Le Japon, l’archipel des hommes avec un petit “h”.


Dans le pays du soleil levant, la femme se couche tôt.

L’île des mangas, du thé matcha et des dix assiettes de sushis pour cinq euros est charmante. Vous dire le contraire serait vous mentir. Presque comme les fanatiques d’animé se l’imaginent : un mélange de moderne et de traditionnel, doux et coloré. Enfin, il est facile de s’y sentir en sécurité. Les habitants, polis et réservés, feront de leur mieux pour vous rendre la vie plus agréable.

Pourtant, ce n’est pas le cas de tous les Japonais. Il suffit de s'intéresser un tant soit peu à la politique pour tirer le voile de Maya et apprendre la vérité sur la nation la plus safe du monde. Si le système politique en lui-même n’est pas exemplaire, la place de la femme n’est pas privilégiée. Personne n’en parle réellement, les voix sont isolées, le féminisme n’est pas assez pris au sérieux. Mères de famille, cuisinières, ménagères, si aujourd’hui les femmes commencent à fuir ce genre de rôle en refusant d’avoir un enfant par exemple, leurs ancêtres et beaucoup encore n’ont pas souvent vu plus loin que ces quelques professions.

Les relations de domination entre les deux sexes sont en cause, allant de pair avec un patriarcat présent dans une société soi-disant moderne. Si jusqu’à l’université les jeunes évoluent dans un système d’égalité, la suite se trouve être moins rose. Une étudiante a admis qu’une fois passée sur les bancs des entretiens d’embauche, elle a pu prendre conscience du privilège évident qu’offre un corps inapte à la grossesse. Une simple question bousculera la carrière de nombreuses jeunes femmes pleines d’espoir : “Comptez-vous avoir un enfant ?”. La demande est illégale. Cependant bien des femmes ont à y répondre et se retrouvent perdantes au grand jeu du travail nippon.

Vues comme des futures mères, dans l’impossibilité de rester jusqu’au départ du patron tard le soir, dans l’obligation d’aller chercher sa progéniture à l’école, les portes se ferment. Seules des silhouettes en costard-cravates déambulent dans les rues noires, assommées par une journée épuisante qui aurait dû se terminer quatre heures plus tôt. Le pourcentage d’hommes occupant les métiers est inexorablement supérieur. Les femmes risqueraient de se marier et de tomber enceintes. Continuer de travailler serait une honte pour leur foyer.

Ainsi, dans un pays où la gent féminine subi les conséquences d’une lourde invisibilité, les discussions féministes ne fleurissent pas. La mouvance #MeToo a ramé pour atteindre l’archipel et a touché terre sur un radeau de fortune. Shiori Ito s’est voulue Capitaine du bateau tout en sachant que la casquette n’était pas facile à porter.

En 2015, la journaliste s’est fait droguer et violer par Noriyuki Yamaguchi, haut responsable de la chaîne de télévision TBS. Deux ans après ce qui marquera la vie de la trentenaire, Shiori Ito refuse d’être comme les autres et, comme elle a toujours fait, va à l’encontre des idées et habitudes nippones en s’exprimant. Un dépôt de plainte et une conférence de presse annoncent le début des humiliations. Entre être accusée de mentir et forcée à acter dans une reconstitution de son propre viol, la Japonaise doit de surcroît subir le déni de son bourreau, proche du Premier Ministre Shizo Abe.

Il faut savoir qu’au Japon, cet acte est une honte aux yeux du public. La jeune femme avait conscience des risques, des lettres de menaces, voire d’un d’exil futur. En conséquence, elle appréhendait l’échec de sa demande. Car dans la loi nippone, si une victime de plus de 13 ans (âge du consentement sexuel) ne peut pas prouver qu’elle a dit non, le système judiciaire se transforme en labyrinthe sans fin. La question est de savoir s’il y a eu un refus précis, sans prendre en compte une tétanie possible de la victime, ou une drogue qui aurait pu la rendre inconsciente, mais exclusivement le fait que les enquêteurs n’étaient pas dans la pièce. Ces derniers se basent ainsi sur les dires de l’accusé, qui pourrait raconter n’importe quoi. Tout ce qui se déroule dans une pièce close n’est pas accessible à une tierce personne, le procureur décrit ces situations comme une “boîte noire”. Seulement, celle-ci n’offre aucun moyen de comprendre les évènements. Sans plus de preuve de non-consentement, les recherches deviennent vides et inutiles, abandonnées. C’est ce qu’ils appellent le “quasi-viol”. A ces mots, le Capitaine a échoué. Le bateau coule et les femmes sont restées à bord. Le Japon, lui, s’en sort plutôt bien.

Shiori Ito a publié Black Box en Octobre 2017, elle se trouve aujourd’hui à Londres où elle fuit les menaces et insultes de son pays.

1 vue0 commentaire