Retour de conf : "Easier said than done: The Brexit saga from the perspective of Northern Ireland"

Date de la conférence : jeudi 23 janvier 2020

Intervenant : Jan Jedrzejewski



Le professeur, qui enseigne à University of Ulster, nous a d’abord rappelé la chronologie de l'appartenance du Royaume-Uni à l’UE, depuis son adhésion à la CEE en 1973, jusqu’à la ratification du Traité de Maastricht en 1992. 

En parallèle, M. Jedrzejewski a également retracé la chronologie du sentiment eurosceptique en Grande-Bretagne, qui provenait à l’origine du parti travailliste (Labour). En 1983, la campagne électorale du candidat travailliste Michael Foot contenait même la promesse de quitter l’UE ! Au fur et à mesure, l’euroscepticisme s’est développé au sein du parti conservateur, ce qui a contribué à la naissance du parti United Kingdom Independence Party (UKIP) en 1991, qui connaîtra un fort soutien à partir des années 2010 et influencera grandement le vote du Brexit.


La course au référendum


En 2015, le Premier ministre conservateur David Cameron, sous pression du parti UKIP et de son propre parti, promet de tenir un référendum sur le maintien de son pays dans l’UE s’il est élu. Chose promise, chose due : un référendum a ainsi lieu le 23 juin 2016, grace auquel les Britanniques votent en faveur du Brexit.  Les partis soutenant le “Leave” (quitter l’UE) étaient le parti UKIP ainsi que les “democratic unionists”, tandis que le Labour, les “liberal democrats” et les Verts ont encouragé à voter “Remain”. Les Conservateurs, eux, sont restés officiellement neutres.


Les résultats


Si le Brexit a été voté avec une majorité de 51,89%, il est intéressant d’observer les grandes disparités de vote au sein de la population. Ainsi, M. Jedrzejewski nous a présenté certains chiffres qui traduisent les enjeux que représentent le Brexit. C’est en effet les personnes âgées qui ont surtout voté “Leave” avec 64% des plus de 65 ans, tandis que les 18-24 ont au contraire voté “Remain” à 71%. La sortie de l’UE affectera pourtant surtout les prochaines générations... Par ailleurs, les personnes avec un niveau d’éducation moins élevé ont voté à 70% pour le Brexit, tandis que les fortement diplômés ont voté contre à 68%. Enfin, on note que l’Ecosse (38%) et l’Irlande du Nord (44%) étaient majoritairement contre le Brexit.


Après le référendum


David Cameron quitte ses fonctions le 24 juin 2016, Theresa May devient Premier Ministre le 11 juillet et le Gouvernement britannique active l’article 50 pour lancer la procédure de retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Commencent alors de longues négociations avec l’UE sur les termes du Brexit. Theresa May se montre ferme sur certains sujets, parmi lesquels la fin de la liberté de circulation, notamment pour lutter contre l’immigration. Elle voulait également sortir de l’union douanière afin de commercer avec la Chine ou les États-Unis sans être restreinte par l’UE, et ne plus être jugée par la Cour de Justice européenne. Enfin, c’est la question de la frontière entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande qui constitue une des tensions majeures.


La position de l’Irlande du Nord


Le dilemme central tourne en effet autour de la frontière entre l’Irlande et l’Irlande du Nord, et du “Good Friday Agreement”. Après trente années de “troubles”, c’est cet accord qui assure l’absence de frontière physique dite “dure” afin de maintenir la paix. Cependant, l’Irlande du Nord faisant partie du Royaume-Uni, doit également, avec le Brexit, quitter l’UE et l’union douanière. Mais comment instaurer une frontière douanière sans que cela ne ravive les tensions dans la région ?


En novembre 2018, May finalise un accord avec Jean-Claude Junker contenant le “Irish backstop” comme élément pivotal. Celui-ci propose que le Royaume-uni reste dans un accord monétaire temporaire jusqu’à ce que des moyens technologiques permettent d’avoir une forme de douane sans frontière physique. Mais cet accord est rejeté par le Parlement britannique, et May finira par quitter ses fonctions le 7 juin 2019.


L’ère Boris Johnson


Le 24 juillet, Boris Johnson remporte les élections et devient Premier ministre. À peine nommé, il tente de dissoudre le Parlement mais la Cour Supreme refuse.

Le Parlement force ensuite Johnson à demander une deuxième extension du Brexit afin d’éviter un “no-deal”. Ce dernier décide alors d’envoyer une lettre non-signée au Parlement européen, qui accepte tout de même un report pour le 31 janvier 2020.


Et en 2020 ?


Le Parlement britannique a lancé de nouvelles élections générales qui ont eu lieu le 12 décembre 2019 afin de sortir de l’impasse et de permettre de voter un accord.

Le Parti conservateur a axé sa campagne sur le slogan “Get Brexit Done”, tandis que les travaillistes demandaient de nouvelles négociations et un référendum de confirmation. 

Ce sera finalement une victoire écrasante pour les conservateurs, dont la ligne politique glisse vers une droite nationaliste de plus en plus prononcée.

Le Brexit doit donc avoir lieu le 31 janvier, avec une période de mise en place autorisée jusqu’à fin 2020. Un “no-deal scenario” est donc probable, même si, comme nous l’a expliqué M. Jedrzejewski, de petits accords seront sans doute établis sur des sujets précis: la sécurité, l’aviation, etc…

On parle également d’un potentiel nouveau référendum en Écosse, ainsi que de la question de la frontière irlandaise, qui reste très problématique. 


La saga Brexit est donc loin de toucher à sa fin...


Jeanne Pavard

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