Le durcissement intérieur du régime chinois


Liu Xiaobo militant des droits des droits de l’homme décédé le 13 juillet 2017

La mort de Liu Xiaobo le 13 juillet 2017 en résidence surveillée rappelle que les libertés politiques fondamentales n’existent pas en Chine. Le militant pour les droits de l’homme était derrière les barreaux depuis 2009 pour subversion. Autrement dit, ses actions pacifiques en faveur de l’amélioration des droits de l’homme en Chine qui lui ont d’ailleurs valu le prix Nobel de la paix en 2010 gênaient le régime chinois. Cet exemple symbolique montre que ce dernier ne tolère pas l’opposition ou même la moindre dissidence politique. Les libertés politiques fondamentales telles que celle d’expression, d’opinion ou de la presse ne sont donc pas garanties en Chine. Le régime ne contrôle pas directement les médias qui se sont multipliés ces dernières années, mais les journalistes trop bavards sont victimes d’intimidations voire d’incarcération. La ligne marxiste-léniniste est jugée incontestable et doit faire consensus au sein de la population chinoise. Ceci explique l’impossibilité d’émettre une opinion divergente en toute liberté.

Cet encadrement de la population a été remis en question par l’arrivée d’Internet en Chine. Les forums de discussion se sont multipliés au début du siècle tendant à favoriser l’émergence d’opinions contraires à la ligne officielle. Cependant, le régime chinois a bien compris l’intérêt des nouvelles technologies pour mettre en œuvre son entreprise d’encadrement de la population. Ce qui semblait à première vue constituer une faille dans la main mise du régime sur la vie des chinois permet en fait de la renforcer. Le régime contrôle l’espace numérique en étroite collaboration avec les géants chinois du secteur qui collectent les données des internautes chinois. Ces données ont permis la mise en place du crédit social qui consiste en un système de récompenses ou de sanctions selon le comportement du citoyen. L’opération a pour but d’encourager les chinois à se comporter comme des citoyens modèles, des citoyens ne faisant pas de vagues. Par exemple, les citoyens mal notés pourraient se voir interdits de déplacements en train ou en avion. Le crédit social n’est pour l’instant qu’à une phase de test mais le régime prévoit un système effectif pour 2020.

Plus inquiétant encore est la situation des minorités. En particulier celle des ouïghours qui sont l’objet d’une répression massive. Cette minorité musulmane peuplant le Xinjiang au nord-ouest a sa propre identité culturelle et sa propre langue. Pékin a décidé de mettre fin à cette exception culturelle. Pour ce faire, l’armée chinoise est omniprésente dans la région et, en affirmant lutter contre le terrorisme le gouvernement se livre à des arrestations arbitraires reposant sur la simple appartenance à une ethnie. La Chine a récemment reconnu l’existence de camps de détention pour ouighours où sont enfermés environ un million de personnes. Selon le chercheur allemand Adrien Zenz, 11% de la population ouïghours pourrait être incarcérée. Les prisonniers n’ont pas accès à un avocat et sont sans perspective de jugement juste. Ils sont « rééduqués », on les force à abandonner leur religion et leur identité culturelle. Ils subissent un endoctrinement quotidien afin de les rendre fidèles au Parti communiste et à son dirigeant Xi Jinping.

Vue satellitaire d’un camp de détention pour ouïghours

La communauté internationale n’est pas restée sans réagir mais s’est contentée de simples déclarations qui ont peu de chances de faire fléchir le régime. Le vice-président américain Mike Pence a bien reconnu l’existence de ces camps et l’ONU demande à la Chine de libérer les ouïghours, mais la puissance chinoise semble aujourd’hui garantir une quasi impunité au régime. Les réactions internationales ne semblent donc pas être en mesure d’influer sur le cours des évènements au Xinjiang.

Sur le plan intérieur, Xi Jinping contrôle le parti communiste après une vaste purge anticorruption qui a fait tomber beaucoup de membres influents. Personne aujourd’hui au sein du Parti n’est en mesure de faire contrepoids à la ligne de Xi Jinping. De plus, la perspective d’une présidence à vie se précise puisque le Président chinois a réussi le tour de force de supprimer toutes limites numériques au nombre de mandats dans la constitution. Les contestations ne viendront donc pas de Chine au vu du véritable verrouillage du pouvoir qu’a entrepris Xi Jinping.

Le régime chinois est donc à la recherche constante de l’uniformité. La différence n’est pas tolérée qu’elle soit politique ou religieuse. Chacun est prié de se conformer aux doctrines du parti. Le régime estime que toute différence nuit à sa puissance. Voilà pourquoi il est impossible de critiquer la ligne officielle sans compromettre sa liberté. Cela explique également la rééducation violente des ouïghours. Certains qualifient Xi Jinping de nouveau Mao. En tout cas, les contre-pouvoirs en Chine semblent bien faibles et la situation des droits humains peu encline à évoluer.

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