Littérature - Les Aérostats, le nouveau roman d'Amélie Nothomb



« Voulez-vous partager mon zeppelin ?

Nous contemplerons le monde de l’Olympe.

Ne suis-je pas Athéna ? »


Une rentrée littéraire sans Amélie Nothomb n’est pas une véritable rentrée littéraire. Comme à son habitude, l’auteure belge a publié un nouvel ouvrage, sorti en librairie le 19 août 2020 : Les Aérostats. Ange, jeune étudiante bruxelloise en philologie de dix-neuf ans, a la mission de donner des cours de littérature et de « soigner » la dyslexie de Pie, lycéen de seize ans au caractère bien trempé. Une amitié se tisse entre les deux jeunes gens. Mais c’est sans compter les parents quelque peu perturbés de Pie, entre un père intrusif et une mère plus que simplette.

D’entrée de jeu, ce roman est une fabuleuse déclaration d’amour à la littérature. Ange (qui s’avère être Amélie Nothomb au même âge) transmet l’amour de la lecture à Pie. L’Iliade et L’Odyssée d’Homère, La métamorphose de Kafka, Le Rouge et le Noir de Stendhal, Le Diable au corps de Radiguet, et tant d’autres classiques, reçoivent chacun, en quelque sorte, un hommage et une brève analyse. Au fur et à mesure que l’on tourne les pages, une certaine colère est perceptible. Amélie Nothomb déplore que les jeunes ne lisent presque jamais les livres en entier, et montre que bien que l’on puisse détester un ouvrage, on peut également en tomber amoureux. Il faut « simplement » trouver le bon. Comme elle a pu l’écrire dans son livre Antéchrista (Albin Michel, 2003), « lire, c’est être mis en présence du réel dans son état le plus concentré ».



Les Aérostats se situe dans la veine macabre et psychologique de l’œuvre nothombienne. Comme elle a pu l’analyser dans Tuer le père, Nothomb aborde à nouveau le thème psychologique du meurtre du père (rappelons que la notion du complexe Œdipe comporte trois éléments : le désir envers la mère, l’envie de tuer le père, et l’image d’un père cruel et castrateur). [Spoiler : c’est d’ailleurs lorsque Pie a commis le meurtre de ses parents qu’il devient homme, qu’il devient lui.] Une réflexion psychologique passionnante se découvre tout au long du roman.

Enfin, Amélie Nothomb nous transmet une belle leçon de vie : « La jeunesse est un talent, il faut du temps pour l’acquérir. Bien des années plus tard, je suis enfin devenue jeune. Le double crime de Pie me l’avait enseigné ». Pie aura appris à Ange ce qu’est la jeunesse ; une forme d’insouciance, que l’on n’a pas forcément lorsque l’on est jeune… La jeunesse se cultive, s’apprivoise et s’approprie, comme tout enseignement de la vie. Encore faut-il savoir la reconnaître et surtout, l’accepter…



Les Aérostats, Amélie Nothomb. 2020, Albin Michel, 17,90 €.

Maxime Thébaud.

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