Les Iraniens coupés du monde

Le jeudi 15 novembre, les Iraniens se sont rassemblés dans de nombreuses villes à travers le pays pour manifester leur mécontentement. La raison : l’annonce d’une hausse massive du prix du carburant par le gouvernement. En effet, le même jour, le Haut Conseil de coordination économique, composé du président iranien Hassan Rohani, du président du Parlement et du chef de l’autorité judiciaire, a décidé d’augmenter le prix de l’essence de 50% pour les soixante premiers litres achetés chaque mois, puis de 30% pour les litres suivants.


Cette décision a été prise par les autorités iraniennes dans le but d’assainir l’économie et d’éviter la contrebande. Le carburant iranien est l’un des moins chers au monde, car très subventionné. Cela conduit à une haute consommation, celle-ci atteignant quatre-vingt-dix millions de litres par jours pour quatre-vingts millions d’habitants, mais aussi à beaucoup de contrebande. Dix à vingt millions de litres sont écoulés dans les pays alentours chaque jour, ce qui diminue les ressources budgétaires pour l’État iranien. Celui-ci assurait que l’argent récupéré allait être redistribué aux plus pauvres, en vue d’acheter la paix sociale.



Cette mesure reflète le contexte de crise économique dans lequel se trouve l’Iran, asphyxié par les sanctions américaines depuis le retrait du gouvernement Trump de l’accord sur le nucléaire. Les travailleurs souffrent, les investissements étrangers se font rares, la vente de pétrole est en baisse, l’inflation élevée, la monnaie est dévaluée et le taux de chômage en hausse. Nombreux sont ceux qui affirment que les sanctions américaines ont eu un énorme rôle dans les événements, et qu’elles font souffrir les Iraniens sans affecter le gouvernement. L’administration Trump assure que quant à elle que ces événements reflètent le fonctionnement des sanctions.

En réponse aux manifestations, et pour les étouffer, Internet a été coupé du 16 au 21 novembre. En l’espace d’une journée, les trois opérateurs du pays (IPM, ITC et TIC) contrôlés par le régime, ont bloqué l’accès aux connexions entre la République islamique et l’extérieur. Les Iraniens étaient alors coupés du monde. Ce n’est pas la première fois que les réseaux internet sont interrompus en Iran, mais cette fois ci l’efficacité de la coupure a été frappante.


Ce n’est qu’au retour d’internet, le 27 novembre, que la population a découvert l’ampleur des répressions des manifestations du 15 novembre. Alors que le gouvernement annonce moins d’une dizaine de morts, dont celle de policiers à cause des émeutiers, Amnesty internationale parle de plus de cent-quarante victimes et dénonce la violence des autorités. Ces dernières n’ont pas hésité à tirer à balles réelles face aux manifestations pourtant pacifiques. Des chiffres bien différents donc, et une vision contrastée des événements. Selon l’ayatollah Ali Khamenei, les protestations sont un complot dirigé par les États-Unis pour détruire le pays.


Le gouvernement a finalement fait machine arrière sur la coupure des subventions. La mesure était non seulement critiquée sur les réseaux sociaux, mais aussi par la classe politique qui déplorait le moment choisi, à quelques mois des élections législatives.


Juliette Régnier

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