François Ozon bouleverse les croyances

« Cette histoire est une fiction, inspirée de faits réels ». Ces faits, ce sont ceux du père Preynat, accusé de pédophilie et de ses victimes qui, vingt, trente ans après, osent enfin parler. Grâce à Dieu émeut par son horrible vérité. Dans son dernier film François Ozon met en lumière des questions de société trop longtemps restées ensevelies. La pédophilie au sein de l’Eglise catholique en est le sujet principal, mais d’autres problèmes comme celui de la prescription ou des secrets de l’Eglise y sont discutés. La foi, enfin, accompagne ces questions tout au long du film.

Alors que le jugement du père Preynat n’a pas encore eu lieu, François Ozon met les pieds dans le plat en nous livrant un récit de cette affaire plus bouleversant que jamais. Par la construction d’un scénario intelligent, en concentrant chaque partie du récit sur une victime et sur son rôle dans la révélation de cette affaire, le réalisateur nous emmène au cœur du combat de La Parole Libérée, association d’aide aux anciens du groupe scout Saint Luc victimes de pédophilie, créé par les victimes du père Preynat.

Si cette affaire permet de lever le voile sur l’existence d’actes de pédophilie au sein de l’Eglise catholique, elle met aussi en lumière l’inaction de l’Eglise face à ces crimes. En effet le cardinal Barbarin, au courant de tels événements, n’a rien fait pour les empêcher et est d’ailleurs aujourd’hui accusé de non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs. Plus récemment, le cardinal allemand Reinhard Marx a avoué la destruction par l’Eglise de dossiers sur des ecclésiastiques coupables d’avoir agressé sexuellement des mineurs. De quoi ouvrir un questionnement sur la justesse du vœu de chasteté des prêtres catholiques, qui, certaines fois, peut mener à une telle frustration les poussant à commettre des crimes irréparables.

Si l’horrible vérité de cette histoire traverse l’écran, c’est en grande partie grâce au juste jeu des acteurs. Denis Ménochet que l’on a vu briller dans Jusqu’à la gardenous embarque sans questionnement dans le combat de son personnage révolté, Melvil Poupaud arrive à nous faire garder la foi dans un contexte de détresse et de colère contre l’Eglise, et enfin le « zèbre » Swann Arlaud se révèle dans ce film par son personnage meurtri, dévasté, colérique, mais extrêmement touchant.

Par la réalisation de Grâce à Dieu François Ozon a franchi de nouvelles limites du cinéma. Il a osé questionner des croyances ancrées dans la société depuis trop longtemps, révéler l’absurdité du principe de prescription, et osé donner son jugement sur grand écran avant même l’expression du verdict par la justice. Aidé par des acteurs révélant leur meilleur jeu, il réalise un coup de maître et offre au cinéma français une œuvre remarquable, une fois de plus.

Source: Allociné

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