2) Cyril Coulet, intervention du lundi 27 avril 2020 sur France Inter : « Scandinavie : déconfinement, mode d'emploi ? »

(3) entretien au journal Dagbladet datant du 20 avril 2020.

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