La peur au service des arts

L’Homme aime se faire peur. C’est en tout cas le constat que l’on peut se faire quand on regarde le nombre de films d’horreur qui sortent chaque année, ou encore le succès des attractions effrayantes et à sensations. Cependant, le dernier évènement appuyant cette maxime concerne le coronavirus. Au-delà de la frénésie médiatique autour du virus et de l’exaspération qu’elle engendre, on a pu remarquer un phénomène plutôt étonnant : les ventes du roman La Peste n’ont fait que grimper pendant cette crise sanitaire. On a aussi pu remarquer l’augmentation des visionnages du film Contagion. Mais alors, pourquoi cet engouement ?


La Peste, roman faisant parti du cycle de la révolte du célèbre Albert Camus, raconte le quotidien des Orannais, en Algérie française, faisant face à une épidémie de peste dans les années 1940. L’épidémie touche toute la ville et isole Oran du monde extérieur. Cette fiction rappelle, dans les grandes lignes, l’actualité à l’exception du fait que l’épidemie de ces derniers temps ne s’arrête pas à une seule ville ou bien un seul pays. De là peut se comprendre un tel enthousiasme pour ce classique de la littérature française. Néanmoins, pour Camus, cette notion d’épidémie signifiait bien plus qu’une maladie. En effet, selon lui  : “Il est aussi raisonnable de représenter une espèce d’emprisonnement par une autre que de représenter n’importe quelle chose qui existe réellement par quelque chose qui n’existe pas”. La Peste est ainsi une analogie de l’expansion du nazisme, et notamment de l’occupation allemande sur le territoire français entre 1940 et 1945. Ainsi, l’augmentation des ventes de ce roman se fonde davantage sur la psychose autour du virus, et sur l’histoire “de surface” de l’oeuvre, que sur la réelle critique exposée par le scénario de Camus - critique dorénavant mise au second plan de l’oeuvre. 



Une autre oeuvre connait à nouveau un réel succès du fait des évènements actuels. Contagion est un film américo-émirati réalisé par le très réputé Steven Soderbergh. Avec un casting regroupant de grandes figures du cinéma tels que Jude Law, Matt Demon ou encore Marion Cotillard, Contagion devient populaire dès sa sortie en 2011. Néanmoins, c’est pendant ces derniers mois que le film connaît un certain renouveau. Celui-ci raconte la progression d’un virus tuant les personnes contaminées en quelques jours. Face à cette progression, la communauté internationale essaye de contenir le virus et la panique qui se propagent parmi la population. On peut élaborer quelques parallèles avec la situation mondiale actuelle, notamment celui d’une propagation internationale exponentielle. Néanmoins, en jouant sur un hyperréalisme anxiogène, cette oeuvre cinématographique se veut apocalyptique. C’est un moyen pour le réalisateur de montrer la dangereusité de la désinformation (notamment par le personnage d’Alan Krumwiede, journaliste interprété par Jude Law) dans un tel climat de peur et d’irrationalité. On trouve là le parallèle qui est sûrement le plus fragrant avec le coronavirus et ce même climat instauré par les médias et les réseaux sociaux depuis le début de l’épidémie.


Ces deux oeuvres artistiques ne sont que quelques exemples des récents succès causés par le virus. On voit dans ces oeuvres des scénarios parfois apocalyptiques, une manière pour certains de relativiser la situation actuelle, qui ne ressemble en rien à la fin d’une humanité contaminée par un virus irrémédiable. Une autre hypothèse serait que ces personnes voient ces oeuvres comme une façon d’en apprendre plus en vue d'une potentielle “survie”. Cependant, peu importe la véritable raison de cet attrait, il est important de rappeler que ces oeuvres ne sont que de pures fictions et qu’il est nécessaire de prendre un certain recul par rapport à la folie médiatique, trop souvent anxiogène, qui concerne le virus. 


Samantha Frary-Aubert



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