Tirs à balles réelles à Hong Kong


A l’occasion des 70 ans de la République Populaire de Chine, des manifestations particulièrement intenses ont eu lieu à Hong Kong le 1er octobre. Ce jour de fête nationale a été revendiqué “jour de colère” par les manifestants, qui ont montré leur volonté de défier Pékin en bravant l’interdiction de se rassembler.

Au cours de la journée, Tsang Chi-Kin, étudiant de 18 ans, a été blessé grièvement par un policier. Touché par balle près du coeur, le jeune homme se bat toujours pour sa vie à l’hôpital.

Cet usage disproportionné de la violence a choqué une grande partie de la population chinoise et internationale, et de nouvelles manifestations se sont déclenchées dans toute la ville en réponse à cet acte. « J'irai partout où il y aura des manifestations (...) Je suis dehors ce soir pour une raison simple. On ne tire pas à bout portant sur un adolescent. Ces manifestations vont continuer et nous ne lâcherons rien », a ainsi déclaré un Hongkongais cette semaine.

Les contestations à Hong Kong durent maintenant depuis près de six mois, et on assiste à une escalade inquiétante de la violence.

Afin de comprendre les revendications des manifestants, il est nécessaire de revenir sur la situation particulière de Hong Kong. Après avoir été une colonie britannique pendant 155 ans, la ville a été rétrocédée à la Chine en 1997 avec la promesse de garder une certaine autonomie pendant au moins 50 ans. Le territoire possède ainsi le statut de “région administrative spéciale”, et obéit donc au principe “un pays, deux systèmes”, ce qui lui permet de conserver son propre système légal, sa monnaie, et son organisation politique et économique. Ce texte lui garantit également des droits qui n'existent pas sur le continent, comme la liberté d'expression ou le droit de grève.

Seulement, en février 2019, le gouvernement de Carrie Lam, la cheffe de l'exécutif hongkongais et représentante de la région auprès de la Chine, a introduit un projet d’extradition qui permettrait le transfert vers la Chine de n’importe quelle personne considérée comme délinquante ou fugitive.

De nombreuses voix se sont alors élevées pour protester contre cet amendement qui permettrait à la Chine continentale d'intervenir dans le système juridique de Hong Kong, menaçant ainsi la sécurité personnelle des Hongkongais. Au début de l’été, les contestations se sont exprimées à travers d’importantes grèves qui ont paralysé la région et l’aéroport, puisque de nombreux vols ont été annulés faute de personnel.

En réaction à ces évènements, Carrie Lam a décrété le 15 juin la suspension du projet de loi, sans pour autant promettre de l'enterrer.

Les demandes des manifestants se sont alors multipliées et diversifiées pour englober des exigences pro-démocratiques, une plus grande autonomie vis-à-vis de Pékin, et la démission de Carrie Lam.

Quant aux grèves, elles se sont transformées en manifestations inédites notamment du fait des techniques originales utilisées par les manifestants : cônes de signalisation pour contenir les bombes lacrymogènes, parapluies contre les balles en caoutchouc et vaporisateurs, lunettes de piscine et film alimentaire pour se protéger des irritations... Pour éviter de se faire encercler par la police, plusieurs manifestations sont organisées en même temps à divers endroits par des centaines de milliers de personnes chaque week-end. Et chaque week-end, on déplore des centaines de blessés et d’arrestations violentes.

Le gouvernement chinois ne semble pas prêt de céder aux revendications, et comme l’avait annoncé un haut responsable en août : “ceux qui jouent avec le feu périront par le feu”. La question des violences policières et de la forte répression organisée sur les citoyens est inquiétante, d’autant plus que Pékin reste sourde aux timides reprises à l’ordre de la communauté internationale.

0 vue0 commentaire