Histoire et enjeux de la guerre au Yemen


La guerre au Yémen, qui a véritablement débutée en 2015 avec le bombardement par la coalition arabe menée par l’Arabie Saoudite du palais présidentiel de Saana, oppose les Houthis au gouvernement yéménite soutenu par la coalition arabe menée par l’Arabie Saoudite.

Les origines de ce conflit dépendent d’une multitude de facteurs complexes et relativement anciens, qu’il s’agit ici de mettre en évidence.

Le 22 mai 1990, une médiation irakienne déboucha sur l’unification des deux États antagonistes, fruits de la colonisation : la République arabe du Yémen, proclamée au Nord en 1962, après l’abolition de la théocratie, dont la capitale se trouvait à Sanaa, et la République démocratique et populaire du Yémen, héritière de la Fédération d’Arabie du Sud, créée la même année, avec Aden pour capitale. En 1918, le Nord recouvra l’indépendance, tandis que le Sud demeura sous contrôle britannique jusqu’en 1967.

Les habitants du Sud s’estimèrent perdant et l’histoire de cet Yémen réunifié s’émaille de conflits, d’accrochages frontaliers, et même de deux guerres en 1972 et 1979. En 1994 eut lieu une nouvelle révolte et depuis le mécontentement est croissant. Les Sudistes dénoncent des pratiques discriminatoires dans l’accès aux universités ou à l’emploi, pendant que les Nordistes accaparent les postes de la haute fonction publique. C’est dans cette réunification problématique qu’il faut identifier les facteurs menant à la naissance de la rébellion houthiste. En effet, celle-ci débute dans le contexte insurrectionnel de juin 2004 et pousse au départ du président Ali Abdallah Saleh en 2011.

En 2014, les rebelles reprennent l’offensive et étendent leur influence entraînant en 2015 l’intervention de la coalition arabe menée par l’Arabie Saoudite.

Depuis, la guerre se poursuit et la situation s’envenime. Les Houthis bombardent eux aussi l’Arabie Saoudite, bien que leurs missiles aient toujours été abattus avant d’atteindre leur cible, ils ont déjà visé le palais présidentiel à Riyad et d’autres points stratégiques du royaume et plus récemment, l’aéroport de Jizan, l’un des plus important du royaume saoudien en avril 2018.

Les tentatives de l’ONU de régularisation du conflit ont toutes été mises en échec comme le confirme le récent exemple de septembre 2008. La tentative de négociation initiée par les Nations Unies à Genève a échoué, les rebelles Houthis n’étant pas venus.

Il semble tout aussi difficile de négocier avec l’Arabie Saoudite. En effet le prince héritier Mohammed Ben Salmane pense fermement que les rebelles Houthis sont soutenus par son rival shiite, l’Iran, qui leur fournirait des armes. De plus, le fait que des rebelles chiites soient en train de prendre le contrôle d’un territoire avec qui l’Arabie Saoudite partage une frontière commune est totalement inacceptable pour le Royaume qui craint une porosité croissante de cette dernière. Les rebelles militent pour un retour de l'imamat (un régime monarchique et théocratique dans lequel le pouvoir spirituel et politique est dicté par les imams chiites) et qui remplacerait l'actuel République arabe du Yémen. Ils revendiquent également une région qui leur serait propre avec un accès à la mer. En somme, les Houthis de par leur idéologie et leurs revendications sont opposés en tous points au Royaume des Salmane.

L’éternisation de ce conflit a fait naître ce que le secrétaire général de l’ONU a nommé « la pire crise humanitaire du monde ». En effet des crimes de guerres sont commis autant par la coalition arabe que par les Houthis, et le nombre des victimes civiles directes est important. Dix millions de personnes auraient besoin d’une aide humanitaire d’urgence, alertent les ONG. L’eau potable et la nourriture manquent, favorisant l’expansion du choléra et de la diphtérie.

Mais les enjeux ne sont pas seulement humanitaires. Cet Etat embryonnaire, puisque créé en 1990, menace de s’effondrer et de devenir une zone grise. Les experts de la lutte antiterroriste envisagent que le Yémen devienne le nouvel épicentre d’Al-Qaïda. Cette entité non-étatique criminelle agit en effet de façon opportuniste. La présence d’un pouvoir faible et discrédité par la corruption, d’une rébellion au nord, d’un mouvement protestataire au sud, ainsi que l’éruption récente d’une contestation plus générale contre la pauvreté et le chômage expliquent qu’elle ait jeté son dévolu sur le Yémen et tente d’en faire sa nouvelle place forte. Ajoutons l’intérêt stratégique du pays, son relief propice à la guérilla. Tout cela présente une troublante ressemblance avec le havre pachtoun d’Afghanistan perdu en 2001 par Ben Laden. Enfin, certains analystes pensent que l’objectif principal d’Al-Qaïda serait la conquête des Lieux Saints de La Mecque et de Médine, voire de l’Arabie Saoudite tout entière. La base yéménite serait alors la plateforme idéale.

#guerre #yemen #houthis #terrorisme

2 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout