Portrait d’écrivain : Éric Emmanuel Schmitt


À l’occasion de la sortie du Journal d’un amour perdu, le Canari vous propose un portrait d'Éric-Emmanuel Schmitt qui, plus qu’un écrivain, incarne aujourd’hui le paradigme de la littérature contemporaine.

Éric-Emmanuel Schmitt, c’est plus d’une cinquantaine d’ouvrages publiés. C’est un dramaturge émérite, un romancier aguerri mais aussi un essayiste ou encore un nouvelliste. C’est une littérature foisonnante, diversifiée et passionnée, littérature qui trouve ses fondements tantôt dans son parcours, tantôt dans ses influences littéraires et artistiques.

La Nuit de Valognes est le livre qui marque le début de sa carrière. Récit se réappropriant le personnage de Don Juan, il témoigne du genre de prédilection de l’auteur : le théâtre, passion qui trouve sa source dans une représentation de Cyrano de Bergerac à laquelle il assiste à ses seize ans. De fait, Éric-Emmanuel Schmitt est non seulement auteur de nombreuses pièces, telles que L’Hôtel des deux mondes ou encore The Guitrys, mais aussi acteur : il mettra ainsi en scène Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran seul sur scène, au cours d’une tournée mondiale.

La Nuit de Valognes s’inscrit également dans une certaine tradition caractéristique de l’auteur : celle de la réécriture, habitude qui le poursuivra tout au long de son œuvre. La réécriture, comme le pastiche, est en effet le moyen pour Schmitt de travailler et de progresser dans l’écriture. Pour ne citer que quelques-uns de ses palimpsestes, on notera le personnage homérien d’Ulysse from Bagdad, l’Hamlet de Golden Joe ou encore l’étrange écho que Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran semble faire à La Vie devant soi de Romain Gary.

Milarepa initie une série que l’écrivain baptisera « cycle de l’invisible » : un ensemble de huit récits consacrés à la spiritualité. Lui-même objet d’une expérience mystique alors qu’il est perdu au cœur du Sahara en 1998, expérience qu’il contera dans La Nuit de feu, il considère comme une évidence et une nécessité l’exploration des religions. Elles sont pour lui, malgré leurs dissemblables, concrétisations similaires car « humanisantes ». On retrouvera ainsi, dans la continuité de Milarepa, Oscar et la dame rose, où un petit garçon atteint de leucémie découvre le christianisme à travers les paroles d’une ancienne catcheuse devenue infirmière. On peut également citer Monsieur Ibrahim et Les Fleurs du Coran, qui met en scène l’amitié d’un épicier musulman et d’un adolescent juif.

Cette foi illimitée en la vie n’empêche cependant pas le romancier d’être avant tout un philosophe dans toute sa rationalité. Agrégé de philosophie après une formation à l’ENS, il prône l’importance des outils philosophiques pour penser par soi-même : il définit la philosophie comme liberté. Sa littérature est ainsi pétrie de cet vision, comme en témoignent par exemple La Secte des égoïstes, qui questionne le sens de la réalité, ou encore Diderot ou la philosophie de la séduction, thèse originellement nommée Diderot et la métaphysique.

L’œuvre de Schmitt est aussi marquée par son amour pour la musique : il écrit lui-même être « habité par la nostalgie du musicien ». Dans une série intitulée « Le bruit qui pense », le mélomane mêle ainsi musique et littérature, tantôt se projetant dans la peau d’un adolescent en dialogue avec Mozart dans Ma Vie avec Mozart, tantôt s’essayant à une réflexion sur la place de Beethoven dans notre société à travers Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent. Il traduira également les célèbres Noces de Figaro, et interprétera ses Variations énigmatiques au piano.

Cette œuvre et cette carrière seront consacrées par la nomination du dramaturge à l’Académie royale de la langue et littérature françaises de Belgique, puis par son élection en tant que membre du jury Goncourt, en faisant le personnage incontournable de la scène littéraire francophone contemporaine.

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