« Enough is enough. Mugabe must go. »

Ce samedi 18 novembre, des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues pour exiger le départ du président Robert Mugabe. Une manifestation historique pour le Zimbabwe, depuis l’indépendance du pays en 1980, qui souffre d’une crise politique provoquée par un chef d’Etat au pouvoir depuis 37 ans.

Robert qui ?

Le continent africain nous paraît lointain, le Zimbabwe encore plus. Pourtant, il est important de nous informer sur ce qu’il se passe dans les pays du continent africain, autant qu’en Corée du Nord.

Robert Mugabe, dit « Comrade Bob », est né en 1924. Il combat toute sa vie, avec une idéologie basée sur des certitudes bornées par le christianisme révolutionnaire, par le marxisme et par la « haine des Blancs ». En 1963, il est l’un des fondateurs du mouvement nationaliste ZANU (Zimbabwe African National Union), avant d’être arrêté en 1964. Un an plus tard, le 11 novembre, dirigés par Ian Smith, et malgré des menaces de sanctions économiques et politiques, les Blancs de Rhodésie du Sud proclament l’indépendance du pays sous le nom de Rhodésie. En réponse, l’ONU vote des sanctions et un embargo total.

Robert Mugabe est libéré en 1975 et part pour le Mozambique où il devient le chef de l’aile militaire de la ZANU, la ZANA (Zimbabwe African National Army). En 1980, officiellement déclarée, la Rhodésie est le Zimbabwe : état indépendant.

Aujourd’hui et suite aux crises répétées, le héros du pays est devenu un dictateur dont on veut se débarrasser.

Un putsch ?

Mardi et mercredi, la situation est confuse dans le pays. L’armée prend le contrôle de certains points de la capitale, on parle de putsch, de menaces envers le chef de l’Etat. Les troupes refusent le « coup d’Etat » et parlent seulement d’une mission à accomplir dans le but de rendre justice. Des « criminels de son entourage » visés, d’après le chef d’état-major, le général SB Moyo, à trainer devant le tribunal. Certains parlent de « succession facilitée par l’armée », tout donc, pour maquiller un coup d’Etat (presque) discret, contre l’éviction du vice-président Emmerson Mnangagwa de la semaine précédente.

En quoi la manifestation est-elle représentative ?

Déjà en 2016, en réponse à la situation économique alarmante du pays, plusieurs manifestations anti-Mugabe avaient été tenues, et surtout fortement réprimées. Les anciens combattants avaient qualifié le comportement du chef d’Etat de « dictatorial ».

Au pouvoir depuis 1980, Robert Mugabe a assisté à des manifestations de l’opposition, violentes et sanglantes voire meurtrières. Samedi, elle est organisée à l’appel des vétérans, pour féliciter les militaires d’avoir tenté de chasser le dictateur de 93 ans du pouvoir. « Merci les forces armées » mais aussi « Mugabe doit partir », la démission du chef d’Etat n’est plus demandée, elle est exigée. Tous les bords politiques se sont réunis, des ministres, des Noirs, des Blancs, contre un seul homme, leur dictateur.

Cette manifestation est un symbole. Tout comme la State House, une vieille résidence qui a accueilli en 1980 Mugabe et ne sert aujourd’hui qu’aux rencontres importantes du président. L’idée de fermer la marche devant cet emblème du pouvoir paraissait logique voire essentiel aux opposants. La foule grossit et s’agite, on a peur d’un retour de violence, les militaires tentent de cadrer la masse, pourtant l’ambiance n’est pas dangereuse ou morbide. La fête, les sourires, devant la possibilité de finalement évincer celui qui les oppresse.

Cette marche spontanée, joviale, est un véritable moment historique. Nous avons déjà été témoins d’un mouvement d’unité face à l’arrivée au pouvoir du Président américain Donald J. Trump, le Zimbabwe a emprunté un chemin similaire, avec plus d’espoir encore.

Et la succession ?

Abandonné par ses proches alliés durant cette semaine de crise politique, Mugabe est de plus en plus isolé. L’armée, les vétérans s’éloignent, même son parti, la Zanu-PF se divise, se sépare de son président.

Suite à l’intervention de l’armée en soutien au vice-président, limogé la semaine précédente, une nouvelle cible est définie. Le groupe dit des G40, une faction de la Zanu-PF, soutient la Première dame Grace Mugabe, de 52 ans, aux ambitions présidentielles. Elle a poussé son mari à évincer son principal adversaire, à elle, Mnangagwa, devenu trop encombrant sur son chemin vers le pouvoir.

Le nom d'Emmerson Mnangagwa, dit le « crocodile », réapparait, il est le candidat favori des opposants au chef d’Etat dans l’éventuelle transition politique. Le reptile est ainsi devenu le symbole de la manifestation, de ce que certains appellent une « révolution ».

Robert Mugabe et son épouse lors d'une réunion du Zanu-PF, le parti au pouvoir, après le limogeage du vice-président Emmerson Mnangagwa - Crédits: Jekesai NJIKIZANA - AFP

Plan B ?

Sorti pour la première fois vendredi depuis le « coup d’Etat », qui n’en serait pas un, le président Mugabe confirme qu’il est prêt à rester au pouvoir quoi qu’il en coûte, même s’il doit mourir. Dimanche soir, lors d’une allocution, il annonce que malgré la pression effectuée sur sa position actuelle, il ne veut pas reculer et promet de garder le pouvoir. Sa femme, elle, est prête à prendre le siège de son mari s’il le faut. Si la position du couple est inquiétante, l’Afrique du Sud surveille la situation, qui s’envenime de jour en jour, de très près.

Comment va se terminer cette crise historique ?

Selon Promise Mkwananzi, le chef des activistes de Tajamuka, groupe qui continue de manifester depuis plusieurs mois, : « l’important n’est pas comment les choses se passent, mais vers quoi on se dirige ». Mugabe doit démissionner, avec les militaires ou non, afin de réinventer un nouveau Zimbabwe.

Il y a un plan. Trois points. D’abord, la manifestation qui réunit le peuple tout entier en soutien au processus. Puis, les négociations. Engagées jeudi, elles se sont se poursuivies jusqu'à dimanche. Le président a accepté de rencontrer l'état-major de l'armée pour la deuxième fois depuis le début du « coup de force militaire ». Les instances des dix provinces du pays se sont déjà exprimées, demandant une démission de leur chef d’Etat avant la motion de censure programmée mardi au parlement.

Une tournure historique, le Crocodile prend le pouvoir

Emmerson Mnangagwa, 75 ans, affiche un visage souriant pour sa première allocution : « Nous voulons relancer notre économie, nous voulons des emplois ». Aucun programme détaillé ou annoncé pour l’instant, mais il promet un changement rapide pour le pays.

Après 37 ans de pouvoir en effet, le Zimbabwe rejette son héros des années 1980, Robert Mugabe. C’est son ancien vice-président, grâce au coup d’état de l’armée, qui a été investi à la tête du pays, vendredi 24 novembre, lors d’une cérémonie dans le plus grand stade de la capitale.

Si les plus optimistes fêtent la prise de pouvoir du Crocodile, il reste que ce n’est pas un nouveau visage, mais bien un fidèle, celui qui a obéit à la politique dictatoriale de Mugabe sans objection ces dernières années. Pourquoi est-il surnommé le « Crocodile » ? « Parce qu’il attaque toujours au bon moment », avait-il un jour expliqué, rapporte le New York Times.

La BBC annonce une breaking news, dimanche matin nous apprenons que Robert Mugabe est radié de la présidence de la ZANU-PF, sa femme a été écartée du parti également. « Le crocodile » contre-attaque et prend la présidence du parti. Le correspondant de la BBC Andrew Harding a posté sur twitter une vidéo de la réunion du parti, sur laquelle on voit la joie des membres éclater, ils dansent et chantent suite à la décision pourtant non-officielle.

Malgré une prise position de la part de Mugabe, annonçant qu’il ne voulait pas quitter le pouvoir, et ce jusqu’à mardi, il annonce dans un communiqué qu’il se retire de la présidence du Zimbabwe. L’ancien Président sera en sécurité dans le pays, protégé par Mnangagwa qui a demandé au peuple de ne pas céder à la violence, ou à leur désir de vengeance.

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