Monsieur le président reprenez vous !


Si la mise en place d’un nouveau contrat sur la laïcité et notamment sur l’Islam de France ainsi que sa position sur la déchéance de nationalité, ses promesses sur l’éducation ou son exhortation à porter l’Espoir et non la haine pouvaient donner un élan et une paix sociale retrouvés à son quinquennat et à notre pays, il en fut tout autre.

L’exercice du pouvoir n’est pas chose facile, chaque mot, chaque geste a son importance et son inexpérience a sûrement joué sur certaines interventions malheureuses, des erreurs de timing politique ou des errements de communication.

Il aura réussi à être le Grand Horloger, contrôler le calendrier et non subir l’actualité comme ses prédécesseurs, jusqu’à l’affaire Benalla. Il aura réussi à reprendre la main pendant le mouvement des gilets jaunes, avec un Grand Débat, qui, s’il peut laisser sceptique a eu au moins le mérite de diminuer la pression qui régnait dans le pays et proposer quelque chose de constructif et nouveau pour répondre à un malaise social dont sa politique avait été en partie le ferment.

Mais le manque de soutien à son projet politique et sociétal a mobilisé l’opinion, grinçant à chaque réforme (nécessaire ou pas, à chacun de juger) contre lui. Avec un pouvoir vertical sans fusible pour recevoir les critiques, il a cumulé contre lui toutes les haines d’un projet qu’il a tenté d’instaurer sans soutien. C’est ce qu’on obtient en dénigrant les structures des partis traditionnels avec leurs sections locales et leurs ténors qui peuvent faire ce travail « pédagogique » ou encore les pouvoirs et corps intermédiaires qui sont aussi des facilitateurs quand ils sont sagement utilisés. L’idée d’un mouvement était un excellent outil politique pour ne pas avoir les autres ténors du parti, des concurrents de l’intérieur, dans les pattes et montrer son originalité, dans un paysage politique sclérosé par des éléphants. Il n’en reste qu’une fois l’élection passée, ce mouvement s’est avéré être un handicap par le manque d’expérience d’une généralité de députés LREM, se limitant à des éléments de langage communs à tout le groupe et vite lassants à force de répétition voire donnant parfois lieu a des retournements rocambolesques obligeant le Président à clarifier sa position, finalement la seule qui compte.

Un nouvel exemple de ces problèmes internes de communication au sein de la majorité est apparu avec les évènements choquants des derniers jours. Des attaques contre la communauté Juive comme des profanations dans un cimetière, la croix gammée taguée sur le visage de Simone Veil ou des insultes contre l’académicien Alain Finkielkraut ont montré à tout le pays que l’antisémitisme n’était malheureusement pas derrière nous. Ces évènements ont cependant été l’occasion de plusieurs retournements chez LREM qui a finalement, et encore une fois par l’intermédiaire de son patron, décidé de clore le dialogue et le débat en souhaitant inscrire dans le marbre de la loi l’antisionisme dans la définition de l’antisémitisme.

Le mouvement des Gilets jaunes aura réveillé des démons que certains s’imaginaient morts et enterrés, mais ces démons, ce ne sont pas les Gilets Jaunes qui les ont inventés, ils les ont fait ressortir. Ce mouvement a, comme tous les autres, dans son cortège des personnes modérées comme des fanatiques. Une minorité hurlante forcément plus visible, portant sa voix au-dessus de la mêlée pour éructer ces propos à l’encontre d’Alain Finkielkraut. Des propos qui posent question, si leur formulation ne laisse pas de doute quant à la violence de la pensée de ceux qui les ont proférés, ils remettent sur la table le débat concernant la distinction entre deux termes pourtant bien distincts : l’antisémitisme et l’antisionisme. Une confusion coupable, un flou de langage dangereux, comme une reprise d’Alain Soral pour entretenir une tension sociale déjà colossale. Clarifier les différences entre ces deux termes par le dialogue n’est clairement pas le chemin choisi pour l’instant par la majorité, qui aurait pu pourtant continuer dans la lignée du Grand Débat pour traiter un mal trop profond pour qu’une simple loi puisse y mettre un terme, une loi qui plus est, qui pourrait mettre à mal la liberté d’expression par la condamnation de l’antisionisme.

Si l’on reprend les mots du président, qui disait par exemple sur le glyphosate (peut-être à raison par manque d’alternatives pour les agriculteurs) que l’arsenal législatif n’était pas adapté, voilà qu’il dit aujourd’hui qu’il faut renforcer ce fameux arsenal alors que l’antisémitisme qui continue de gangréner notre société n’en sera que plus radicalisé. On aurait pu souhaiter qu’il retourne à l’une de ses priorités de candidat, à savoir l’éducation, pour permettre sur le temps long d’expliquer aux futures générations le sens et les distinctions entre ces deux mots. Mais punir et légiférer est une réponse bien plus facile à court terme et l’éducation ne porterait ses fruits que sous ses successeurs qui en récolteraient les lauriers, merci pour eux.

Expression d’un gouvernement aux abois, tentant de profiter d’un sujet qui unit tous les modérés pour lutter contre le mouvement des gilets jaunes ou le retour sur la scène médiatique de l’affaire Benalla, comme Benjamin Griveaux critiquant le rapport du Sénat sur l’affaire Benalla, taxé de « rempli de fake news » avouant juste avant qu’il lui était difficile de le commenter ne l’ayant pas lu…

De plus, l’annonce d’Emmanuel Macron faite lors du diner au CRIF ne fera malheureusement que renforcer les tenants d’un complot mondial, réunissant juifs et gouvernants . Un mauvais coup de pouce pour une communauté qui voit les agressions dirigées contre elle augmenter de 74 % cette année. Une petite leçon de communication politique serait la bienvenue tant le climat imposé au pays s’enfonce et se tend, un climat que le gouvernement lui-même qualifie « d’années 30 », à qui la faute…

Qu’il est difficile d’être constructif quand le pouvoir en place attire à lui tous les regards toutes les haines et les cabales, confinant l’opposition dans une stérile dénonciation, sans proposer d’alternatives, si proche d’une élection cruciale pour le futur de l’Union vers laquelle nos regards devraient se tourner avec espoir, pour construire un futur commun !

#Macron #Président

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