L’ex-président de Renault Nissan, Carlos Ghosn est en fuite au Liban

C’est un coup de théâtre : après plus d’un an de poursuites judiciaires, l’ancien PDG du groupe Renault-Nissan-Mitsubishi a réussi à fuir le Japon pour se réfugier au Liban. Arrivé dans la nuit de dimanche à lundi à Beyrouth, il était assigné à résidence à Tokyo et était dans l’attente de son procès censé se dérouler dans les mois à venir. L'avocat de Carlos Ghosn s’est dit « abasourdi » par la fuite de son client.


Depuis le 25 avril dernier, Carlos Ghosn avait été placé en résidence surveillée et en contrôle judiciaire à Tokyo. L’ancien PDG du groupe Renault-Nissan-Mitsubishi, qui fut le chef d’entreprise le mieux payé au Japon, fait l’objet depuis son arrestation en novembre 2018 de quatre inculpations dans ce pays : deux pour des revenus différés non déclarés aux autorités boursières par Nissan, et deux autres pour abus de confiance aggravé.



En quittant le Japon, l’ex-président du groupe a enfreint son assignation à résidence sans prévenir son avocat japonais. Selon le journal libanais Al-Joumhouriya, qui a révélé son arrivée, le patron déchu de l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi a atterri lundi 30 décembre au matin à Beyrouth à bord d'un avion en provenance de Turquie. D’autres sources, comme la chaîne de télévision libanaise LBC, présupposent qu'il serait arrivé en Turquie en provenance du Japon caché dans une grande caisse en bois. L'ancien patron de l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi a confirmé ce mardi 31 décembre son arrivée dans le pays du Cèdre.


"Je n'ai pas fui la justice, je me suis libéré de l'injustice"


« Je suis à présent au Liban. Je ne suis plus l'otage d'un système judiciaire japonais partial où prévaut la présomption de culpabilité. Je n'ai pas fui la justice, je me suis libéré de l'injustice et de la persécution politique… » a écrit ce mardi Carlos Ghosn dans un communiqué transmis par ses porte-parole et repris par l'AFP.


Au Liban, l’ancien dirigeant loge avec son épouse Carole dans une maison protégée par plusieurs gardes. En effet, les conditions de sa résidence lui interdisaient de voyager à l’étranger. Il aurait donc quitté illégalement le Japon et serait entré au Liban en tant que ressortissant libanais. Il y compte en effet de nombreux soutiens et bénéficiera ainsi de dispositions très protectrices. L'homme d'affaires déchu de 65 ans est en effet détenteur de trois nationalités - libanaise, française et brésilienne - et aurait passé la douane sur simple présentation de sa pièce d’identité.


Néanmoins, ces avocats ont toujours ses passeports. Ses conditions de mise en liberté précisaient en effet que ceux-ci étaient gardés par ses avocats, garants du respect des règles imposées par la justice à son égard. « C'est une surprise totale, je suis abasourdi », a déclaré aux médias Junichiro Hironaka, son principal avocat japonais déclamant avoir appris "par la télévision" que l'ex-patron de Renault-Nissan s’était enfui. Il a confirmé que les avocats avaient toujours les trois passeports (libanais, brésilien et français) du magnat en leur possession et qu’il n’avait eu aucun contact avec son client depuis son départ, dont les conditions demeurent toujours mystérieuses.


Ce dernier coup de tonnerre de l’année soulève bien des questions. Car bien que Carlos Ghosn ait été en assignation à résidence, il a pu déjouer les services de sécurité afin de quitter l’archipel nippon. Selon un responsable libanais cité par l'AFP, «la manière dont il a quitté le Japon n'est pas claire». On en saura peut-être plus la semaine prochaine car il a annoncé sa volonté de prendre prochainement la parole : « Je peux enfin communiquer librement avec les médias, ce que je ferai dès la semaine prochaine » a t-il officiellement déclaré.


Cette fuite hors normes pour échapper à la justice japonaise reste encore bien mystérieuse et risque de provoquer des tensions entre les pays concernés. Une question reste néanmoins sur toutes les lèvres : comment s’est-il enfui ?


Briac Japiot

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