Pourquoi l’acquittement de Kyle Rittenhouse divise-t-il autant les Etats-Unis ?

Le 19 novembre 2021 le tribunal du Kenosha ; dans l’Etat du Wisconsin ; acquitte Kyle Rittenhouse des cinq chefs d’accusation donc celui de meurtre à l’issue de son procès. Il a plaidé la légitime défense pour ses actions.


Un an plus tôt, le 25 août 2020 plus précisément, ce militant d’extrême droite encore âgé de 17 ans a tué avec un fusil automatique deux manifestants antiracistes et a blessé une autre personne lors d’émeutes à Kenosha.


Les émeutes antiracistes débutent après la fusillade de Jakob Blake le 23 août, un Afro-Américain tiré dans le dos 7 fois devant ses enfants et encore aujourd’hui paralysé. En réaction aux émeutes, des milices blanches armées se regroupent dans la ville pour soi-disant la protéger. Kyle Rittenhouse traverse la frontière de l’Illinois vers le Wisconsin pour porter son aide à la suite d’un appel en ligne pour lever les armes et défendre les quartiers et commerces de toutes violences.


Crédit Photo : Sean Krajacic / AP


Son acquittement divise les Etats-Unis, d’un côté des Américains célèbrent la légitime défense et la victoire du second amendement qui garantit le droit du port d’arme, de l’autre, des Américains déplorent une justice raciste et les excès d’une culture des armes.


Symboliquement, Joe Biden respecte le choix des 12 jurés du Tribunal : « Je m’en tiens à ce que le jury a conclu. Le système de jury fonctionne et nous devons le respecter ». Cette démonstration de soutien prouve le respect pour l’organisation judiciaire duale des Etats-Unis : avec les juridictions relevant des Etats et celles dites fédérales. Mais les propos qui suivent sa déclaration prouvent à quel point cet acquittement fracture les Américains : « le verdict du Kenosha laisse de nombreux Américains en colère et inquiets, moi y compris » précise le président américain.


L’affaire Kyle Rittenhouse divise les Etats-Unis pour plusieurs raisons :


La notion de "self-defence" et les armes

La notion de « self-defence » est presque sacralisée. Certains Etats vont encore plus loin avec des lois comme celle de « stand-your-ground ». 25 Etats disposent de cette loi : les citoyens sont invités à défendre directement leurs maisons par exemple et non d’éviter la confrontation. Ce qui signifie qu’il est possible d’abattre une personne dans son jardin si une menace est ressentie… Comme le contrôle des armes dépend des Etats, de nombreux Américains revendiquent l’uniformisation des lois sur les armes au niveau fédéral.

Lorsque Kyle Rittenhouse plaide la légitime défense, assurant avoir tiré après avoir été pris en chasse et attaqué par ces 3 hommes, de nombreux Américains relancent l’affaire Chrysull Kizer. Cette femme Afro-Américaine âgée de 17 ans en 2018 a abattu l’homme qui a abusé sexuellement d’elle et invoque donc la légitime défense. Elle a été emprisonnée dans l’attente de son procès puis libérée 2 ans plus tard grâce au versement d’une caution de 400 000 dollars. Son procès est toujours en attente. Mais, lorsque Kyle Rittenhouse est inculpé de meurtre un jour après avoir tué les deux manifestants, il est remis en liberté le lendemain grâce au versement d’une caution de 2 millions de dollars par des militants d'extrême droite.

Comment Kyle Rittenhouse peut-il plaider la légitime défense lorsqu’il a lui-même créé le danger ? Une Amérique scande la pérennité du second amendement et la légitime défense, une autre Amérique pleure la place des armes à feu au sein de la société et celle du racisme.


Le comportement du Juge de la Kenosha Court House

Le comportement du juge Bruce Schroeder est un autre facteur de divisions. Un juge doit être impartial. Pourtant lors du procès, son téléphone a sonné et sa sonnerie était le chant patriotique : God Bless the USA. Il s’agit de la chanson préférée de Donald Trump pour faire ses entrées sur scène. L’opinion politique du juge est exprimée. Le juge B. Schroeder a de plus interdit l’usage du terme « victime » pour qualifier les deux personnes tuées et la personne blessée par Mr. Rittenhouse. Il exige l’emploi de « pilleurs ». Pendant le procès l’opinion est tranchée : d’un côté des voitures passent en klaxonnant, certains rugissent « libérer Kyle » ; tandis que de l’autre, des personnes pleurent, comme un homme qui s’est effondré à l’annonce de l’acquittement.


La dimension politique de l’acquittement

L’affaire incarne la polarisation de la société américaine. Donald Trump s’est rendu sur les lieux ainsi que Joe Biden lors des émeutes en 2020. L’un pour critiquer les violences des émeutes Black Lives Matters et l’autre pour échanger avec la famille de la victime Jakob Black. Il est presque possible de diviser l’opinion envers cet acquittement en 2 camps : l’un dans celui des démocrates et l’autre des républicains. Kamala Harris, vice-président américaine a par exemple exprimé sa déception et le républicain Madison Cawthorn, élu à la Chambre des Représentants a écrit dans un tweet : « Kyle, si vous voulez un stage chez moi, contactez-moi ».


L’affaire Kyle Rittenhouse touche de nombreux enjeux comme le contrôle des armes et divise la société américaine.

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