Journées de la Presse Européenne : La place de l'actualité européenne de France


Jérôme Flury (à gauche), Stéphane Leneuf (à droite), Jean-Sébastien Lefebvre (en bas)

Pour mener cette réflexion, la conférence « Comment aborder l’actualité européenne ? » a accueilli le journaliste français de la rédaction de France Inter spécialiste des questions politiques, économiques et européennes Stéphane Leneuf ainsi que Jean-Sébastien Lefebvre, chef de rubrique de la revue Contexte et chef du bureau européen.


Pour les deux journalistes, pas de doute : les Français sont bel et bien intéressés par l’actualité européenne. Cependant, comme l’explique Stéphane Leneuf, cette dernière se divise en deux sortes : celle des pays, qui est une actualité horizontale ainsi que sociétale et dans laquelle nous sommes immergés par notre proximité. L’actualité institutionnelle européenne, de son côté, constitue aujourd’hui un réel problème. En effet, les médias français parlent très peu de la Commission européenne, résultat selon lui d’une méconnaissance des médias sur le sujet ainsi que d’une « paresse » intellectuelle des Français.

Pourtant, Jean-Sébastien Lefebvre souligne que la politique européenne est la même que la politique nationale. Les processus décisionnels ne sont pas forcément plus durs à Bruxelles qu’à Paris, mais les rédactions sont enfermées dans le préjugé selon lequel la politique européenne est plus complexe, et que les gens ne s’y intéressent pas. « Je trouve cela vraiment dommage, car le rôle du journaliste est d’expliquer en détail aussi bien l’actualité politique française, que l’actualité européenne, même si parfois cette dernière nécessite de simplifier certaines choses, comme le vocabulaire ». Sur ces mots, il renchérit en évoquant son quotidien : traiter de la politique européenne n’est pas toujours facile et il y a des jours où comprendre les différentes procédures est plus complexe que d’autres.

En effet, pour les deux journalistes il y a une chose difficile à faire comprendre aux médias ainsi qu’aux lecteurs et auditeurs : la politique européenne est une politique neuve, et donc instable. Elle est construite sur le mot « compromis », ce qui rend le temps politique européen bien plus long, et ainsi en décalage par rapport au temps médiatique classique. Mais pour Jean-Sébastien Lefebvre, c’est aussi ce qui fait partie du métier et qu’il apprécie tout particulièrement : « on découvre de nouvelles choses tous les jours », avant d’ajouter « mais ne vous y méprenez pas, c’est bien souvent pareil à Paris ! ».

« Aujourd’hui, souligne Mr. Lefebvre, il est rare d’avoir des journalistes intéressés par l’Europe, alors que c’est un domaine particulièrement riche. » Stéphane Leneuf ajoute qu’il n’est pas nécessaire d’être un spécialiste de l’Europe pour se lancer : il faut juste être curieux, rigoureux et avoir un minimum de connaissances. Mais il y a tout de même un point indispensable pour les deux journalistes : il est impératif d’être à Bruxelles. En effet, depuis une soixantaine d’années, l’Europe a connu un transfert de pouvoirs important en direction de cette ville. Être sur place est essentiel pour avoir les informations les plus récentes sur des dossiers clés. Le terrain permet aussi d’acquérir des sources, des connaissances et ainsi s’imposer au milieu de la concurrence journalistique, car comme l’explique Mr Lefebvre, cette dernière peut s’avérer rude !

En plus des « collègues » journalistes, il y aussi les lobbyistes. Les fonctionnaires ont l’ordre de rediriger les journalistes vers le service de presse, dont les délais sont relativement longs. La Commission, de son côté, traite directement avec les lobbyistes, leur avis pouvant avoir du poids sur les prises de décisions. C’est ce jeu « chat/souris » qui rend cette profession complexe alors que si tout était facile, le métier ne présenterait plus d’adrénaline et n’aurait, tout simplement, plus d’intérêt.

Pour conclure, Stéphane Leneuf et Jean-Sébastien Lefebvre mettent en exergue un phénomène problématique : les médias ne parlent de l’actualité européenne uniquement lors des élections tous les cinq ans et durant les crises. Cela donne l’impression aux Français que rien ne va au sein de l’Union Européenne, alors qu’il se passe bien d’autres choses ! Pour Mr Leneuf, il faut remettre en avant la « loi de proximité », une règle en journalisme qui stipule qu’il est d’abord nécessaire de traiter ce qui touche les gens au plus près. Et aujourd’hui, l’actualité des pays européens est aussi la nôtre !

Si les Français sont définitivement attachés et intéressés par l’actualité de l’Union Européenne, c’est le rôle des médias et des journalistes de stimuler cet intérêt et, bien plus encore ; de le faire grandir tout en rendant son image plus concrète et positive.


Justine Depaeuw

Retrouvez l’enregistrement vidéo de cette conférence à cette adresse.

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