Saga Culture du viol - ep #3


Et nous voilà donc, après des siècles de génocide constant envers notre consentement, à l’aube d’un dénouement de la parole qui soulage autant qu’il dérange.

Crédits : Image provenant du site L’aaatelier, NINA TUNON DE LARA, SOUAD MARTIN-SAOUDI, CLÉMENCE MOUTOUSSAMY



Mais alors qu’elle se répand sur les médias et dans les discours, que signifie cette expression barbare qu’est « la culture du viol » et qui peut paraître démesurée ?


Pour la comprendre il faut s’intéresser à ce silence, voire à cette acceptation de masse, envers des comportements et des paroles qui s’introduisent dans l’intimité d’une personne en méprisant son accord que ce soit physiquement ou non. Car il est très rare de voir quelqu’un crier haut et fort qu’il est en faveur du viol, à part quelques masculinistes à l’exemple d’Alain Finkielkraut qui avait choqué avec sa remarque « Je dis aux hommes : violez les femmes. » prononcée sur le plateau télévisé de « La Grande confrontation » sur LCI et dont l’incertitude du contexte avait fait polémique. Outre ces comportements explicites incitant au viol, la plupart d’entre nous sommes théoriquement contre toutes violences sexuelles quelles qu’elles soient. Et pourtant… la culture du viol vient bouleverser nos esprits puritains pour nous prouver que nous sommes tous plus ou moins responsables de l’entretien de cette situation d’oppression souvent sans même en avoir conscience.


Il n’est pas toujours aisé de discerner ce qui est acceptable ou non en raison du façonnement patriarcal de notre société et de certaines coutumes étouffantes. C’est la raison pour laquelle malgré l’existence d’un certain nombre de victimes masculines, c’est le féminisme qui se montre comme le mouvement principal à se battre contre cela.


Pour approfondir la compréhension de ce phénomène complexe, on peut détailler trois de ses fondements.

Avant tout, la culture du viol passe par le fait de minimiser les violences sexuelles et donc, inévitablement, de les banaliser. Car oui, la culture du viol ce n’est pas forcément un encouragement du viol, la plupart du temps cela se traduit par de l’inaction et par de vieilles habitudes qui paralysent et endorment notre réflexion. Ces habitudes bien ancrées et maintenues par de nouvelles sources (publicités, jeux vidéo, films, etc.) laissent penser que le consentement n’est pas indispensable, que l’on peut imposer certains de ses désirs et parfois même que l’on sait mieux que l’autre ce qu’il désire. Malheureusement si la plupart d’entre nous nous croyons capables de prendre du recul et de reconnaître les limites, les chiffres ne mentent pas : 1 personne est violée toutes les 7 minutes en France. Ceci témoigne bien du fait que tout ce que nous avons cité avant banalise ces actes mais aussi qu’il existe partout autour de nous des hommes toujours incapables de respecter le consentement des autres.


Que ce soit par le prince charmant qui embrasse une personne inconsciente dans la Belle au bois dormant, par le harcèlement considéré comme de la séduction flatteuse, par le copain un peu trop insistant sur ses soi-disant besoins, ou par les vidéos pornographiques mettant en scène des viols : on vit depuis toujours dans un environnement social et médiatique où le viol, et de manière générale le non-respect du consentement, ne sont pas totalement considérés comme inexcusables et sont parfois même érotisé dans l’esprit de certains. Cela est sûrement renforcé par le fait que le viol n’est pas universellement considéré comme un crime. C’est le cas en Inde par exemple où le viol conjugal n’est pas condamné. Et pourtant, 90% des viols sont commis par quelqu’un que la victime connaît. On est donc très loin du schéma d’agression dans une ruelle sombre qui a lieu tard le soir, de la part d’un homme étrange qui nous suit et nous menace avec un couteau. Même si ce risque existe, la majorité des cas ont lieux au domicile, au lieu de travail, entre amis, par son conjoint ou une connaissance : soit dans des conditions qui devraient inspirer confiance.

D’autre part ceci floute complétement la définition de « violeur » en en faisant un stéréotype diabolique très éloigné de la réalité, et surtout très éloigné de nous, et qui désinforme indirectement sur la nature du danger. Et ce phénomène est malheureusement en partie à l’origine d’une suspicion systématique à l’encontre des victimes qui osent parler ou même déposer plainte.


En effet, cette image est si ancrée dans notre mémoire collective qu’on remet trop facilement en doute la parole des victimes lorsqu’on est face à un cas de figure qui ne correspond pas à nos « attentes » limitées. Cet exemple nous permet d’en arriver aux deux derniers fondements de la culture du viol, qui sont étroitement liés : La culpabilisation des victimes, et le silence qui leur est imposé par les autres mais aussi par elles-mêmes. Cette remise en cause de la parole des victimes est accompagnée d’un renversement des rôles de chacun. Il arrive que devant la loi, les victimes soient accusées de mentir pour de l’argent, pour nuire à la réputation ou pour des vengeances d’ordre personnel. Mais la véritable culpabilisation envers les victimes à lieu dans la société de manière générale.


En effet que ce soit la tenue qu’elle portait, un comportement jugé trop séducteur, le fait qu’elle sorte seule le soir, sa consommation d’alcool, le fait qu’elle n’ait pas dit non explicitement : Les excuses sont innombrables pour remettre la faute sur la victime. Le mouvement « It’s On Us » a tourné plusieurs vidéos qui prouvent avec simplicité mais surtout avec succès l’illogisme de ces excuses qui cherchent à décrédibiliser les victimes ( https://www.youtube.com/watch?v=BYwj9oP5ew0 ). En plus de cela, on assiste chaque année à des exemples publics de l’inaction juridique et sociétale face à ce problème. De Gérald Darmanin en politique à Roman Polanski dans le monde artistique, toutes les accusations publiques qui ont pu être portées sur des personnes n’ont abouti à rien. Qu’ils conservent leurs fonctions ou qu’ils soient récompensés par un césar c’est le même message sinistre qui est véhiculé : les violeurs gardent toujours leur impunité.


La culture du viol alimente donc non seulement une culpabilisation et un jugement extérieur redouté par les victimes mais aussi une culpabilisation personnelle qui n’a pas lieu d’être. Si on ajoute à cela la honte, la peur, l’intimidation de la part des agresseurs, le choc qui peut mener à une amnésie traumatique, le déni, le fait que la personne fasse partie de l’entourage, la peur des réactions de nos proches, etc… On comprend rapidement que même quand le silence n’est pas imposé par d’autres, les victimes se bâillonnent parfois elles-mêmes.


Cependant, lorsque celles-ci trouvent le courage de parler, comme c’est le cas de plus en plus grâce à des mouvements libérateurs et à des figures inspirantes, nous devons nous assurer tous autant que nous sommes d’être prêts à écouter, à entendre, et à rendre justice. La culture du viol n’est plus une fatalité, elle est perpétuée par l’éducation que l’on donne, par la désinformation quant aux violences sexuelles, par ce que l’on accepte, par nos réactions : elle passe donc par nous tous.


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