Suspension d’activité pour l’abattoir du Boischaut, petite victoire pour la cause animale

Ce Vendredi 2 Novembre, l’association de lutte pour la cause animale L214 a diffusé des images d’horreur provenant de l’abattoir du Boischaut dans la commune de Lacs (Indre). Une plainte a été déposée contre l’établissement pour maltraitance animale.

Les militants de L214, avec l’implication de la chanteuse Samaha Sam (du groupe Shaka Ponk), ont dénoncé dans une vidéo les mauvais traitements infligés aux animaux. A cette vidéo s’est joint un dépôt de plainte ainsi qu’une incitation à renoncer à la consommation de viande. Chaque année, cet abattoir procède à l’équarrissage de 17.000 animaux. La vidéo montre des moyens violents ne respectant pas les règlementations françaises et européennes en matière d’abattage. En effet, le personnel est en premier lieu tenu de «ne pas faire souffrir les animaux dans toutes les opérations d’acheminement et de mise à mort». Depuis un décret de 1964, il est d’ailleurs obligatoire de rendre les animaux inconscients avant la mise à mort. Pourtant, le pistolet à tige perforante, le «matador», ayant pour rôle d’étourdir vaches et chevreaux, se révèle être définitivement inopérant si l’on en croit leurs gémissements. Ailleurs en France, les autres caméras cachées l’avaient déjà démontré. Les bruits comme les images sont insoutenables, les animaux sont découpés avant d’être tués. On peut voir un employé transpercer la patte d’un chevreau encore en vie pour le suspendre. Les conditions d’abattage sont inhumaines, et c’est sans parler du manque total de respect des règles d’hygiène qui sont rendues évidentes.

Face à ces images extrêmement choquantes, le préfet de l’Indre a décrété une suspension temporaire d’activité pour l’établissement. Les associations et ministères condamnent sévèrement ces actes et exigent une fermeture définitive du lieu. Bien que très peu clair sur sa position concernant le glyphosate, Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, s’avère être limpide sur sa révulsion face aux pratiques employées dans cet abattoir. François de Rugy, ministre de la Transition Ecologique, s’est également insurgé contre des actes « inadmissibles en France en 2018 ». Il affirme également que «les inspections et audits ne suffisent plus, il faut maintenant contrôler les abattoirs en continu ». Le gouvernement profite de l’évènement pour rappeler le caractère urgent et prioritaire de la lutte contre la maltraitance animale.

Une règlementation européenne, applicable à tous les pays membres, indique depuis 2013 que « chaque abattoir doit désigner un responsable qui est garant de la bonne application des mesures relatives au bien-être des animaux.» Afin de responsabiliser davantage les différents acteurs, le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation s’est engagé dans une nouvelle stratégie politique. Elle s’étend sur la période 2016-2020 dans une logique éthique de protection du bien-être animal. Ce protocole d’action porte sur un partenariat entre le Ministère et le secteur privé, à la fois professionnel et associatif. L’objectif est avant tout de diffuser le savoir, responsabiliser les acteurs, assurer une prévention ainsi que des sanctions adaptées. Ces contrôles doivent s’effectuer avec appui du Ministère de la Justice et les services d’inspection doivent notamment être plus efficients. Un centre national de référence bien-être animal français (CNR) a été créé en 2017, impliquant des acteurs dans la recherche et l’innovation.

Samaha Sam précise dans la vidéo que « les commanditaires de ce meurtre alimentaire, c’est nous », et invite les distributeurs à renoncer à l’approvisionnement auprès de ces abattoirs.

En réponse à ce scandale, Carrefour et Système U ont confirmé à l’AFP leur rupture avec l’abattoir du Boischaut. Son directeur a répondu à ses détracteurs par une plainte déposée contre L214, leur reprochant la capture d’images ainsi que l’intrusion dans leurs locaux.

Par ailleurs, il s’agit d’un établissement « certifié bio » et géré par les pouvoirs publics locaux, la communauté de communes du Pays de la Châtre-Sainte-Sévère. Mais qu’est-ce qu’un abattoir certifié « bio » ? Le label AB (agriculture biologique) est attribué par l’Agence française pour le développement et la promotion de l’agriculture biologique, dite Agence Bio. Il garantit entre autres un respect des équilibres naturels, de l’environnement et du bien-être animal ainsi que le respect de la réglementation en vigueur en France. Un autre critère fondamental est la préférence pour les circuits courts. Les animaux doivent provenir d’une exploitation située au plus proche de l’abattoir, il en est de même pour les lieux de distribution de la viande. Mais qu’en est-il de l’éthique et du bien-être animal ? Le bio existerait donc-t-il uniquement pour rassurer le consommateur ? En 2009, si l’on en croit le magazine Slate,un tiers des produits français issus de l’agriculture biologique provenait de pays étrangers. Pourtant, le principal objectif est la protection de l’environnement, par extension la réduction de la pollution liée au transport. Les conditions d’attribution de la certification biologique sont à ce jour discutable au vu du procès en cours. Qu’en est-il du contrôle a posteriori des pratiques employées dans ces établissements ?

C’est un combat sans relâche que mène L214 depuis maintenant 10 ans. En ce qui concerne leurs luttes en cours, le directeur de l’abattoir de Mauléon, en Pyrénées-Atlantiques, a été inculpé et condamné à six mois de prison avec sursis pour maltraitance animale et « tromperie aux consommateurs ». Le jugement a été donné ce lundi 29 octobre, trois ans après la diffusion d’une vidéo du même acabit filmée dans leurs locaux par L214.

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