Retraites: une réforme revisitée pour faire face à la contestation ?

Quinquennat « Acte II ». Pour la seconde partie de son mandat, Emmanuel Macron s’attaque à un obstacle d’envergure, la réforme des retraites. Le 25 octobre dernier, dans son avion retour de la Réunion, celui-ci déclare aux micros d’RTL « Je n’aurai aucune forme de faiblesse ou de complaisance ». Prêt à aller jusqu’au bout quitte à sombrer dans l’impopularité selon ses propres dires. Cependant, c’est bien vers une révision de la réforme initialement imaginée par Jean-Paul Delevoye que semble s’orienter l’exécutif. L’objectif étant d’éviter un nouvel épisode de contestation après celui des Gilets jaunes. Le 5 décembre promet d’ores et déjà d’être mouvementé. Une journée d’action interprofessionnelle réunira les agents de la SNCF, de la RATP et les principaux syndicats nationaux dont la CGT contre la suppression des régimes spéciaux prévue par la réforme.


La clause du « grand-père » comme levier de négociation ?


Pour tenter de calmer les ardeurs des futurs manifestants, le gouvernement réfléchirait à un assouplissement du calendrier initialement prévu afin d’étaler la réforme dans le temps. Pour se faire, celui-ci miserait sur la clause du « grand-père » consistant à n’appliquer la réforme qu’aux futurs entrants sur le marché du travail, à partir de 2025. Initialement, la réforme devait pourtant concerner les personnes nées à partir de 1963. Pour autant, cette stratégie ne fait pas l’unanimité et divise au sein même de la majorité. Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire aux retraites, s’y est dans un premier temps opposé. Dans les colonnes du Parisien-Aujourd’hui en France, il a déclaré que le recours à la clause du « grand-père » serait un renoncement pur et simple à la réforme initiale. Ces propos auraient par ailleurs fait l’objet d’un recadrage interne par Emmanuel Macron et Edouard Philippe. Vendredi dernier, le haut-commissaire a été obligé de clarifier la situation pour ne pas alimenter d’avantage une polémique naissante : « La décision politique appartient au Président de la République et au Premier ministre et elle s'impose à tous ». La promesse initiale du « système universel de retraite plus simple, plus juste, pour tous » est aujourd’hui remise en question. Si cette réforme ne concerne que les nouveaux entrants sur le marché, elle ne s’appliquera en effet plus universellement. Se pose également la question des Français concernés par la clause. Il est difficilement envisageable que celle-ci ne concerne les seuls régimes spéciaux. L’équité, promesse phare de la réforme, serait trahie. Quoi qu’il en soit, la fin des régimes spéciaux serait retardée de 2025 aux années 2060.


Pour un certain nombre de députés de la majorité, cette réforme s’avère très périlleuse. Il a même été question d’un report de celle-ci à un hypothétique second mandat. Un constat fait néanmoins l’unanimité : les marcheurs n’abordent pas les élections municipales de mars prochain avec facilité. L’allongement de l’espérance de vie et de la dégradation du rapport entre actifs et inactifs témoignent pour autant de la nécessité de réformer le système actuel.


Mais alors que contient concrètement la réforme ?


L’objectif de la réforme version Delevoye est l’instauration d’un système par points dans lequel chaque euro cotisé donne les mêmes droits à tous les Français, quel que soit leur métier ou leur statut. Une harmonisation du taux de cotisation à 28% est ainsi prévue avec des exceptions pour les indépendants.


Autre élément au cœur des débats, la disparition des quarante-deux régimes de retraites et la fin des régimes spéciaux. Ces derniers permettaient jusqu’à lors à leurs bénéficiaires d’obtenir des droits à la retraite différents selon la pénibilité de leur travail et un départ à la retraite plus précoce que leurs homologues du privé. Ainsi, certains agents de la SNCF peuvent partir à la retraite dès 52 ans quand l’âge moyen de départ est de 57 ans pour les cheminots. De plus, c’est l’ensemble de la carrière qui sera prise en compte pour le calcul des retraites, quand seuls les 6 derniers mois de salaires pour les fonctionnaires et les 25 meilleurs années pour les salariés servaient jusqu’à lors aux calculs. Une diminution des pensions de retraites est redoutée par bon nombre de français avec l’application de ces nouvelles modalités. L’âge légal du départ à la retraite ne change pas et reste fixé à 62 ans. Pour inciter les français à travailler plus longtemps, il est aussi prévu d’allonger la durée de cotisation nécessaire à l’obtention d’une retraite à taux plein. Autre possibilité étudiée, la fixation d’un âge pivot à 64 ans. Ainsi, toute personne partant avant cet âge subirait un malus quand les personnes dépassant celui-ci verraient leur pension augmenter.


Les futures mobilisations contre la réforme seront-elles massivement suivies ? Réponse le 5 décembre prochain dans ce qui constitue un véritable test, tant pour la majorité que pour les opposants à la réforme.


Maxence Lorent

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