La commémoration du 11 Novembre : un événement symbolique à la fois national et international

Le dimanche 11 novembre dernier à 11 heures tapantes, les cloches de Notre-Dame résonnent, et soixante-douze chefs d’État et de Gouvernement marchent ensemble vers la tombe du soldat inconnu… tous, sauf Vladimir Poutine et Donald Trump, qui arrivent avec leurs propres convois et accumulent les retards et absences lors des événements commémoratifs internationaux. À quelques exceptions près, tous les pays engagés dans cette guerre mondiale étaient représentés, ce qui fait de cet événement celui qui réunit le plus de chefs d’État depuis la manifestation de solidarité après les attentats de 2015. Comme tous les participants civils de la cérémonie, les chefs d’État étaient personnellement impliqués dans la Grande Guerre : le grand-père de Vladimir Poutine a participé à la guerre, le Président malien Ibrahim Boubacar Keïtaa perdu son grand-père à Verdun et les chefs d’État africains défendaient la participation active, souvent oubliée, de l’Afrique dans la guerre. Pour le centenaire de l’Armistice de la Première Guerre Mondiale, Emmanuel Macron a fait de cet événement à la fois un hommage national et un encouragement pour une paix internationale.

Inséparables pendant la commémoration, Emmanuel Macron et Angela Merkel enchaînent les symboles de la réconciliation et de l’amitié franco-allemande. La cérémonie était organisée à la minute près avec l’arrivée des délégations internationales à 8h15, puis des chefs d’État à l’Élysée à 9h15. Angela Merkel, la dernière attendue à l’Élysée, se réunit samedi 10 novembre avec Emmanuel Macron à la clairière de Rethondes (lieu de signature de l’armistice de 1918 et de juin 1940 entre la France et l’Allemagne) et ouvre dans l’après-midi du 11 novembre la première édition du Forum pour la paix dans la grande halle de la Villette.

Sans Angela Merkel, Emmanuel Macron apparaît seul, seul dans sa lutte contre la montée du populisme en Europe, seul contre l’isolationnisme américain, seul pour la paix internationale. En effet, le premier ministre hongrois Viktor Orban, représentant du populisme européen, n’a pas participé aux cérémonies parisiennes. La Première ministre britannique Theresa May a préféré assister à la cérémonie menée par le prince Charles devant le mémorial aux morts britanniques de la guerre, manifestant un éloignement des politiques européennes et mondiales, peut-être dû au rapprochement de la Grande Bretagne avec la mise en action du Brexit. Alors que Donald Trump et Vladimir Poutine relancent une course pour l’armement, le premier n’assiste pas au Forum pour la paix, et le deuxième ne participe pas au dîner au Musée d’Orsay le samedi 10 novembre, d’autant plus que ni l’un ni l’autre ne marche les 112 mètres séparant l’arrivée des bus de l’Élysée de l’Arc de Triomphe avec leurs confrères.

Cent ans plus tard, le contraste entre Donald Trump et l’ancien président Woodrow Wilson est flagrant : Wilson est idéaliste, transparent et défenseur d’une union des nations, tandis que Trump revendique le nationalisme, le protectionnisme et l’isolationnisme. Il est d’ailleurs intéressant de constater que Donald Trump a été accueilli par la ministre des armées Florence Parly. Serait-ce pour rappeler la puissance militaire française au Président des Etats-Unis dans le contexte de la volonté de Macron de créer une armée européenne ? Dans tous les cas, le Président français a insisté, lors de son discours, sur la différence entre le patriotisme et le nationalisme, critiquant plus ou moins directement la fin de l’État « gendarme » américain, et pointant la ressemblance du contexte politique européen avec les années 30, marquées par la montée légale et consentie au pouvoir d’Hitler. Emmanuel Macron a fortement défendu le fait que le rassemblement et la fraternité internationale ne devaient pas avoir lieu un jour mais constamment pour garantir la paix.

L’événement même organisé par l’État français était digne de la commémoration du centenaire de l’armistice. La marche sur les Champs-Élysées, accompagnée du vol de la patrouille de France dont les traînées étaient aux couleurs de la France, étaient une vraie preuve d’humilité devant l’histoire. Les militaires ont reconstitué et défilé dans les uniformes portés par les poilus pendant la guerre. Le raisonnement symbolique des cloches de Notre-Dame à 11 heures fait écho aux clairons qui ont parcouru la France le 11 novembre 1918 dans tous les villages de France. Certains éléments de la cérémonie mettaient la France à l’honneur, avec la cérémonie militaire, les chants de la Marseillaise, l’hommage aux trois soldats français morts en opération depuis le début de l’année 2018, la présence des anciens combattants, ainsi que la présence d’une cinquantaine de lycéens et d’élèves de CM2, incarnant la jeune génération française.

Mais un élément du décor de cet événement était universel, compris par tous, symbole de l’implication mondiale de la guerre : le soldat inconnu, autour duquel a eu lieu la cérémonie. Il représente l’ensemble des soldats ayant combattus pendant la guerre, tous les soldats non identifiés suite au massacre des combats, le père, le frère, le fiancé, le mari ou le fils que des centaines de milliers de familles n’ont jamais revus. Des lycéens français internationaux ont pris la parole et ont lu des lettres de soldats. Le violoncelliste américain né en France et d’origine chinoise Yoyo Ma, « citoyen du monde », a joué en duo avec le violoniste français Renaud Capuçon. La chanteuse béninoise Angélique Kidjo et le European Union Youth Orchestra ont également partagé leur art avec les milliers de personnes ayant suivi de près ou de loin cette commémoration exceptionnelle. Tous ces artistes cosmopolites ont rendu un bel hommage aux 10 millions de morts, aux 6 millions de blessés et mutilés, aux 3 millions de veuves et aux 6 millions d’orphelins.

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