Journées de la Presse Européenne 2020 : Le journalisme au temps du Covid-19


Marie Caillaud  (en haut, à gauche), Véronique Auger (en haut, à droite) et Caroline de Camaret (en bas).
Marie Caillaud (en haut, à gauche), Véronique Auger (en haut, à droite) et Caroline de Camaret (en bas).

Dernière conférence des Journées de la presse européenne organisées par Le Taurillon : « Comment informer sur l’Europe au temps du Covid et des crises géopolitiques ? ». Une vaste question à laquelle nos deux intervenantes ont essayé de répondre, accompagnées par la présentatrice Marie Caillaud, présidente des Jeunes européens France. D’un côté, Véronique Auger, présidente de l’Association des Journalistes européens (AJE France). De l’autre, Caroline de Camaret, cheffe de rédaction Europe pour France 24. Deux femmes de caractère qui se sont toutes deux donné pour mission de développer la place de l’Europe au sein des rédactions françaises parfois très frileuses.


Une compréhension difficile de l’Europe

Caroline de Camaret revient sur le contexte intéressant de la crise sanitaire. Comme souvent lors d’un tel contexte, on s’est demandé : « Que fait l’Europe ? ». Cette crise est d’autant plus difficile qu’elle touche à un volet sensible qui est celui de la santé, où l’Union n’a pas de compétences propres. Pourtant, il y a durant cette pandémie une volonté émanant des citoyens, mais aussi des États membres.

Véronique Auger acquiesce et ajoute que cela vient également d’une mauvaise connaissance de l’Europe, les Français connaissant mal le fonctionnement de l’Union européenne. Il serait possible de remettre la faute sur les journalistes, mais c’est avant tout un défaut d’éducation selon elle. En tant que « mass media », c’est plus difficile d’aborder un sujet qui demande des connaissances. C’est la raison pour laquelle on ne parle très souvent pas d’Europe dans les

JT de 20h….

Comment parler d’Europe dans la durée sur les chaînes de télévision ?


Pour Véronique Auger, il faut essayer de faire pression sur les décisionnaires. Elle se rappelle du traumatisme du referendum sur l’Union européenne qui avait marqué les rédactions. L’ensemble des journalistes français étaient trop enthousiastes vis-à-vis de l’Europe à l’époque, et l’ont ainsi excessivement montré. En conséquence, les citoyens ont interprété une telle démarche comme la preuve que tous les médias étaient pro-européens. Résultat : on ne veut plus parler d’Europe et on ne veut plus prendre parti au niveau des rédactions.

Pour Caroline de Camaret, le choc du référendum a aussi été bien réel. Il a poussé les rédactions à faire l’effort d’inviter également les partis d’extrême droite et les populistes. Mais cette volonté se heurte souvent au problème d’accessibilité des parlementaires ou des commissaires. On remarque, pendant la crise du Covid-19, un changement positif dans ce domaine avec plus de communication de la part de grandes figures européennes. Néanmoins, l’autre effet au début de cette crise a été un accès encore plus difficile à certaines institutions, notamment la Commission et le Conseil Européen. Elle espère que cette tendance ne dérivera pas sur le long terme vers un système de huis clos et d’entre-soi.

Le métier de journaliste mis en danger

Véronique Auger rappelle la triste affaire de la journaliste Daphne Caruana Galizia, assassinée à Malte, mais aussi l’assassinat d’un journaliste et de sa compagne en Slovaquie. C’est un danger qui plane sur la presse et les médias à cause de la remise en cause de l’État de droit et de mafias unies aux gouvernements. C’est aussi un danger économique qui pèse sur les pigistes, souligne-t-elle. Ajouté à cela, la concurrence des réseaux sociaux et de certains journaux obscurs sur le web qui ne vérifient pas leurs sources. Le problème est que tout cela est présenté à l’identique aux citoyens. Ils ne font pas la différence entre les médias sérieux et ceux qui le sont moins. Ils doutent également de plus en plus de l’honnêteté des journalistes.

Pour Caroline de Camaret, il existe surtout une régression de l’idée que cette presse est indispensable pour la démocratie. Il y a moins d’adhésion à la vision du journalisme comme contre-pouvoir. C’est un choc psychologique fort de savoir que dans des « démocraties » des journalistes peuvent encore être assassinés. C’est aussi une manière, selon elle, de nous éveiller aux nouvelles difficultés de ce métier et d’informer le débat public. C’est un métier de combat comme cela l’a toujours été, mais d’autant plus aujourd’hui. C’est avant tout la volonté de servir le public qui doit primer, affirme-t-elle.

Le rôle des médias dans la gestion des fake-news

Caroline de Camaret défend de son côté que les médias doivent faire de la pédagogie. Le journalisme, selon elle, c’est les faits au maximum. Cependant, on ne rattrape jamais vraiment les fake-news. Cela d’autant plus qu’on est face à une explosion de ces dernières dans des sociétés de plus en plus polarisées. Il faut donc demander en tant que citoyens aux réseaux de changer leurs pratiques à ce sujet, tandis que les journalistes doivent effectuer un travail de tri.

Véronique Auger rétorque que face à quelque chose d’aussi gigantesque, les médias se perdent à dénoncer les fake-news. Se faisant, ils leur donnent un écho. La vraie solution pour elle, c’est l’éducation. Les médias doivent continuer à être sérieux et arrêter de courir après le « tout info », prendre une distance et un recul en vérifiant les sources et en enquêtant. Contre cet argument, Caroline de Camaret rappelle le traitement du Brexit par la BBC. Celle-ci a traité de manière équilibrée les deux points de vue et a, par la même occasion, relayé des fake-news venant du camp des brexiters. Les journalistes de la BBC n’ont pas fait ce travail de vérification journalistique. Elle déclare à ce sujet : « C’est notre job [les journalistes nda] de dire : ça c’est faux » et « ce n’est pas faire trop d’honneur à ses fake-news ».


Lisa Fontaine

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