La place de la Chine dans les relations internationales au XXIe

Le 8 février 2018, Emmanuel Véron nous a délivré une conférence (grâce à Espol Défense) sur la place de la Chine dans les relations internationales au XXIe

L’un des événements majeur géopolitique récent en relation avec la Chine correspond à l’intervention des 3 groupes aéronavales américains entre le 11 et 13 novembre 2017 dans l’Asie Pacifique (USS Reagan, USS Nimitz, USS Roosevelt). Ce fut une démonstration de puissance dans le pacifique des Etats-Unis. La Chine possède une place stratégique dans cet océan concernant les relations internationales.

Hégémonie régionale et projection de la puissance ?

C’est dans le contexte post Guerre froide, après 1991 qu’une nouvelle expression des rapports de forces est établit. C’est un monde multipolaire qui émerge.

L’intérêt de la RPC (République Populaire de Chine) est de construire une périphérie stable basée sur des intérêts économiques et sécuritaires, réaliser une nouvelle approche de la diplomatie régionale. A cette période c’est alors un siège permanent au conseil de Sécurité de l’ONU, une puissance nucléaire, la 2e puissance économie mondiale avec un budget de défense très important et également une puissance financière.

1. Héritages et voisinage très hétérogène/complexe

La Chine se définit comme étant le seul peuple au monde donc de fait est au centre du monde (lettrée, cultivée, système linguistique compliqué etc). Elle adopte une logique très centralisée et verticale. Cette logique de la centralité pour les Chinois et de la conduite des affaires dans le temps long (système impérial) est extrêmement importante. La limite de ce qui est chinois et ce qui ne l’est pas n’est pas très nette.

Les limites mêmes de la Chine se définissent dans plusieurs domaines : physiques/environnementaux (mer, Himalaya, Tibet) et humaines (grande muraille : espace limite marqué dans le temps pour bien montré de ce qui est de l’ordre de l’humain, du civilisé du barbare).

Il existe 2 types de civilisations selon eux. Les populations crues (barbares) qui sont des civilisations soumises à l’Empire payant un tribut et ont une protection relative et les populations cuites (chinois civilisés).

Il existe une vision hiérarchisée du monde en fonction de la place de cet immense peuple chinois.

La disparition de l’Empire chinois arrive au moment même où il y a des apparitions de puissances dans le monde avec l’intrusion étrangère, le siècle des humiliations (1839-1949), les guerres de l’Opium et enfin des Traités inégaux (Nankin, 1942).

Plusieurs personnalités vont alors émerger avec la chute de l’Empire : Chang Gai Check, Mao, So Niang Tsen (dit « père de la nation »).

La RPC est fondée sur :

- des héritages des dynasties (hiérarchie, tribut et frontière)

- des humiliations (siècle des humiliations où l’empire s’effondre)

- l’idée du retour de la chine comme La puissance (centre de la civilisation mondiale)

- le marxisme-léninisme

La Chine possède 14 voisins terrestres et 9 voisins maritimes : c’est la région frontalière la plus complexe au monde avec une grande pluralité d’acteurs.

Trois grands principes fondamentaux structurent la politique étrangère chinoise :

- l’unité de la Chine (Taïwan)

- prééminence de la Chine

- sécurité des voies de communications et d’approvisionnements

2. Complexité des relations diplomatiques Asie et hors Asie : acteurs, outils et politique étrangère

De l’été 1989 à la fin 1991 les Chinois se sont donnés 1 an et demi / 2 ans pour analyser trois aspects :

- réévaluation de sa politique étrangère (sortie de l’isolement diplomatique amorcé depuis le début des années 70)

- redéfinition des priorités stratégiques (cf USA et logique guerre du golfe)

- sa doctrine d’emploi des forces (défense et nécessaire modernisation des outils)

Après Tiananmen (1989), c’est le début d’une nouvelle politique étrangère.

Deng Xiaoping a une sensibilité plus affirmée pour l’étranger que Mao. En effet, il prône une diplomatie de défense discrète : avec ses propres mots, c’est le moment de « faire profil bas et éviter de se mettre en avant », « attendre son heure ».

La Chine était absente de pas mal d’affaires essaye d’apprendre de ce qui n’est pas chinois, donc l’étranger, ne serait-ce que les normes au niveau des organisations internationales.

Xiaoping veut jouer sur la multipolarité du monde pour dissiper l’hyperpuissance américaine en faisant usage de la diplomatie de bon voisinage ou la « diplomatie du pourtour » (« amitié entre voisin ») vers une diplomatie et stratégie de grands pays et diplomatie de partenariat.

Ses successeurs : Jiang Zemin voudra sortir de l’isolement diplomatique, Hu Jianto « ascension et émergence pacifique ». Xi Jinping réaffirmera la puissance, OBOR, « rêve chinois ».

En fait, les chefs changent mais pas le but final : faire de la Chine à nouveau LA puissance mondiale.

Diversité relative des menaces : les Chinois définissent leur pays comme quelque chose de puissant mais de très vulnérable (théorie de l’encerclement).

Il y a une nécessité en étant chinois de se protéger, d’aller voir de plus en plus loin de la zone Asie pour des ressources, pour trouver d’éventuels partenaires/alliances (en Afrique, en UE, en Amérique latine) par rapport à leur contexte régional en Asie bloqué.

Derrière cette montée en puissance il y a plusieurs acteurs mais ils ne sont pas beaucoup pour une population si grande :

- quelques institutions : comité permanent du Bureau politique

- commission militaire centrale

- ministère des affaires étrangère + du commerce + des finances

- les banques (en collusion quasi totale avec le comité permanent etc.) = banque sino-chinoises cf EximBank et China Dev Bank (intelligence économique) : ces institutions bancaires et financières sont des instruments de politique étrangère

Xi Jinping, président chinois actuel, possède un triple rôle : c’est le secrétaire général, président et commandant en chef de la Chine.

Les think tanks ont explosé (au nombre de 600 maintenant) avec plusieurs rôles : idées, propagation, réseaux, groupes de recherche et influence.

Le paradoxe du PCC est le maintien et la mutation du parti (nature donc très singulière). Jamais un PC n’avait réussi une telle mondialisation de son économie. Les réformes sont économiques et non politiques (aucune démocratie en Chine).

Dans la structure même de ce parti il y a une intégration des réalités géo-économiques et géo-politiques d’aujourd’hui.

Place de la défense, outil militaire dans la continuité des affaires de l’Etat d’accéder à la puissance :

- 0 porte avion

- à terme 6 mini porte-avion/porte-aéronef en 2020 = outil soft/hard-power

- 1er porte avion/aéronef plutôt vendu par les ukrainiens mais inutilisable = en rénovation (pas loin de la Corée du Nord) et va permettre d’être un modèle pour construire d’autres porte-avions

- modernisation de l’armée de l’air (avion de chasse)

- 10 Livres Blancs

- 4 grandes orientations : mers et océans (renouvellement stratégique de la mer), spatial (espace avec les satellites), cyber (attaque, sécurité, défense), nucléaire.

Les Chinois n’ont pas de culture de la guerre en dehors de leur région. Ils testent à travers les ordinateurs, les casques bleus (intervention en Afrique).

Trois questions ressortent pour le renforcement de la souveraineté :

1. Question de la mer : mer de Chine de l’Est (Senkaku/Diaoyu) et mer de chine méridionale

2. Renforcement des liens économico-diplomatiques

- rôle et enjeu de l’OCS

- arrière-cour de l’océan Indien

- Sibérie (présence Russe et chinoise humaine/financière)

3. Modernisation militaire : budget, réforme, priorisation de certaines armées

3. La Chine au centre du monde : le projet des NRS (nouvelle route de la soie)

Phase 1 (2013-2020) : lancement avec discours officiels de Xi Jinping = phase de tests

Le projet présenté par les Chinois :

  • infrastructures de transport

  • investissement et développement du commerce

  • coopération financière

  • échange culturels (Confucius)

Il y a prolongement de la politique du développement dit de l’ouest : sinisation des terrains qui ne sont pas chinois dans le temps longs (terre tibétaines, mongoles etc). La chine se dote alors d’un projet global avec la NRS.

Stratégie chinoise des routes de la Soie ?

1. Objectif économique

2. Politique intérieure (maîtrise du territoire)

3. Géopolitique (stratégie, nouvel instrument de rapport de force annoncé par un leader nouveau annoncé 1 an après son investiture, par le numéro 1 la Chine)

60 à 70 pays couverts par le projet et la BAII (Banque Asiatique pour les investissements pour les infrastructures) : le projet tourne le dos aux USA et Japon.

Les nouvelles routes de la Soie est à comprendre dans sa globalité.

Le Contexte de la Chine en 2013 :

  • Nouvelle mandature Xi Jinping

  • Prix du baril

  • Pivot américain en Asie

  • Sanctions en Russie

  • Rééquilibrage de l’économie, territoire et énergie chinoise

  • Surcapacités chinoises (métaux)

C’est un formidable projet stratégique globale

  • 1ère fois que la Chine propose un tel schéma stratégique

C’est également un projet qui permet de comprendre la géopolitique-mondiale

  • Contrôle l’île monde // Europe (500 millions de consommateurs)

  • Voies maritimes et zones de ressources naturelles

  • Concurrencer et dépasser les USA

Jacques Cheminade, par exemple, est très intéressé par ce projet.

Le projet de NRS n’est qu’un projet englobant des politiques internationales de la Chine, en effet, toute action diplomatique chinoise aura une coloration route de la soie

Ainsi, est ce que la Chine représente un acteur global parmi d'autres?

Elle a réalisé une montée en puissance sans précédent, malgré la globalisation, les héritages sont bien là. C’est une zone d’influence ou plutôt de domination avec droit de véto. Elle a également réalisé un renforcement de l’autoritarisme à travers une volonté d’hégémonie contrariée en premier lieu par la superpuissance américaine, l’Inde et le Japon.


Clara Didier


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