La sottise de l’âne


Pourquoi les démocrates donneront la victoire à Trump

Le parti démocrate américain va bien, ou du moins, va mieux qu’il y a deux ans. Surfant sur la vague de la victoire aux midterms de 2018, l’opposition à Trump voit en 2020 sa chance de retrouver la Maison Blanche. Alors que les prétendants se manifestent les uns après les autres, il émerge une inquiétude quant à leur chances de victoire.

Ce n’est pas tant le nombre de candidats qui leur porte préjudice, mais la qualité du choix. Chaque candidat a ses mérites, mais il ne les vente que d’une façon particulière. Le parti démocrate semble n’avoir rien appris de son erreur de 2015, et rejoue la carte des politiques de l’identité.

De la vingtaine de prétendants, chacun revendique un programme progressiste, qui s’oppose aisément à Trump. Avec quelques exceptions près, il y a une uniformité des projets sur l’immigration, la famille, l’environnement et l’Etat providence. Certains insisterons plus sur l’un plutôt que l’autre. Mais ce qui les différencie, ce qu’ils mettent en avant, n’est pas le fond mais la forme. Les candidats mettent en avant qui ils sont, par leur origine, leurs convictions ou apparences.

Récapitulatif des candidats

La sénatrice Kamala Harris se présente comme une femme Africaine-américaine forte ; Elizabeth Warren et son « populisme de prairie » joue aussi avec l’idée féministe ; Cory Booker se veut le successeur noir d’Obama ; Sénatrice Amy Klobuchar est vue comme une femme autoritaire et meneuse d’hommes ; Maire Pete Buttigeig serait le premier candidat ouvertement homosexuel ; Sénatrice Kirsten Cullibrand, une autre femme.

Tulsi Gabbard joue la carte de la jeunesse ; Julian Castro est l’immigrant mexicain ; Sénateur Bernie Sanders, le vieux sage ; Joe Biden, le démocrate issu de l’establishment ; Sénateur Sherod Brown est un populiste de gauche ; Beto O’Roorke, le perdant du Texas mais la surprise de 2018.

Dangers de l’identité

On peut débattre sur la justice, ou sur les raisons qu’ils auraient à se porter comme tel. Mais le danger de cette politique est triple.

D’abord, d’un point de vue stratégique, jouer la carte de l’identité est difficile à tenir lors d’une élection nationale. Elle a peut-être fonctionné dans des Etats plus homogènes, sur les côtes notamment, mais Clinton en est la preuve : même face à un candidat comme Trump, les américains ne choisissent pas avec l’émotion. Il n’y a pas de vote de pitié pour les minorités. Au contraire, pour gagner, il faut savoir parler à la majorité.

Ensuite, cela prend la place d’un programme crédible et intéressant. Et ce ne sont pas les idées qui manquent : en mars, les démocrates ont présenté devant la Chambre de « Green Deal », un programme écologique exigent mais vital à la réforme du pays. Il n’est pas parfait, mais est potentiellement le meilleur projet présenté depuis l’Obamacare. Mais des propositions comme celle-ci passent au second plan : on leur préfère des candidats issus de minorités.

Enfin, la dernière idée est la plus normative : c’est la question du mérite. Doit-on élire un candidat sur la base d’un critère totalement arbitraire ? ce n’est pas dire que les démocrates sont incapables, ni dire que seul un vieil homme blanc est un candidat acceptable, au contraire. Ce n’est pas l’apparence qui doit faire le président, mais son caractère. Être un homme ou une femme n’est pas un trait de caractère, et ne devrait pas avoir de valeur.

Deux fois plus idiots

Les démocrates ont déjà tenté cette stratégie en 2016, en choisissant Clinton plutôt que Sanders comme candidat. Comme l’a fait remarquer Mark Lilla : derrière l’islamophobie se cache des questions de sécurité et d’immigration ; derrière les discriminations policières, la question du port d’armes ; derrière les questions de genre sont les réformes du système de santé.

Pour gagner, les démocrates ne peuvent pas se permettre de rentrer dans le jeu de Trump. Plutôt, il faut savoir voir au-delà, et retrouver une politique noble. On croyait cela chose faite, avec la présentation du « Green Deal ». Mais rien n’y fait. Le seul qui semble l’avoir compris est Andrew Yang, qui propose un programme économiquement socialiste et socialement humaniste. Il est le seul à pouvoir inquiéter Trump sur un terrain qui ne lui serait pas favorable.

Le jeu du populisme sera toujours, dans les circonstances actuelles, perdant pour la gauche Américaine. Une femme, un homosexuel, un afro-américain n’a aucune chance et aucun mérite à la Maison Blanche : ce n’est pas un individu qui peut battre Trump, mais un programme et des idées.

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