L’industrie du pétrole, Greenpeace et les coraux

Encore une fois, l’environnement est mis à mal face aux intérêts des entreprises. Total, BP et Petrobras ont acheté il y a quelques années des blocs de concessions supposément riches en pétrole au large du Brésil. Malheureusement pour eux, mais heureusement pour la population aux alentours et la biodiversité, Greenpeace a découvert aux endroits même des blocs achetés et après six semaines de recherches, des « structures récifales » au large de la Guyane, qui viennent s’ajouter aux découvertes précédentes d’un récif corallien en 2016 au large du Brésil. D’autres tests sur les échantillons récoltés sur le bateau de Greenpeace « l’Esperanza » restent à faire, laissant présager d’autres nouveautés dans les jours qui arrivent. Effectivement, on évaluait à environ moins de 10% (selon Fabiano Thompson dans Le Monde, « Une plongée extraordinaire au-dessus du récif corallien de l’Amazone », publié le 1erfévrier 2017) la connaissance de ce récif en 2017, et bien que les recherches soient nombreuses et augmentent ces derniers temps, il reste encore de nombreuses choses à découvrir.

Le bloc FZA-M-86

En avril 2016, 9 500 km2de récifs coralliens avaient déjà été découverts. La recherche, menée par Greenpeace, venait déjà à l’encontre des plans de Total. Leur projet est de creuser un puit d’exploration à 1 800 mètres de profondeur et à, selon eux, au moins 28 km de distance des rhodolites (nodules ou concrétions calcaires issues d’algues calcifiées), bien qu’en poussant un petit peu les recherches, on s’aperçoit que les chiffres varient d’un moment à un autre, allant de 8 à 30 km de distance. En avril 2018, cette région de récifs s’étend désormais à au moins 56 000 km2avec notamment des coraux présents dans le bloc « FZA-M-86 », acheté par Total. Le problème est particulièrement critique pour de ce bloc.

En effet, le permis Guyane Maritime donné à Total en 2011, lui permettant de chercher d’autres sites d’exploitation dans les environs, a été prolongé en septembre 2017 jusque dans les années 2019. Cette exploration devait se terminer par un dernier puits fin 2018-début 2019, puits se trouvant justement dans le bloc FZA-M-86.

Pourquoi alors qu’il possède le bloc, Total ne peut pas creuser ?

Des expertises faites par les grands groupes industriels avaient été demandées par le Brésil, car y acheter des concessions ne signifie pas que le droit de forer est octroyé. Une étude d’impact environnemental est obligatoire, portant sur l’exploitation du site et en cas de marée noire. Déjà deux fois le droit leur a été refusé par l’autorité environnementale brésilienne, l’Ibama, car Total écrivait par exemple dans son rapport début mai 2018 qu’ « aucune formation biogénique n’a été identifiée dans le bloc FZA-M-86 », qui mettait en évidence la présence soit d’une omission volontaire soit d’un clair manque de compétence. Le refus était clairement une bonne nouvelle, qui montrait que l’environnement passait avant les intérêts financiers des entreprises.

L’autorité environnementale du Brésil avait aussi refusé le droit à BP de forer, car tout comme Total, ces études d’impact manquaient cruellement d’information.

Pourquoi ces rejets ? Le caractère incroyable de ces récifs

Les risques sont extrêmement importants dans cette zone. En cas de marée noire et si le pétrole atteint les côtes, en plus de la catastrophe environnementale des eaux aux alentours, la Mangrove sera impossible à nettoyer et à protéger. Cette dernière constitue l’un des quatorze biomes terrestres que le WWF (World Wide Fund) a défini, c’est-à-dire que c’est un ensemble d’écosystèmes caractéristiques d’une aire biogéographique et nommé à partir de la végétation et des espèces animales qui y prédominent et y sont adaptées. C’est une biodiversité exceptionnelle et, aux vues des dégâts que l’humain a déjà fait à la nature, nous nous devons de la préserver.

Les récifs de coraux se trouvent à l’embouchure de l’Amazone et continuent jusqu’à la Guyane, d’après les découvertes faites pour le moment. Les sédiments et la boue rendent les eaux troubles, ce qui explique que ce récif n’ait pas été découvert auparavant. De plus, alors qu’habituellement les coraux ne vivent pas à plus de 30 mètres de profondeur, ils sont ici présents à 100 mètres. Leur structure et leur formation est différente de celle connue dans la grande barrière de corail en Australie, mais les récifs restent des nurseries et des oasis indispensables à la faune maritime. Ils y trouvent notamment de la nourriture, des refuges et une protection face à leurs prédateurs. Cet endroit est unique en son genre et original en tout point. C’est une nouvelle découverte, qui laisse penser que des endroits inexplorés nous cachent encore de nombreuses surprises, qu’il serait impardonnable de détruire pour satisfaire des intérêts propres.

Les coraux sont des êtres-vivants extrêmement fragiles et sensibles aux changements de conditions dans leur milieu de vie. Le pH, la température, la composition : tout est important et rien ne peut être susceptible de changer, cela est trop risqué pour la viabilité des coraux. Au nord de la Grande Barrière de Corail, 99% du corail est en train de mourir selon une étude réalisée par les chercheurs australiens de l’Université de Townsville en 2016. Cela est, toujours selon cette étude, due au réchauffement climatique. Cela signifie que les changements de températures représentent d’ores et déjà une menace extrêmement importante pour les coraux, alors si en plus nous leur rajoutons les conséquences de puits forés et des risques de marées noires, on ne pourra s’étonner de leur disparition dans les années à venir.

Source : « Blanchissement massif des coraux en Nouvelle-Calédonie », IFRECOR (Initiative Française pour les Récifs Coralliens), 2016.

Le dernier recours utilisé par Total

Cependant Total, qui est celui ayant mis le plus d’argent pour l’achat de ces blocs, ne baisse pas les bras. La rentabilité avant tout, quitte à minimiser voire à masquer les risques. Effectivement, on peut se douter, même si on n’est pas spécialiste, que les effets d’une marée noire seraient dévastateurs pour les écosystèmes des environs. Greenpeace s’est déjà manifesté devant le siège de Total à La Défense à Paris, en y déversant 3 000 L de mélasse sur environ 400 m2. La métaphore des marées noires est toute simple à trouver.

Source : Simon Lambert, Greenpeace

Nous sommes, particulièrement lorsque le sujet concerne l’environnement, citoyens du monde. Une marée noire fait des ravages sur les écosystèmes du lieu de la catastrophe, mais on en paye aussi les frais : les poissons que l’on consomme ont sûrement aussi ingurgité du pétrole, la biodiversité s’amenuise. La Guyane est peut-être géographiquement éloignée de nous, mais elle reste un département français.

Quel résultat ?

Le verdict final est tombé ce mardi 30 mai 2018 : l’Ibama a définitivement rejeté le projet de Total. Une victoire pour l’environnement grâce au Brésil, qui malgré l’incertitude politique a montré que faire passer les intérêts environnementaux avant ceux des entreprises n’était qu’une question de volonté. Exemple à suivre pour tous les autres pays du monde, qui seront eux aussi sûrement confrontés à des cas similaires dans les années à suivre.

#greenpeace #coraux #brésil

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