Retour de conf : "normes et images du genre en Iran:de la fluidité sacrée à la révolution binaire"

Date de la conférence : Jeudi 13 février

Intervenant : Lexie


Jeudi 13 février, Lexie du compte Instagram @aggressively_trans est venue faire une conférence sur les normes de genre au sein de l’art iranien de la période médiévale jusqu’à l’époque contemporaine à ESPOL. Cette conférence a été possible grâce à un partenariat entre Espomena et Simone s’éveille.

Tout d’abord, il est à savoir que l’Iran, situé sur un plateau du moyen orient, comprend une concentration humaine permanente autour d’un même noyau culturel. Ce pays est aussi une plaque tournante pour le commerce au Moyen-Âge (routes de la soies, routes maritimes du monde islamique…) et de nombreux autres échanges, qui ont ainsi influencés la culture persane. L’Iran est également façonné par une politique complexe, superposition de dynasties qui se sont succédées tout au long de son histoire, créant ainsi culture persane unique. Il est à savoir que l’islam est arrivé très tard dans l’histoire iranienne, et que les minorités religieuses sont restées très présentes dans la culture de ce pays.


Androgynie au Moyen-Âge


L’androgynie a joué un rôle central dans l’art iranien. Ce terme désigne une expression de genre, qui, par des codes visuels et des symbols, mélange des caractéristiques féminines et masculines. C’est entre autre le cas du « Mâh rûh » («visage de lune») un type physique très présent dans l’art iranien moyenâgeux. Les personnes ainsi représentées présentent un visage très rond, des yeux sombres et effilés, une petite bouche rouge, un nez droit et un visage enveloppé par des boucles noires. Le corps reste dans cette représentation androgyne avec de petits pieds, une carnation pâle, avec des formes plus ou moins visibles. Or il n’est pas rare de voir ce type de personne dans la vie quotidienne de l’époque. Les relations homo-érotiques sont ainsi encouragées au sein de la société par le soufisme, voie d’élévation spirituelle rattachée à l’islam. On sait également que ce type de jeu sur le genre était très apprécié en ce temps et pouvait faire l’objet de commande de grand luxe.


Révolution binaire


Cette vision du genre est peu à peu effacée sous la dynastie des Qajar (vers le XIXe siècle). Les souverains de ce lignage étaient en effet obsédés par l’Occident et ont ainsi introduit une nouvelle ère dans la culture iranienne. L’art a connu une nouvelle forme dans la peinture auprès des représentations féminines, peu présentes jusqu’alors. Les artistes se tournent vers une volonté d’introduire de la vraisemblance dans leur oeuvres. De plus, ils érotisent et sexualisent davantage la femme. Ce courant suit également l’arrivée du « tchador » (dans les représentations mais aussi dans la vie réelle), grand manteau noir cachant les formes et utilisé par les femmes dans l’espace public. Du côté masculin, la barbe prend de plus en plus d’importance dans les productions artistiques. Les nouvelles attentes du genre occidental tendent a introduire les parures et joaillerie au sein des portraits, mais également à favoriser la figure militaire, peu présente auparavant: l’idéal de l’homme sensible disparait alors. Bien que certaines réactions traditionalistes perdurent, elles restent minoritaire, présentes surtout hors des grandes villes. L’occidentalisation a ainsi poussé à une binarisation du genre en Iran.


Rétrospective sur la transidentité en Iran


Dans l’Iran de ce siècle, il restait une zone grise vis à vis des personnes transgenres. Ces dernières existaient déjà dans le pays mais leur inclusion s’est accélérée suite à la révolution islamique de 1979. Lors de cette période, Maryam Khatoonpour Molkara, femme transgenre a ainsi réalisé beaucoup pour cette communauté en s’attirant le soutient de l'ayatollah Khomeini. Néanmoins, il serait faux de parler de « paradis transgenre » pour désigner l’Iran d’aujourd’hui, la situation de ce pays étant bien plus complexe. Les transitions peuvent en effet être forcées et la binarité de genre reste obligatoire (pas d’inclusion envers les personnes non-binaires…). L’Iran reste pour l’instant dans une volonté de rendre la société hétérosexuelle et cisgenre (par exemple, si une personne est homosexuelle, elle doit impérativement faire une transition pour changer de genre). Enfin, le fondamentalisme religieux et la négation pour certains, l’ignorance pour d’autres, du passé culturel obligent à croire qu’un long chemin reste à parcourir pour davantage d’inclusion dans la société iranienne.


Noémie Dcy

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