Polanski : un réalisateur responsable de viols et de violences sexuelles récompensé aux Césars


Vendredi 28 février a eu lieu la 45e cérémonie des Césars, évènement au cours duquel les meilleures productions cinématographiques françaises sont récompensées. Bien que son film J’accuse ait été nommé douze fois et ait reçu le prix de la meilleure réalisation, Roman Polanski ne s’est pas présenté à la cérémonie, ce qui s’est déjà produit précédemment. En effet, ce réalisateur franco-polonais est visé par des accusations de viols et d’agressions sexuelles remettant en cause ses nombreuses nominations. Ces dernières font d’ailleurs l’objet de controverses de la part d’associations féministes, par rapport aux actes dont le cinéaste est accusé d’avoir commis.


Parmi celles où sa présence a été rejeté, on peut compter la remise des Césars 2017, lorsque l’Académie a souhaité qu’il préside la cérémonie. Un appel au boycott et une pétition d’environ soixante mille signataires avaient été lancée face à cette initiative. Cette même année, la Cinémathèque française a réalisé une rétrospective des œuvres de Polanski dans le contexte de l’affaire Weinstein et du mouvement #Me Too. Une nouvelle fois, ce fut l’occasion de polémiques et d’indignations. Alors que certains parleront « d’acte de provocation », d’autres maintiennent qu’il faut distinguer l’œuvre de l’homme. En août 2019, son film J’accuse est projeté en avant-première à Venise lors de la remise du prix du Lion d’or. Cette décision a suscité à nouveau des controverses : Roman Polanski ne s’est pas rendu au festival, laissant sa femme récupérer la récompense. Comment expliquer ces débats autour de la présence du cinéaste aux cérémonies de récompense ? Pourquoi décide-t-il volontairement de s’absenter ? En réalité, l’image et la réputation du réalisateur sont entachées par onze accusations de viol et d’agressions sexuelles depuis 1977.


Lors d’un reportage photo à Hollywood en mars 1977, Roman Polanski, âgé de 43 ans, aurait drogué et violé Samantha Gailey, une adolescente de 13 ans. Arrêté, il est condamné à trois mois de prison puis est libéré pour conduite exemplaire. Face aux critiques de l’opinion publique, le juge le condamne finalement à cinquante ans de prison, auxquelles le réalisateur échappe en fuyant des États-Unis pour se rendre en France en 1978. Un mandat d’arrêt international est alors lancé par la justice américaine. Il est à plusieurs reprises arrêté dans les pays où il séjourne mais n’est jamais extradé. En mai 2010, l’actrice britannique Charlotte Lewis accuse le réalisateur de l’avoir violé lors d’un casting à Paris en 1983. Elle témoigne sans porter plainte, montrant que Samantha Gailey n’a pas été la seule victime du réalisateur. Puis, en août 2017, une troisième femme, sous le nom de « Robin » déclare avoir été agressée sexuellement en Californie en 1973, à l’âge de 16 ans. Depuis, d’autres femmes ont témoigné et accusé Roman Polanski d’actes similaires relatés par les précédentes victimes. La dernière d’entre elles est l’actrice française Valentine Monnier, qui a décidé de parler en novembre dernier. Lors d’un entretien au Parisien, elle révèle que le réalisateur s’est montré particulièrement violent avec elle et a tenté de la droguer. Au total, onze femmes ont révélé avoir été abusées par le producteur. Quant à l’accusé, il conteste tous ces témoignages.


Malgré la révélation de ces abominables faits, le vendredi 28 février, le César de la meilleure réalisation a été remis à Roman Polanski. Face à cette annonce, des centaines d’activistes féministes ont manifesté à l’entrée de la Salle Pleyel, où s'est déroulé la cérémonie. Certaines actrices n’ont également pas manqué de manifester leur indignation : la comédienne française Adèle Haenel s’est levée lors de l’annonce du lauréat, accompagnée de Céline Sciamma, Aïssa Maïga et d’autres personnalités présentes à la cérémonie. D’autant plus qu’Adèle Haenel a annoncé en novembre dernier avoir été victime « d’attouchements répétés » de la part du réalisateur Christophe Ruggia. En début de semaine dernière, elle avait déjà affirmé que « distinguer Polanski, c’est cracher au visage de toutes les victimes. Cela veut dire que « ce n’est pas si grave de violer des femmes ». De son côté, l’humoriste Florence Foresti, également maîtresse de la cérémonie, a annoncé en fin de soirée être « écœurée » sur son compte Instagram et ne l’a d’ailleurs pas caché lors de la soirée en faisant référence implicitement au réalisateur : « Bonsoir, bienvenue à la cérémonie des taulards… Euh des César » ou encore « Il parait qu’il y a des gros prédateurs… Euh producteurs dans la salle ». Elle n’est pas remontée sur la scène après la remise du César à Roman Polanski. Cette remise de prix fait polémique et divise le monde du cinéma comme les français : entre ceux qui distinguent l’homme de l’artiste et ceux qui accusent l’académie de propager la culture du viol, le producteur franco-polonais de 86 ans suscite à la fois éloges et révolte.


Morgane Roose

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