Mort de Jacques Chirac : quel homme derrière les souvenirs ?


Le décès de l’ancien Président Jacques Chirac ce 26 septembre a ému la France entière et suscité des réactions chez une grande partie de la caste politique. Le « Président préféré des Français », reconnu pour sa sympathie et sa constante proximité avec le public, souffrait depuis une dizaine d’années d’une santé fragile. Il s’est éteint « paisiblement » auprès de ses proches à l’âge de 86 ans, laissant derrière lui l’image d’un grand homme, profondément attaché à la France. Au cours de ses deux mandats présidentiels, il aura intensément contribué au développement et au rayonnement de la France, marquant les esprits à travers ses discours et sa longévité au pouvoir. Mais qui est vraiment Jacques Chirac, au-delà de la figure politique publique ?

A l’heure des hommages et souvenirs nostalgiques, attardons-nous sur l’homme complexe caché derrière le Président bien-aimé, et sur les scandales qui ont accompagné sa carrière.

Jacques Chirac, avant d’être élu Président, occupe différents postes en tant que haut fonctionnaire de l’État, notamment celui de Maire de Paris entre 1977 et 1995. C’est cette période qui sera à l’origine de scandales quelques années plus tard. Sur les neuf affaires judiciaires l’ayant impliqué, la plupart touchent à la corruption et à des détournements de fonds pour son parti, le « Rassemblement Pour la République » (RPR). On peut par exemple citer « l’affaire des emplois fictifs », démontrant que certains salaires d’employés du RPR avaient été pris en charge par la Mairie de Paris. On se souvient aussi de « l’affaire des HLM » qui accuse la Mairie de Paris d’avoir distribué les marchés publics de construction de HLM à des sociétés en échange de pots de vin pour le RPR. Ces scandales, qui n’ont éclaté que bien après l’époque de la Mairie, n’ont cependant guère touché Jacques Chirac qui a longtemps bénéficié de l’immunité présidentielle.

C’est en effet en 1995 que Chirac est élu Président de la République face à Lionel Jospin, après une campagne dénonçant la fracture sociale. Ce Chirac « sympathique », élu sur un thème social et voulant se montrer proche du peuple, est pourtant un libéral pur et dur. Il fera descendre les Français dans les rues quelques mois plus tard pendant les fameuses « grèves de 95 ». En découleront trois semaines de grogne sociale contre le Plan Juppé sur la Sécu et les retraites qui ont ternies son image de représentant du peuple.

Chirac est tout de même réélu Président en 2002 en battant Jean-Marie Le Pen avec 82,2% des suffrages exprimés, un record absolu ! Il est dès lors considéré comme l’homme pouvant faire barrage à l’extrême-droite, voulant exclure le Front National du spectre républicain.

Seulement, c’est ce même homme qui en 1991 critiquait « le bruit et l’odeur » causés par les immigrés en France. Un discours étonnamment proche de celui tenu par Jean-Marie Le Pen à l’époque, qui déclara d’ailleurs « [Je suis] surpris qu’on m’emprunte mon discours, tout en continuant à me diaboliser. » Le Républicain de droite est alors critiqué pour sa volonté affichée d’entraver l’extrême-droite tout en ayant eu des positions similaires.

Jacques Chirac a également voulu rallier la gauche sur des thèmes sociaux et écologiques, sans réellement s’en montrer à la hauteur. Ayant milité pour le PCF pendant ses études à Sciences Po, il s’avère finalement difficile de comprendre où il se situe sur le spectre politique. Ses adversaires l’ont ainsi souvent traité d’opportuniste ou ont critiqué son immobilisme.

Ainsi, plus motivé par la conquête de pouvoir que par un réel fil rouge politique, Chirac a fait preuve d’un certain nombre de contradictions et de zigzags idéologiques qui expliquent ses difficultés à passer à l’action. On lui reproche aussi la dissolution ratée de l’Assemblée Nationale en 1997, ses propos sexistes et son infidélité à l’encontre de sa femme Bernadette, ou encore sa découverte tardive de la question environnementale.

On retiendra néanmoins de l’ancien Président ses grands discours : celui du Vel D’Hiv reconnaissant la responsabilité française pendant la déportation, son cri d’alarme contre le réchauffement climatique – « notre maison brûle » – ou encore son « non » à l’intervention en Irak.

Tout autant de gestes forts qui ont contribué à la défense des valeurs de la France et à l’union du peuple.

Durant sa longue carrière au service de la politique, Jacques Chirac aura ainsi dévoilé de multiples facettes. Du jeune « bulldozer » déterminé à gravir les échelons, en passant par l’élu contradictoire, jusqu’au Président cultivé et sympathique, il est finalement le reflet d’une époque complexe, secouée par les crises et désireuse d’unité.

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