Harcèlement de rue: les chiffres parlent-ils pour les victimes?

Chaque matin, chaque soir, des millions de français déambulent dans les rues de l’Hexagone. Certains s’activent, d’autres flânent. Il y a ceux qui font leurs courses, ou leur footing. Il y a ceux qui visitent, le temps d’une journée, et ceux qui font toujours le même trajet, quotidiennement.

Et puis il y a cette femme, qui rentre du travail, le cœur battant, la respiration haletante. Ici et là, un coin peu éclairé, une ruelle sombre, un parking désert, qui cristallise toutes ses angoisses. Elle a entendu tant de choses, tant d’histoires qu’elle se répète en boucle, dans le noir.

Durant les vingt minutes qui la séparent de son domicile, elle perçoit quelques murmures, distingue plusieurs commentaires. Et si c’était dans sa tête, si son esprit lui jouait des tours ? Et puis, bientôt, un sifflet la tire de ses pensées. Et un deuxième. Là, elle en est sûre. Lentement, elle tourne la tête. Là-bas, au coin de la rue, un individu l’observe. Debout, dans la pénombre, il feint de s’approcher. Elle presse le pas. Du coin de l’œil, elle suit ses bras qui s’agitent, ses gestes obscènes, dirigés vers elle. Alors qu’elle s’éloigne, par-dessus son épaule, elle entend ses ricanements.

Elle se dit bien, cette femme, que ce n’est pas vraiment normal, ni acceptable, ce qui vient de se dérouler à l’instant, dans cette rue éteinte.

Pourtant, seulement 13,2% des femmes ont été harcelées dans la rue, elle l’a lu quelque part. 25% chez les plus jeunes. Mais, elle, elle n’est pas franchement jeune. Peut-elle alors vraiment se considérer harcelée, après seulement un sifflet, ou bien deux ? Fait-elle réellement partie des 13,2%, seulement pour une remarque, un regard insistant ?

© Anne Bouho

Cette femme, ce soir-là, rentrera chez elle, comme tous les autres soirs. Elle ne racontera pas son histoire, n’ira pas au commissariat. Les yeux perçants de cet individu, celui du coin de la rue, continueront de la suivre, jusqu’à la prochaine fois.

13,2%, c’est peu. Mais combien sont-elles à n’en avoir jamais parlé ? Parce que c’est banal, ou bien honteux ?

Chaque matin, chaque soir, des millions de français déambulent dans les rues de l’Hexagone, et rien ne change.

13,2%, c’est peu. Mais si c’était vous ?

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