Retour sur conf' - Yémen : la crise oubliée



Le 10 février, dans le cadre de leur campagne Act For Yemen, les associations Amnesty International, Espolidarité et Espoména ont reçu Laurent Bonnefoy, politologue et chercheur au CNRS, spécialiste sur le pays.


Contextualisation

Laurent Bonnefoy a d'abord recontextualisé la situation au Yémen. Depuis maintenant 6 ans, le Yémen est en guerre civile. Contrairement à l'approche des médias, qui est souvent d'appréhender le Yémen uniquement comme le théâtre du conflit Israélo-Saoudien, le politologue met au centre de ses recherches l'histoire yéménite.

Cette guerre oppose différents groupes. D'abord les Houthis, minorité zaïdite, branche dérivée du chiisme, qui en 2004 se rebellent contre le gouvernement légitime afin d'avoir plus d'autonomie. Ce groupe se concentre plutôt dans le Nord du pays. Face à eux se trouvent les Sudistes, qui comme leur nom l'indique se situent dans le Sud. Ils sont opposés au Houthis mais souhaitent également une sécession Nord/Sud du pays. Le gouvernement légitime quant à lui souhaite conserver le Yémen unifié. En 2015, un nouvel acteur entre dans le conflit : en effet le groupe terroriste Al-Qaïda profite de l'instabilité du pays pour gagner en territoire. Ce mouvement djihadiste a surtout sévi entre 2015 et 2016.


Efforts internationaux

La communauté internationale a cherché à régler le conflit par différentes tentatives. D'abord, avec le vote du maintien au pouvoir du président Hadi et ainsi du maintien de l'unité du Yémen par le conseil de sécurité. Ensuite, par la signature de deux accords au sein de l'ONU. Le premier, suite aux négociations de Stockholm, a permis la mise en place d'un cessez-le-feu sur les côtes de la Mer Rouge. Le second, dont la réussite est plus mitigée, visait à rassembler les groupes anti-houthistes face aux rebelles.

Cependant, plusieurs éléments font obstacle à la fin du conflit. En effet, la résolution 2216 votée lors du conseil de sécurité considère comme unique chef d'État légitime le président actuel, Hadi. Cela rend toutes autres possibilités d’une fin de conflit difficiles à mettre en place. S'ajoute à cela les tensions israélo-saoudiennes, chacun des pays se battant pour l'hégémonie du Moyen-Orient ainsi que pour mettre la main sur des lieux stratégiques pour l'acheminement du pétrole. Laurent Bonnefoy précise cependant que malgré l'arrêt du soutien de l'Arabie Saoudite et de l'Iran au Yémen, le conflit ne cesserait probablement pas étant donné les tensions déjà existantes au sein du pays.


Une crise humanitaire en arrière-plan

Derrière ce conflit se développe une des plus grandes crises humanitaires du monde. Cette situation, qui passe souvent au deuxième plan dans les médias, est pourtant très préoccupante. La population est confrontée à de nombreuses maladies telles que le choléra, la diphtérie, le VIH et aujourd'hui le Covid-19. Face à cela, le système de santé yéménite est désarmé manquant de personnel de santé, d'hôpitaux et de médicaments. S'ajoute à cela la malnutrition et le défi environnemental. Au Yémen, la population est censée doubler tous les 20 ans. Cependant, il fait déjà partie des pays qui possèdent les plus faibles ressources en eau par habitant. Ces derniers étant pour la majorité situés dans les hautes montagnes, zone de stress hydrique, leur déplacement n'amènerait que plus de conflits.

Cette crise humanitaire reste pourtant secondaire parmi les préoccupations du pays et de la communauté internationale qui se concentre davantage sur la résolution de la guerre civile.



Joséphine de Wailly

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