Le 10 mars prochain, Boris Vian aurait eu cent ans…


Son nom vous dit certainement quelque chose : vous l’avez à coup sûr lu ou étudié en classe. En seulement trente-neuf ans d’existence, Boris Vian a su devenir un artiste complet et rester dans les mémoires. Bien que surtout connu pour ses romans, il est aussi réputé pour ses chansons comme Le Déserteur ou J’suis snob. Retour sur l’œuvre de Vian.


Un style singulier et extravagant

Boris Vian, avant d’être un artiste aux multiples talents – écrivain, musicien de jazz, chanteur, parolier – fait des études d’ingénierie à l’Ecole Centrale. Cet aspect de sa vie influencera grandement son œuvre : il inventera en effet sans cesse de nouveaux mots et objets dans ses livres, comme l’inoubliable « pianocktail » de L’Ecume des jours, qui n’est rien d’autre qu’un piano qui compose une boisson alcoolisée selon les notes jouées. Les écrits de Boris Vian sont non seulement très poétiques, dans le style et les images qui y sont incorporées, mais ils présentent aussi un côté burlesque qui prête à sourire.

Boris Vian sait aussi choquer, comme il le fait avec J’irai cracher sur vos tombes en 1946 qu’il signe du nom de Vernon Sullivan. Boris Vian est en effet un spécialiste des noms d’emprunt : on en compte des dizaines, l’un des plus connus étant Bison Ravi, anagramme de Boris Vian. J’irai cracher sur vos tombes est un livre qui parodie les romans noirs américains dans un style très cru incluant de violentes scènes de sexe. L’auteur raconte l’histoire d’un Afro-Américain qui veut venger son frère lynché. Boris Vian, en publiant cette œuvre, choisit de faire croire qu’il traduit simplement là un écrivain américain, Vernon Sullivan. Le livre fait à la fois succès et scandale : en seulement deux ans, seront tirés cent-vingt-mille exemplaires, mais Boris Vian fera face à des poursuites judiciaires et Gallimard lui refusera la publication de son roman L’automne à Pékin. Il attendra la loi d’amnistie de 1947 pour avouer un an plus tard être l’auteur du livre, même si d’autres intellectuels comme Raymond Queneau avaient déjà décelé le canular et en avaient été amusés…

L’œuvre manuscrite de Boris Vian est complète : romans, poésies, pièces de théâtre ou encore essais. Mais l’artiste ne s’arrête pas là et se plonge aussi dans la musique. Si ses romans ont plus de succès que ses autres œuvres, le triomphe n’est pas immédiat : L’Ecume des jours, par exemple, ne commencera à susciter l’intérêt du public que dans les années soixante et soixante-dix, soit plusieurs années après la mort de l’écrivain.


Boris Vian et la musique

Boris Vian a un lien très particulier avec la musique, et surtout avec le jazz. Il milite beaucoup pour ce genre musical : participation à l’association Hot Club de France qui promeut le jazz, rédactions d’articles à ce sujet, émissions radiophoniques comme Jazz in Paris… Cet aspect-là de sa personnalité se retrouve également dans ses livres. On y retrouve en effet de nombreuses références à des figures américaines du jazz comme Duke Ellington, qu’il suivra d’ailleurs à son arrivée à Paris et dont il fera la promotion. Le jazz prend une place particulièrement importante dans la vie de Boris Vian lorsque ses romans se vendent très mal, entre L’Automne à Pékin qui est un échec commercial et ses parodies de romans américains qui n’intéressent pas non plus. Comme le disait Henri Salvador de Boris Vian, l’écrivain « était un amoureux du jazz, ne vivait que pour le jazz, n'entendait, ne s'exprimait qu'en jazz ».

L’attrait de Boris Vian pour la musique ne se limite pas à l’écoute de ce genre musical : il est aussi parolier et chanteur. Ses chansons sont fidèles à ses écrits : comiques et décalées, comme en témoignent Fais-moi mal Johnny, J’suis snob ou encore On n’est pas là pour se faire engueuler, mais elles sont parfois également engagées comme avec Le Déserteur ou La Java des bombes atomiques. Il se consacre totalement à la musique dès 1954 en devenant parolier avant d’être interprète de ses propres chansons, faute d’en trouver un. Il n’y a cependant rien d’étonnant au fait que Boris Vian ait un lien particulier avec la musique : sa mère était une musicienne jouant de la harpe et du piano. Son prénom Boris vient d’ailleurs d’un opéra russe appelé « Boris Godounov ».


Voilà comment en seulement trente-neuf ans d’existence Boris Vian a su marquer la culture française : avec un style unique, qui se retrouve aussi bien dans ses romans que dans ses chansons, qui prêtent à toutes les émotions. Boris Vian est un artiste complet à lire absolument et sans retenue, ainsi qu’à écouter. Ne vous limitez pas à ce que vous avez appris de lui en classe ; foncez dévorer L’Automne à Pékin et L’Herbe Rouge si vous avez déjà lu ses classiques comme L’Ecume des Jours ! De nombreux théâtres revisitent également les romans de Boris Vian, c’est aussi une très jolie façon de (re)découvrir son œuvre et de se divertir.


Julia Fichaux


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