« Le Brexit, une chance pour l’Europe ? » - Conférence

Présentation du conférencier

Gilles Pargneaux :

- Député européen depuis 2009 (élu en 2009 et 2014)

- Conseillé communautaire Dirige le groupe socialiste de la métropole européenne de Lille soit les Hauts-de-France et la Normandie (10 millions d’habitants)

- Engagé sur la cause européenne depuis longtemps (surtout sur l’environnement et la sécurité alimentaire)

- Vice-président de la commission environnement, santé, sécurité alimentaire = rapporteur pour la COP21 et COP23

- Membre commission défense et sécurité

- Vice-président de la délégation Mashreck au Parlement Européen

Intervention d’Alexis Massart :

Le Brexit est en effet un « divorce tendu ».

Avec les 52% de OUI en juin de l’année dernière, nos amis britanniques ont décidé de quitter l’Union Européenne. C’est une désolation mais en même temps il faut se redresser à présent.

D’où la question : Est-ce que le Brexit n’est pas une chance pour l’Europe ?

Intervention de Gilles Pargneaux :

Comment continuer cette construction européenne avec le départ du Royaume Uni ?

http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/10/26/europe-l-union-des-democrates-s-impose_5206033_3232.html?xtmc=gilles_pargneaux&xtcr=1

Il a écrit une tribune dans le Monde sur l’union des démocrates en Europe face aux anti européens d’extrême gauche radicale et de la droite nationaliste.

Il souhaite une transparence sur le clivage entre les européens/anti européens.

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Parenthèse sur les enjeux climatiques :

Les changements climatiques sont un enjeu primordial de nos jours.

Regardons juste l’actualité avec le typhon au sud du Vietnam. C’est la 1ère fois qu’un typhon est une trajectoire vers le sud, il va plutôt au Nord d’habitude.

Par ailleurs les capitales sont au bord des mers donc c’est un sujet important aujourd’hui et doit être une priorité du XXIe siècle de lutter contre les changements climatiques

Notre espérance de vie est également modifiée à cause des changements climatiques, à modes de consommation et il faut que ce soit la construction européenne qui puisse nous y aider à régler ces changements climatiques dangereux.

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Depuis le 29 mars, conformément à l’article 50 de la Constitution européenne, le Royaume Uni a engagé la procédure de retrait de l’Union Européenne.

Avec ce retrait l’Union Européenne perd 13% de sa population et 16% de ses richesses.

Ce retrait engage 6 conséquences :

1. Un fort déficit budgétaire

Le Royaume Uni fait partie des plus gros contribuables net dans le budget Européen.

Avec son départ de l’Union Européenne, cela se traduira par un déficit de 10 milliards d’euros par an dans le budget européen.

2. Impact économique pour notre région des Hauts-de-France et Normandie

Nous sommes tout d’abord proches en terme de distance.

Il y aura un impact particulier sur les filières agricole et agro-alimentaire.

Par exemple 70% de l’activité des pêcheurs du nord pas de calais se fait en zone anglaise.

Ainsi la renationalisation des eaux anglaises posera problème pour nos pêcheurs, d’où la nécessité que nous continuons à commercer dans des situations similaires.

1 produit exporté des Hauts-de-France sur 10 part au RU

Tout dépend donc de la négociation (qui durera 2 ans) entre les pays européens sur les négociations de retrait (article 50).

3. La sortie du Royaume Uni n’est-elle pas un électrochoc pour la relance du projet européen ?

La sortie du RU retire donc un ennemi acharné à une intégration Européenne politique et fédérale. En effet, les anglais ne veulent pas faire autre chose que de développer ce grand marché unique (favorable à l’élargissement de l’Europe centrale en 2007).

A chaque approfondissement, les anglais ont réussi à avoir des exemptions.

4. Déblocage de l’Europe de la défense

Engagé par Nicolas Sarkozy par exemple.

Il faut construire une politique étrangère commune et politique de la défense commune or le Royaume Uni n’était pas en faveur.

Ils ont un atlantisme fort et prononcé, avec une volonté de rester dans le cadre de l’OTAN.

Aujourd’hui cela va pouvoir s’accélérer avec Emmanuel Macron.

5. Grâce au Brexit n’y a-t-il pas une Europe sociale qui permet d’échapper au pire ?

On peut désormais mettre sur la table la question de l’Europe sociale et des droits sociaux.

Il y a donc la disparition de cet arrangement controversé avec le Royaume Uni.

Ils étaient toujours pour une harmonisation fiscale ou sociale (politique de l’immigration ou des travailleurs détachés), en souhaitant l’élargissement pour faire venir une main d’œuvre à bas coût sur son territoire.

Cela justement était un des arguments premiers de ceux qui étaient partisans du Brexit : il y a trop d’étrangers sur le territoire britannique dû à l’Europe. Cette politique communautariste s’est développée et à guidé le vote lors du référendum.

6. Le Brexit est-il la chance d’une refondation européenne et du projet européen ?

Oui, de nombreux députés le pensent sur un certain nombre de plans économiques mais globalement cette sortie va nous permettre d’être entre nous (pro européens) et de créer Europe protectrice.

Si la sortie du Royaume Uni peut nous permettre d’avoir une intégration européenne plus forte, nous devons faire en sorte que le RU soit un partenaire privilégié de l’Union Européenne.

Ce serait une erreur de se concentrer sur des échanges seulement bilatéraux, donc entre les états membres.

On doit faire des échanges à l’échelle de l’Europe et non entre les états membres seulement.

Nous sommes européens, même si nous ne serons plus membres de l’Union Européenne à partir de 2019. Nous devons tout faire pour que cette sortie du RU se fasse avec un beau plan de partenariat pour se retrouver dans une situation « win-win ».

Rappel et conclusion : L’Europe a connu bon nombres de guerres pendant de nombreux siècles, surtout entre la France et l’Allemagne : jamais nous n’avons connu une période de paix aussi longue en Europe (70 ans depuis 1945).

A partir du moment où l’on est européen, nous sommes des frères et des sœurs au niveau européen, il faut que le partenariat soit équilibré.

Rappel : Le Royaume Uni est la deuxième nation membre du conseil de sécurité de l’ONU.

Il est primordial dans un temps où Trump est président des Etats-Unis, où la Corée du Nord menace le monde avec des missiles nucléaires d’avoir des politiques communes surtout vis-à-vis de celle de l’immigration avec la crise en Syrie par exemple.

Cela peut être mortifère pour l’Union européenne d’avoir une sortie brutale du Royaume Uni.

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QUESTIONS

Question de M.Massart :

Par rapport au discours de Macron, relancer une dynamique de l’Europe avec un noyau dur et les autres qui se raccrochent au fur et à mesure à l’Europe est-il faisable ? (Seulement ceux qui en ont envie : eurosceptism)

Réponse :

Il est important de mettre en œuvre rapidement les propositions d’Emmanuel Macron.

https://www.youtube.com/watch?v=xTZ8C7QEytU : résumé de ce discours

On a eu pour la première fois depuis 1981 (Mitterrand) un discours pro-européen d’un président de la république française.

En effet, beaucoup de politiciens français sont eurosceptiques (ex : Marine LePen).

Il faut attendre que Angela Merkel soit en capacité de pouvoir accompagner Emmanuel Macron pour pouvoir appliquer les propositions du discours de la Sorbonne. Seulement, il faut remarquer que toutes les propositions ne sont pas à l’unanimité appréciées.

Des coopération renforcées sont par exemple une solution, proposées pour la première fois pas Jacques Delors (1985-1995 président de la commission européenne) : tous les pays ne peuvent pas avancer de la même façons, il faut thématiser les problématiques et y investir les pays concernés.

Ex : harmonisation fiscale : plus forte à l’échelle des pays fondateurs et moins forte au niveau des récents états membres.

Ex : paradise papers avec les Pays Bas (mécanisme fiscal spéciale qui leurs permettent de payer moins d’impôts).

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Question d’un membre de l’institut militaire :

Retour sur le discours de Macron sur l’opportunité et la faisabilité de la réforme d’Emmanuel Macron quant aux 73 sièges (députés européens).

Réponse :

56 députés restent à pourvoir outre les quelques députés que l’on rajoute à certains pays comme la France au nombre de 4

Double vote : pour vos députés nationaux et pour vos députés transnationaux (56 nationalités différentes).

Je suis favorable à cette mesure.

Je suis également favorable pour des listes nationales et non plus des listes pour les circonscriptions.

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Question d’une étudiante L1 ESPOL :

Accords futurs bilatéraux seront-ils respectés par les anglais ?

Comme cela engendre une libre circulation des marchandises, Theresa May ne préférera-t-elle pas mieux rester sous l’égide de l’OMC et non pas sous des accords bilatéraux européens ?

Réponse

Le fait est qu’aujourd’hui les anglais se rendent compte que le Brexit était peut-être une mauvaise idée, cela se ressent dans les prochaines élections où un pro européen va gagner car il est face à des conservateurs et libéraux qui sont tombés dans le trou.

Theresa May a complètement intérêt à faire en sorte de ne pas avoir une réussite qui soit trop dure. Elle a changé d’attitude dans les négociations, elle est plutôt dans la souplesse que dans la rigidité.

Coup d’arrêt pour la City londonienne avec le départ de nombre d’agences.

Augmentation de 20% du pouvoir d’achat pour les français.

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Question de M. Navarro :

Sentiment de confiance présent sur la possibilité d’aller de l’avant aujourd’hui est-il bien présent au sein du Parlement ?

Réponse :

Rien n’est réglé aujourd’hui. Pour ceux qui sont très pro-européens, sentiment de bon débarras. Ceux qui sont eurosceptiques ils disent « on vous l’avez bien dit, il faut une autre Europe qu’il faut construire)

Anti-européens qui ont au début du mois de juin (LePen) « on vous l’avez bien dit, cette Europe c’est celle du capitalisme, on avait raison ».

Mon intime conviction, sur un certain nombre de domaines on ira plus loin et plus vite désormais que les anglais ne sont plus là, mais c’est vrai que dans d’autres domaines cela ne nous facilitera pas la tâche (marché restreint en Haute Normandie et Hauts-de-France). Il reste encore du chemin à faire.

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Question d’un élève L1 ESPOL :

Est-ce que l’intégration rapide après la guerre froide de certains pays européens de l’est n’a pas amorcé une forme de désamour à la construction européenne ?

Réponse :

Certains qui pense : oui, cela fut trop précoce.

Je pense que non, il faut les prendre maintenant parce qu’ils vont être tentés d’aller de l’autre côté (communisme). Russes étaient les dominants de l’Empire soviétique et il y avait un fort sentiment antirusse de la part de ces pays. Non ce désamour n’est pas lié à cette intégration précoce mais est lié aux politiques menées au fil du temps, des politiques libérales notamment. Rappelons la pire crise économique depuis 1929 : la crise des subprimes de 2008-2009.

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Question d’un élève L1 ESPOL :

Il y a certes un désamour dans les pays de l’Est mais il y a également un désintéressement en France (taux d’abstention), que comptez-vous faire sur cela ?

Réponse :

C’est vrai, taux d’abstention considérable en 2009 mais moins en 2014 par contre (ils sont venus votés contre l’Europe)

Montée du populisme, le brexit sont la sonnette d’alarme.

Il y a plus de monde que chez Podemos ou la France Insoumise chez UKIP, Monsieur Faraj, Nationalistes Français dans l’hémicycle européen.

Discours de macron a été un bouffée d’oxygène, qui nous permettra de décliner nos politiques, pour que enfin, une majorité d’européens et de Français se disent que l’avenir est une politique d’intégration européenne et non une politique nationaliste.

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Question d’un élève L2 ESPOL :

Europe à plusieurs cercles va-t-elle renforcer un sentiment d’inégalités dans les pays de l’Est ?

Au conseil européen, le vote de prise de décision est à l’unanimité, l’Europe à plusieurs cercles peut-être elle tout de même décidée ?

Réponse :

Si l’on parle, d’une coopération renforcée avec une Europe à plusieurs vitesses, on va avoir l’impression d’avoir une Europe divisée entre les états fondateurs et les nouveaux états membres.

Or non, on prend les 29 pays (si l’on compte les 2 possibles nouveaux états membres avec le retrait du Royaume-Uni) pour décider des grandes questions européennes.

Puis il faudrait créer de nouveaux accords de coopération à plusieurs, sans avoir à avoir à prendre les 27/29 sur certains thèmes mais ces accords ne regrouperaient pas les états fondateurs d’un côté et les états de l’est de l’autre, mais des pays engagés sur telle ou telle thématique.

Clara Didier

#brexit #europe #espol #conference #enjeux

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