La femme qui préfère mourir de son vivant


Militante pour le droit de mourir dans la dignité, Jacqueline Jencquel, aujourd'hui âgée de 75 ans, a accompagné des dizaines de Français en Suisse pour leur permettre de recourir à un suicide assisté. Son tour est désormais venu. Elle a fixé la date de sa mort à 2020.

Dressée devant une cinquantaine d'étudiants, volontairement provocatrice, la septuagénaire n'a pas peur du langage cru ni même de la mort. Si la vieillesse était une maladie incurable, il n'y pas de doute, Jacqueline Jencquel préfère s'en échapper. Échapper à la privation des plaisirs qui ont structuré sa vie, échapper à la douleur des muscles qui s'atrophient et bien sûr, échapper à la douleur de voir sa liberté lui être volée. À vivre longtemps, elle préfère la douceur avec laquelle on peut choisir de mourir.

En France, la durée de vie ne cesse d'augmenter. Mais quelle vie ? L'ancienne militante ne souhaite aucunement entraîner son corps à survire face à une mort imminente au détriment de sa dignité.

Le discours de Jacqueline Jencquel est d'une simplicité déroutante : désacraliser la vie pour mieux dédramatiser la mort.

La mort faisant partie de la vie, il lui est préférable d'en avoir le contrôle et de pouvoir l'affronter le moment venu. Cela ne veut pas dire que son arrivée est agréablement vécue. Comme l'a dit madame Jencquel ''les séparations définitives sont forcément tristes, on rate toujours quelque chose mais j'ai assez vécu''.

Face à ces paroles décomplexées, les provocations médiatiques se sont multipliées. Ce n'est cependant ni par égoïsme, ni même par coquetterie que Jacqueline s'engage dans cet ultime périple.

La vie est composée de plusieurs saisons. La jeunesse étant caractérisée par le printemps, c'est tout naturellement que la vie se termine par l'hiver. Période dure et aride, les gens supportent plus ou moins le froid. Mais ce n'est aucunement par caprice qu'elle s'est imposée ce choix, ''on n'aide pas les personnes déprimées à mourir''. La souffrance faisant plus peur que la mort en elle-même, Jacqueline Jencquel préfère que la médecine l'aide à partir, plutôt que celle-ci lutte pour la faire rester.

Son père ayant été placé dans un EPHAD, Jacqueline Jencquel connaît parfaitement ce fonctionnement, qui pour elle, serait le pire. Contrairement à son père elle jouit encore d'une lucidité qui lui a permis de programmer la date de sa mort en janvier 2020.

C'est en Suisse que Jacqueline rendra son dernier souffle. ''La condition, dans ce pays, pour pouvoir disposer du suicide assisté, c'est d'avoir une pathologie invalidante''. Ainsi, même si elle le souhaitait, elle ne pourrait choisir l'option du suicide assisté sans un motif valable. En France, la législation autorise un patient en "phase avancée ou terminale d'une affection grave et incurable, le droit de refuser ou d'arrêter les traitements, voire de bénéficier d'une sédation profonde et continue''.

Les conditions exigées pour mourir en France ne la satisfaisant pas, Jacqueline préfère programmer son départ dans un pays qui l'autorise.

En Suisse, l’assistance au suicide se distingue de l'euthanasie qui, elle, est interdite. Le suicide assisté désigne le fait de fournir à une personne les moyens de mettre fin à ses jours. La mort n'est donc pas déclenchée par un tiers, mais bien par le patient lui-même.

Après avoir affirmé devant une caméra sa volonté de mourir en tout état de conscience, Jacqueline Jencquel tournera elle-même le robinet qui lui injectera par intraveineuse une dose mortelle de Pentobarbital. Au bout de quelques secondes, la patiente fermera les yeux et quelques minutes plus tard, sans douleur aucune, elle quittera sa vie.

Face aux questions maladroites, voir provocatrices des élèves, Jacqueline gardait un calme et une sagesse déconcertante. En effet après qu'un jeune homme lui ait annoncé que beaucoup de personnes atteinte de maladies incurables souhaitaient se battre pour vivre, c'est scientifiquement que la réponse s'est fait retentir.

Le cerveau dès lors qu'il est menacé par la mort, développe un instinct de survie qui empêche le corps de s'abandonner. Ainsi la septuagénaire entraîne son cerveau dit ''rationnel'' à dominer le cerveau de la survie en pratiquant notamment le parapente. Elle tente de vaincre la peur du vide pour pouvoir y sauter définitivement.

Pour terminer ses jours en beauté, elle souhaiterait être accompagnée de ses 3 fils pour ''fumer une cigarette, boire un coup, bien manger et surtout rigoler''. Jacqueline est en train de préparer son propre deuil. Pourtant pas l'ombre d'un drame accompagne ses paroles.

C'est plutôt son incroyable franc parler ainsi que la ténacité de son combat qui nous restera en mémoire. Le combat du choix de la mort comme ultime liberté qu'elle a endossé une grande partie de sa vie, l'accompagnera pour son dernier voyage.

« Je n'ai pas la vocation d'un martyr, mais c'est quand même aussi un acte militant ».

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