Nouvelles restrictions face à la Covid-19 : conséquences sur la cohésion sociale et politique



Le 23 septembre dernier, le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, a fait de nouvelles annonces concernant la pandémie du Covid-19. Face à la montée des cas de contaminations, le gouvernement a pris de nouvelles mesures restrictives selon la situation des régions. Ainsi, Aix-Marseille et la Guadeloupe, classées en « zone d’alerte maximale », devront fermer leurs restaurants et cafés durant 7 jours à compter du lundi 28 septembre – une décision non sans conséquences économiques pour la deuxième ville de France, même si l’État affirme s’engager à prendre totalement en charge les pertes financières des professionnels. De même, Paris et dix autres villes se trouvent en « zone d’alerte renforcée », impliquant la fermeture des bars dès 22 heures, les interdictions de rassemblements de plus de dix personnes dans l’espace public, ou encore la fermeture des salles de sport.

Non seulement ces décisions attisent encore davantage la lassitude des Français, mais elles provoquent également des divisions et fractures politiques. Effectivement, alors que l’exécutif prônait une politique de communication entre le couple maire-préfet (la « méthode Castex »), ces restrictions ont finalement été une décision unilatérale de Paris. Et chez les élus et professionnels, la grogne gronde ! La maire de Marseille, Michèle Rubirola (EELV), parle de « décisions politiques que personne ne peut comprendre », et la maire d’Aix-en-Provence, Maryse Joissains (LR), proclame : « Le rôle du gouvernement est de protéger, de prévenir, voire de sanctionner, mais pas d’instaurer un climat anxiogène. Là, on dérape, et je dis ‘Ferme-là, Véran !’ La haute administration est en train de devenir folle ».

En plus de paroles chocs, des acteurs politiques s’apprêtent à réagir par des mesures qui reflètent une division de la scène politique française. Alors que Bernard Marty, président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie des Bouches-du-Rhône, dénonce que l’imposition des fermetures des bars et restaurants soit « une solution de facilité pour un ministre qui n’arrive pas à résoudre son problème sanitaire », Renaud Muselier, président LR de la région PACA, annonce vouloir déposer un référé devant le tribunal administratif pour faire annuler la décision gouvernementale.

« La haute administration est en train de devenir folle » : effectivement, l’exécutif n’est-il pas en train de céder à la paranoïa ? Il faut relativiser l’utilisation des chiffres et l’impact des médias. Durant la première vague, les seules données dont on parlait étaient le nombre de morts ; aujourd’hui il s’agit du nombre de contaminations. Mais n’est-ce pas « normal » que le nombre de cas augmente en parallèle de l’augmentation du nombre de tests effectués ? N’est-ce pas là l’exemple parfait de la manipulation des chiffres par les médias, qui contribue (ou peuvent être même à l’origine) de l’atmosphère anxiogène qui règne actuellement dans notre société ?

Il ne faut pas oublier qu’en 1957, la grippe asiatique avait fait plus ou moins 100 000 morts en France et entre deux à trois millions dans le monde, sans pour autant que les populations ne soient contraintes au port du masque ou à la fermeture des lieux publics (à l’heure d’aujourd’hui, l’épidémie du Coronavirus a fait environ 32 000 morts en France et un million dans le monde). L’attitude du gouvernement et des médias n’est-elle pas symptomatique de notre époque, de notre société ? Ou est-ce peut-être aussi une volonté d’apparaître comme un « héros » et un bon protecteur pour les prochaines élections (comme dans Le Prince, où Machiavel conseille à l’homme politique de créer une atmosphère d’insécurité autour de lui pour qu’il puisse régler le problème et apparaître ainsi comme un héros aux yeux du peuple) ?

Quelles sont (et quelles vont-être) les conséquences de cette fracture politique ? La colère des Marseillais semble être un avertissement pour l’exécutif. Par la même occasion, la fermeture des bars comporte un enjeu de maintien de l’ordre : il s’agira de faire respecter ces mesures, mais à quel prix ? Quelles vont-être les impacts sur la cohésion nationale, déjà affaiblie ?

Invité sur France 2 le 24 septembre, le Premier Ministre s’est montré plutôt désorganisé dans ses explications, en plus d’avouer qu’il n’avait lui-même pas télécharger l’application gouvernementale StopCovid. De son côté, Olivier Véran a perdu son sang-froid lors de son audition devant la commission d’enquête le 25 septembre. Il a également proclamé qu’ « on ne peut pas imposer aux gens de prendre soin d’eux malgré eux, mais on peut imposer aux gens de prendre soin des autres malgré eux ». Et d’un autre côté, comme s’il n’assumait pas les nouvelles restrictions, Emmanuel Macron reste muet et envoie ses ministres au front défendre leurs décisions.

Face à l’apparition du Covid-19, le Président a dû revoir de fond en comble son mandat. La nouvelle vague contrecarre ses nouveaux projets. Il n’a plus les moyens de mettre en place les réformes et autres promesses faites lors de sa campagne électorale en 2017, et libéral, il est devenu hyperprotecteur. Il faut garder à l’esprit que les élections départementales et régionales approchent à grands pas (elles se tiendront en mars 2021). Toutefois, l’exécutif doit maintenir sa crédibilité, faire accepter ses mesures, et maintenir une forme de tolérance face au manque de visibilité qu’apporte la pandémie.

Maxime THÉBAUD

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