La transition cinématographique - du grand au petit écran




En cette fin 2020 où la crise sanitaire ne prend pas fin, les productions culturelles sont encore aujourd’hui considérées comme non-essentielles. Les salles obscures et de spectacle maintiennent leur clôture temporaire. Jusqu’à la fin du confinement les supermarchés étaient censurés de leurs rayons dédiés à la littérature, aux DVD, albums et jeux, une mesure prise dans l’objectif d’empêcher un profit des plus grosses sociétés aux dépens des plus petits commerçants dont l’ouverture était proscrite.

Cette hibernation forcée de la culture pour éviter les contacts et les déplacements des citoyens n’a pas empêché les sociétés dématérialisées de vente en ligne telles que Amazon ou la Fnac de continuer leurs affaires, bien au contraire. De même pour s’adapter à cette situation, certaines sociétés de production cinématographique ont prévu de lancer leurs nouveaux contenus sur des plateformes de VOD sur lesquelles tout le monde y aurait accès de chez soi pour une somme inférieure à un ticket de cinéma. La nouvelle année annonce-t-elle la transition du grand écran du dehors vers le petit écran du dedans ?


Le 17 décembre, le Premier Ministre a prévu de réserver 165 millions d’euros du budget destiné à la lutte contre le virus pour soutenir les cinémas. Le fait que le milieu cinématographique soit jugé non-essentiel traduit bien une éclipse de la considération de la santé mentale des français. En effet, en temps de survie, c’est bien l’aspect physique dont la protection est primordiale, le reste semble superflu et secondaire. En d’autres termes, la culture est superficielle et se présente comme un supplément à la vie en temps normal.


Face à la crise, les entreprises se replient. Ne pouvant compter que sur elles-mêmes, certaines décident de proposer leurs films en exclusivité sur leurs propres plateformes comme le fait actuellement Disney sur Disney + ou Warner Bros sur HBO max.


L’émergence de ces plateformes s’illustre bien dans le succès de la plus populaire : Netflix. Celle-ci n’est plus seulement perçue comme un hébergeur : depuis la création du festival Cannes Séries, elle est reconnue comme productrice à part entière. La compagnie est implantée dans 190 pays et propose un prix d’abonnement plus ou moins homogène. En Italie celui-ci se fait notamment plus onéreux. Pour comprendre la rentabilité de Netflix et ses variations, il faut s’intéresser à la relation qui existe entre vague d’abonnements et investissement dans les productions originales. Cette approche permet de mettre en évidence la spécificité de l’entreprise : une rentabilité moindre, des rentrées d’argent gargantuesques tempérant des moments d’endettement et de flop. Ce modèle de fonctionnement des plateformes de VOD se distingue de la mécanique des cinémas : pour un film qui sort en salle, l’exclusivité est soumise à un délai d’attente avant d’être disponible à l’achat et d’un temps encore prolongé pour être accessible sur d’autres médias.





Reste à chacun la liberté de définir les points forts et les désavantages de ces moyens de profiter d’un film mais je propose d’en dégager quelques points. D’une part, ces nouveaux médias annulent l’ambiance, les relations sociales réelles, le débat direct et spontané, les expériences insolites comme la 3D, 4D et portent atteinte à l’authenticité audio-visuelle propre aux œuvres visionnées en salle sombre. D’un autre côté, l’offre est plus attractive et s’inscrit plus dans le temps, le format « série » permet la formation d’une communauté et la progression à un rythme individuel, enfin les avis les concernant sur les réseaux sociaux influencent grandement la production.

En somme, les écrans deviennent l’image d’un homme à tout faire, d’écrans à tout montrer : ils nous divertissent, nous connaissent, nous permettant de travailler, communiquer, cuisiner, d’acheter ses cadeaux de Noël tout en restant chez soi.


En observant les tensions entre politique, économie et culture, on peut en conclure que les décisions gouvernementales des pays européens entraînent un profit toujours plus important des plus grandes firmes transnationales en majorité basées aux États-Unis. Les états européens luttent actuellement pour sortir de cette dépendance en proposant des alternatives comme la plateforme Salto en France par exemple. Ainsi, la relation privé-public dans le domaine de la culture reste conflictuelle et largement controversée.



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