L’art comme outil de résistance



De juillet 2020 à janvier 2021, le Centre Pompidou organise l’exposition Global(e) Resistance. Une centaine d’œuvres y sont présentées, créées par soixante artistes dont la majorité sont originaires des « Suds ». Ils ont choisi l’art comme arme de résistance.


Global(e) Resistance s’est construite par hasard. Selon Christine Macel, conservatrice du Centre Pompidou, le musée avait pour objectif de rendre plus visible les artistes des Sud. En se procurant les différentes œuvres, les conservateurs se sont aperçus que beaucoup d’entre elles portaient sur le sujet de la résistance. L’art comme outil de résistance n’est pas nouveau, cependant une nouvelle vague surgit depuis les années 90 et 2000. Le rôle des musées devient alors primordial afin que les artistes soient vus et qu’ils ne soient pas limités par la censure parfois présente dans leurs pays d’origine.


En entrant sur le lieu d’exposition, on est accueilli par une première œuvre, « Redemption » créée par l’artiste camerounais Barthélémy Toguo. Cette installation constituée de deux chaises de six mètres de haut symbolise la rencontre entre le Nord et le Sud. Sur la première chaise sont entassés des effets de voyages tandis que sur la deuxième sont placés des tampons dont les inscriptions représentent les problèmes qu’ont pu rencontrer les migrants (STOP, Do Not Cross Borders, xenophobia). Barthélémy Togho nous accompagne ensuite tout au long de la visite par les slogans engagés de mouvements récents qui rythment l’exposition (My body=my choice, Black lives matter…).


L’exposition aborde de nombreux enjeux politiques contemporains. D’abord avec celui de la décolonisation et des mémoires qui en découlent. Iván Argote, dans sa série de photos « Turistas », remet ainsi en question la présence des statues des « grands de la colonisation » présentés comme des héros dans nos villes. Cette série de 2013 reste encore d’actualité puisque cette année, durant le mouvement BLM, des statues dans différents pays ont été déboulonnées pour cette même raison.

Le racisme est également un sujet de révolte chez les artistes Kemang Wa Lehulere et Sue Williamson. Penny Siopis retrace les évènements de l’apartheid dans sa vidéo « The Master is drowning » en reprenant notamment l’assassinat du Premier Ministre Sud-Africain et le procès qui a suivi.

L’enjeux environnemental est évoqué notamment par le collectif japonais CHIM↑POM qui s’intéresse à la catastrophe de Fukushima. Le groupe a ainsi réalisé « Real Times » : une vidéo durant laquelle les artistes sont entrés dans les zones sécurisées à proximité de l’accident. Après avoir traversé une partie du site, CHIM↑POM déploie un drapeau blanc et peint à la bombe de couleur rouge le symbole de la radioactivité qui pourrait s’apparenter au cercle rouge sur fond blanc du drapeau du Japon. En parallèle des répercutions écologiques, le collectif japonais met aussi en évidence les conséquences sociales de l’accident nucléaire de Fukushima.

La lutte féministe est également le point de départ des œuvres de Maria Kure et Susan Hefuna. Cette dernière s’inspire des éléments architecturaux des pays arabes notamment utilisés dans les harems afin de rendre compte de sa vision de la condition de la femme dans la culture de l’Islam.

Enfin, une section plus spirituelle traite de l’art en lui-même en tant que résistance au temps par le travail de Mohssin Harraki et M’barek Bouhchichi ou dans l’œuvre « Facing the Wall » de Song Dong.

Global(e) Resistance nous invite alors à découvrir de nouvelles revendications, à nous placer à différents points de vue tout en rendant compte de la diversité des moyens que possède les artistes pour s’exprimer. Exposition à aller voir sans attendre !



Joséphine de Wailly

46 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout