L’Allemagne face à la menace grandissante du terrorisme d’extrême droite


Jeudi dernier, des milliers de personnes se sont recueillies dans les rues d’Hanau. La veille au soir, neuf personnes ont été tuées et six autres blessées dans les attaques visant 2 bars à chicha de la ville de cent mille habitants située à vingt kilomètres de Francfort. La lettre laissée par le tireur confirme le mobile raciste et xénophobe de l’attaque. Il y appelle à éradiquer la population d’une vingtaine de pays étrangers et développe des thèses racialistes. Outre-Rhin, il ne s’agit en aucun cas d’un acte isolé. En juin dernier, le préfet de Cassel Walter Lübcke, revendiquant son soutien à la politique migratoire d’Angela Merkel, a été assassiné d’une balle dans la tête devant son domicile. Trois mois plus tard, un suprémaciste blanc s’était attaqué à un restaurant et à la synagogue de Halle, causant la mort de deux personnes.


Réactions unanimes de la classe politique, ou presque…


Dans une courte allocution, la Chancelière allemande Angela Merkel a dénoncé des « motivations xénophobes » avant d’ajouter : « Le racisme est un poison. La haine est un poison. Ce poison existe dans notre société et il a déjà été responsable de trop de crimes ».

Le Ministre de l'Intérieur Horst Seehofer refusait quant à lui que soit « relativisée » la motivation raciste de l’auteur. Même son de cloche du côté de la co-présidente du SPD Saskia Esken : « Quel crime atroce ! Trop longtemps nous avons hésité à appeler les choses par leur nom : le terrorisme d’extrême droite en Allemagne ». En revanche, pour le co-président du parti d’extrême droite de l’Alternative fur Deutschland (AfD), l’attaque n’est : « Ni du terrorisme de droite ni du terrorisme de gauche (…) C’est l’acte délirant d’un fou ». Cette réaction à indigné un certain nombre de personnalités politiques outre-Rhin, allant même jusqu’à pointer du doigt la responsabilité de l’AfD dans cette attaque. « Le mépris de la démocratie, le racisme, l’antisémitisme, l’antitsiganisme et l’islamophobie prospèrent sur des terres fertiles. Pour cela, je considère que l’AfD est le bras politique du terrorisme d’extrême droite » a ainsi tweeter le secrétaire d’État aux affaires européennes, Michael Roth (SPD). De son côté, le candidat à la présidence de la CDU, Norbert Röttgen, a invité les Allemands à « lutter contre le poison que l’AfD essaie d’inoculer à notre société ».


En réponse, de nouvelles mesures annoncées


Dans un contexte politique tendu et afin de lutter plus efficacement contre les menaces extrémistes, le gouvernement fédéral a annoncé une nouvelle série de mesures. Ainsi, une augmentation des effectifs de l’office fédéral de police criminelle et de l’office de protection de la constitution sera rapidement mise en œuvre. Également adoptée, une loi aura pour objectif de lutter plus efficacement contre la haine et la violence sur Internet. Horst Seehofer, Ministre de l'Intérieur a annoncé le renfort de la surveillance autour des mosquées, des aéroports, des gares et des frontières du pays. Les conditions de possessions d'armes vont aussi être durcies. Plusieurs groupuscules d’ultra-droite ont par ailleurs été démantelés. Deux jours avant les évènements dramatiques de Hanau, douze membres d’un groupuscule d’extrême droite formé en janvier ont également été arrêtés. Le groupe projetait des attaques dans l’objectif était de « renverser l’ordre de l’État et de la société allemande ». Ces actions suffiront-elles pour enrayer la propagation du virus ? Rien n’est moins sûr, d’autant que ces dernières années, la menace a pour beaucoup été sous-estimée, alors même que le nombre de militants d’extrême-droite considérés comme violent à bondit dans le pays.


Maxence LORENT

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