Idéologie et Anxiété linguistique dans le monde Arabe

Retour sur la première conférence de l’association ESPOMENA

La jeune association ESPOMENA qui se concentre sur les enjeux du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord a fait, jeudi dernier, une entrée fracassante dans le domaine associatif. La conférence menée par le Professeur Yasir Suleiman Malley (Doha Institute for Graduate Studies) sur le lien entre le langage et la culture, nous a éclairés sur l’idéologie linguistique : une discipline aujourd’hui encore méconnue. Il l’a définie comme un ensemble d'idées, de croyances, d'opinions auxquelles un groupe d’individus croit pour maintenir ou révolutionner l'ordre socio-culturel.

Il a ainsi présenté le langage comme un élément constitutif de la culture, et a dirigé sa conférence sur le sentiment des arabophones vis-à-vis de l’arabe. Le professeur Malley a avoué porter d’avantage d’intérêts à l’idéologie implicite dans le domaine des langues. Qu’est-ce donc ? Ce sont les croyances que nous pouvons retrouver dans les mythes, les traditions ou encore les symboles. Il l’a d’ailleurs expliqué à travers diverses images, que ce soit celle du pound anglais à l’effigie de la Reine Elizabeth II ou celle du timbre de la Marianne en France. Cette idéologie implicite se trouve en opposition au langage utilisé en politique, qu’on trouve notamment avec l’usage du terme ‘Panarabisme’.

Mr Malley distingue deux types de sentiments chez les arabes quant à leur langage. Il y a tout d’abord une empreinte de nostalgie, de confiance et de supériorité quand ils pensent à leur langue dans le passé. Cette mélancolie est de plus en plus présente, car les arabophones ressentent le déclin de leur langue avec l’insertion progressive de l’anglais.

C’est de là que découle le deuxième type de sentiment qui est quant à lui relié au présent : trahison, guerre et infériorité. D’une certaine manière les natifs réalisent que leur langue n’a plus la même reconnaissance mondiale. Auparavant ils ressentaient le respect des étrangers à la vue de la beauté de l’écriture et du cosmopolitisme qu’elle évoquait.

Le professeur s’est intéressé aux termes qu’on retrouvait le plus souvent accolés à l’appellation ‘langue arabe’ dans les titres de livres. La corrélation avec les mots ‘guerre’ et ‘protection’ arrive en grande majorité dans ses recherches montrant que les arabophones ont l’impression que leur culture et donc leur identité, est attaquée. Il y a la présence d’une grande anxiété dans cette société, qui est visible à travers l’usage de la langue.

Et cela n’est pas nouveau ni spécifique aux arabes, selon lui. En effet déjà au XIIe-XIIIe siècle, on retrouve des écrits mettant en garde contre un cataclysme du langage, l’auteur disait se sentir comme Noé, sauf que son arche à lui était son écriture. Aussi cette anxiété de la perte d’influence progressive de la langue maternelle se trouve être généralisée. Les français, par exemple, la ressentent aussi avec l’utilisation de termes anglais dans la vie de tous les jours.

Le langage est l’expression de notre identité, quand nous sentons le déclin de celui-ci, une peur viscérale nous habite : celle de s’effacer avec lui. Les réactions de cette crise identitaire sont souvent interprétées comme de l’animosité envers les autres cultures. Le professeur Malley a quant lui exprimé que si les arabophones ressentaient de l’anxiété linguistique ou culturelle, cela prouvait seulement qu’ils étaient humains.

Nous pouvons retenir de ce coup de maître de la part de ESPOMENA et de son invité, que malgré nos différences linguistiques et culturelles, nos sociétés contemporaines sont parcourues par les mêmes réflexions et les mêmes inquiétudes.

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