Débat des Municipales 2020 à Sciences Po Lille


Jeudi 25 mars, l’Arène de Sciences Po Lille a accueilli cinq des candidats aux élections municipales de 2020 : Martine Aubry (PS), Stéphane Baly (EELV), Marc-Philippe Daubresse (LR), Julien Poix (LFI) et Violette Spillebout (LREM). Le débat portait sur trois thèmes principaux: le logement, la sécurité, et enfin l’environnement. Les sondages donnent pour le moment Martine Aubry en tête, suivie de Stéphane Baly puis de Violette Spillebout. Le quatrième est Eric Cattelin-Denu, candidat RN qui n’a pas souhaité participer au débat. Enfin, Marc-Philippe Daubresse et Julien Poix occupent respectivement la cinquième et sixième places. Le Canari s’est rendu sur place et vous propose un résumé des principaux arguments de chaque candidat pour chaque thème abordé.


Le logement à Lille


Marc-Philippe Daubresse a ouvert le débat en insistant sur la nécessité de parvenir à un consensus et en rappelant son alliance avec les autres candidats de la droite, Valérie Petit et Thierry Pauchet. Son programme sur le logement concerne la création de logements sociaux, de logements étudiants et de logements adaptés aux personnes âgées. Il insiste également sur le besoin de rénovation thermique au lieu de construire du neuf.

C’est ensuite Violette Spillebout qui a pris la parole, décrivant le mal-être de nombreux Lillois qui vivent dans des habitations inadaptées. Elle propose donc de construire six mille logements intergénérationnels et de remettre des gardiens d’immeuble dans les logements collectifs.

Julien Poix a rétorqué qu’il était paradoxal pour la candidate En Marche de vouloir soutenir les étudiants alors que le gouvernement d’Emmanuel Macron baisse les APL. Il a ensuite montré une photo d’une famille vivant dans des conditions indécentes, et a appelé à la réquisition de bâtiments vides tels que l’ancien IEP de Lille. Son programme propose également la construction de nombreux logements sociaux et la suppression de la plateforme AirBnB qui, selon lui, encourage la spéculation immobilière.

Pour Stéphane Baly, il est urgent de rénover plutôt que construire, ainsi que d'accompagner les ménages notamment dans la rénovation énergétique de leur logement. Lille doit assumer son statut de ville universitaire et privilégier la construction de soixante mille logements étudiants plutôt que des bureaux.

Enfin, Martine Aubry s’est déclarée heureuse de voir que les candidats ne parlent plus de bétonisation mais des besoins des Lillois. La maire actuelle a rappelé que depuis 2008, la ville avait effectué autant de rénovation que de construction. Quant aux logements vacants, il est difficile d’agir à cause de l’insalubrité, de la disparition de certains propriétaires, etc… Deux marchands de sommeil ont néanmoins été condamnés à la prison ferme grâce aux agents de la mairie.


La sécurité


C’est Violette Spillebout qui a engagé la discussion en affirmant qu’il n’est pas normal que des Lillois aient peur de sortir. La hausse des cambriolages, des vols de voitures et des vols à main armée est déplorable pour la candidate En Marche qui propose donc d’augmenter le nombre de policiers municipaux en passant d’un pour deux mille habitants à un pour mille. Selon elle, les policiers souffrent du manque de protection et devraient donc être armés. Elle est également favorable à la vidéoprotection sur l’espace public.

Julien Poix rejette au contraire la vidéosurveillance. C’est pour lui le dialogue avec des médiateurs, éducateurs et policiers municipaux qui permettra de réduire la délinquance. Quant à la question des drogues, il est favorable à l’instauration d’une salle de soin et d’expérimentation, qui permettrait d’encadrer et de mieux soigner.

Stéphane Baly refuse également la vidéosurveillance et la reconnaissance faciale. Selon lui, l’État n’en fait pas assez alors que garantir la sécurité fait partie de ses fonctions régaliennes. Il est favorable à une police municipale non-armée de proximité et de dialogue.

C’est ensuite Martine Aubry qui nous a expliqué que la sécurité était sa préoccupation première. Celle-ci est favorable à la police municipale et aux caméras dans certains endroits stratégiques. Haussant le ton, elle s’est déclarée contre l’armement de la police municipale, qui créerait des inégalités entre villes ayant les moyens d’armer et ceux qui n’en auraient pas. Selon elle, la solution n’est pas de rajouter des armes dans l’espace public.

Marc-Philippe Daubresse, s’appuyant sur son expérience de maire de Lambersart, veut quant à lui instaurer des médiateurs sociaux pour discuter avec les jeunes et augmenter les caméras. Celles-ci devront être publiques, contrairement aux six mille-six-cent-quarante-sept caméras actuelles qui appartiennent à des groupes privés.


L’environnement


Le dernier thème abordé concerne la transition écologique et la place de la nature dans Lille. Julien Poix a d’abord expliqué qu’il fallait adapter la ville aux urgences écologiques, sociales et démocratiques. Il veut donc relocaliser l’économie pour créer des pôles d’activités liés à l’écologie et instaurer la gratuité des transports en commun. Cette mesure coûterait environ cent millions d’euros, sachant que l’installation de portiques de sécurité avait coûté soixante millions. Il voudrait également installer une grande maison du vélo sous la Grand’Place, à la place du parking actuel. Le candidat de la France Insoumise a ensuite parlé de la friche Saint-Sauveur, un point chaud du débat, qui est pour lui l’occasion de construire un parc géré en coopérative citoyenne, tourné vers les quartiers populaires.

Stéphane Baly a également affirmé que la question climatique était sociale et sanitaire. Le candidat des Verts veut ainsi supprimer la voiture en ville et instaurer des pistes 100% cyclables. Il a critiqué le fait que l’écologie soit un thème “à la mode” adopté par tous les candidats sans réelle mesure, en s’exclamant notamment qu’interdire les cuillères en plastique ne permettra pas d’arriver à une empreinte carbone neutre. Enfin, l’échec du projet Saint-Sauveur serait pour lui l’occasion de créer un grand parc connecté au parc Jean-Baptiste Lebas.

Mme Aubry a ensuite tenu à rappeler que les pics de pollution à Lille était aussi dûs aux vents venus d’Allemagne et des grands ports industriels, et qu’il fallait donc agir au niveau européen. Elle voudrait également instaurer les transports collectifs pour les enfants, étudiants, bénéficiaires du RSA, seniors et handicapés. La maire actuelle a aussi rappelé que depuis son nouveau plan de circulation, l’utilisation du vélo avait augmenté de 67%. Selon elle, la friche Saint-Sauveur devrait devenir un quartier durable, avec des logements et espaces verts.

Quant au candidat des Républicains Marc-Philippe Daubresse, il propose un “New Green Deal”, un plan structuré avec des objectifs précis qui s’appuie sur la mobilisation citoyenne. Il s’est prononcé contre l’écologie dogmatique et les méthodes coercitives de Stéphane Baly.

Enfin, Violette Spillebout a souhaité féliciter les jeunes qui se mobilisent et s’engagent pour le climat, et a expliqué vouloir créer des voies vélos express végétalisées, ainsi que des parcs et des forêts urbaines.

Le débat, qui a duré deux heures, a permis à chaque liste de s’exprimer et de faire valoir ses arguments face aux jeunes, dans une atmosphère cordiale malgré de nombreuses piques lancée par les candidats. Si vous souhaitez revoir le débat, il est disponible sur la page facebook de l’Arène de Sciences Po Lille.


Jeanne Pavard

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