Unissons à l’Horizon ?

Dernière mise à jour : 20 déc. 2021

LE CANARI Y ETAIT !


Nouvelle, offre, politique ?

Comme c’est souvent le cas en politique, les mots sont choisis. Prenez donc une offre ; se présupposant donc la réponse à une demande latente ; un renouveau assumé et une once de « politique » et voilà que vous obtenez : « Horizons ». Le 9 octobre dernier, Édouard Philippe dévoilait ainsi sa recette pour une politique « de demain ».

À l’occasion de l’ouverture des adhésions lundi 22 novembre dernier, décryptons ensemble les propositions de ce parti « d’une nouvelle offre ».


Horizon, la réponse mystérieuse au brouillard

L’intrigue réside dans une « recomposition intellectuelle partisane difficile mais nécessaire ».

Partons tout d’abord du constat sur lequel il s’appuie. On en parle à tords, à travers et dans tous les journaux, le clivage partisan tend à s’effacer. Le concept du parti a perdu de son sens, d’autant plus pour les jeunes générations. L’adhésion à un parti n’est plus le réflexe qu’il a été. L’offre « Horizons » se veut être la réunion d’une part de ceux qui ne se reconnaissent plus dans un ou l’autre des cotés partisans mais aussi la réunion de ceux qui adhérent à un parti traditionnel et ressentent un manque d’efficacité. Horizons c’est un « positionnement, c’est devant, avec une logique de partenariat, de rassemblement, autorisant la double appartenance ».



Les vertiges d’une société troublée

Se proposant comme solution, Édouard Philippe commence bien par définir les problématiques : « Les 4 vertiges ».


Le vertige démographique

Le constat est radical ; accélération, massification, vieillissement de la population et problématiques grandissantes d’une jeunesse qui ne sait plus où donner de la tête. Édouard Philippe pose ce qu’il voit comme des défis. Présentant ce premier point, il se veut social. Un bon point pour celui qui se veut rassembleur des « horizons » de l’échiquier.

Jusqu’à maintenant les idéologies politiques ne se construisaient une identité forte que dans un rapport d’opposition à une autre idée avec laquelle elles ne partageaient que leur forme sociale en tant que « parti ». Cette nouvelle offre telle qu’elle est présentée souligne donc ce changement de structure de l’échiquier politique. Cependant les grands défis politiques de notre temps ne se limitent pas à l’effacement du clivage partisan et les problématiques intergénérationnelles. Horizons se veut donc communautaire.

Malgré tout Édouard Philippe prend des positions fortes et met les pieds dans le plat des sujets clivants. Il définit l’immigration comme une « discussion sparadrap alors que c’est un réel projet qui mériterait notre attention », partageant une citation de Monsieur Sarkozy : « La crise migratoire n’a pas commencée elle est à venir ». Et ce tout en réaffirmant son inconditionnel soutient au « presque candidat » Emmanuel Macron.


Le vertige environnemental

Sujet préféré de la gauche française, le parti attrape-tout s’empare aussi de l’écologie. Sur un fond d’anecdote qui résonne comme celle racontée lors d’un diner entre amis, Édouard Philippe expose sa prise de conscience écologique. Comptant les insectes disparus de son parebrise, le fondateur du parti s’indigne d’une Terre sur laquelle « il y a de plus en plus d’humains et de moins en moins d’animaux ».


Le vertige géopolitique

« Laissez donc la Chine dormir, car lorsque la Chine s'éveillera le monde entier tremblera » Napoléon Bonaparte en faisait déjà une inquiétude au travers du film 55 jours à Pékin, Édouard Philippe fait face à la réalité.

Nous y sommes arrivés, nous avons gardé les yeux fermés sur son doux réveil mais voilà est venu le temps où la Chine s’est rendue incontournable.

Le constat est fort déstabilisant pour la géopolitique française, le « Géant qui sommeil » n’est plus si somnolent. Édouard Philippe l’assume, même les plus visionnaires concernant l’essor chinois ne s’attendaient pas à une telle montée en puissance.

Un monde jusqu’alors confortablement européo-centré se voit jeté dans la tourmente du monde multipolaire au sens littéral du terme.

« L’axe du monde » devient cette tension croissante entre les États-Unis et la Chine, grands concurrents aux antipodes du monde.

« La Chine c’est l’histoire du monde en 200 ans ». C’est un nouveau défi.

C’est le défi de la géopolitique, des relations internationales et diplomatiques mais aussi un défi français. Surplombés par les deux imposants oncle Sam et géant plus tout à fait somnolant, nous risquons d’être placés à la périphérie du nouveau monde.

« Le multiculturalisme est pan par pan remis en cause »


Le vertige technologique

Ou plutôt la perte de l’identité humaine. « On est passé du désir de l’homme de réparer l’homme à la possibilité de l’homme d’améliorer l’homme. ».

Par quoi nous différencions nous ? Qui est l’humain ? Édouard Philippe considère l’identité de l’humain comme celle de l’intelligence. Mais une nouvelle forme d’intelligence a éclos et pour la première fois il se pourrait bien que l’homme se fasse supplanter. Comble de l’ironie, souvent fait terrain de jeux pour les films de science-fiction, ce sont nos créations qui pourraient bien effacer cette frontière de l’identité humaine. Voilà le 4ème et dernier malaise de notre temps. Édouard Philippe prévient :

« Le prochain virus que nous [aurons] à affronter [sera] informatique, technologique plutôt que biologique »



Les défis d’une « nouvelle offre politique »

Les défis ne s’arrêtent pas aux vertiges de notre société contemporaine. Si la France veut s’assurer une place dans le « nouveau monde » alors elle doit s’y préparer dès maintenant. Voilà la doctrine d’Horizons.

Pour construire une identité politique il est essentiel que cette offre se place en antagoniste de quelques autres déjà connues. Édouard Philippe dans sa peur de dénoncer le gouvernement actuel, marche sur des œufs quant à sa prise de position au sujet de l’économie du pays. Il se justifie, « ce n’est pas une critique du quoi qu’il en coûte », « sans critique du gouvernement »…

Pourtant les constats sont factuels.

Ce sont les symptômes d’aujourd’hui qui causeront les pertes de demain. Dans la salle de la grande annonce, on a presque l’impression qu’Édouard Philippe est conscient de l’urgence. Pourtant le discours est au futur… et aujourd’hui ?

On manque d’objectifs clairs, et la conséquence est telle qu’on ne sait pas construire la France de demain. Quelle administration ? Que sera devenue la ville dans 10 ans ? Édouard Philippe met en lumière les communes et affirme sa volonté de les revaloriser. Définir un modèle de ville française, donner la parole aux maires, renouer le lien de proximité… un discours qui se veut donc décentralisateur.



Homme de parole ou Homme de mots ? Edito

La salle est comble, le public assez hétérogène malgré un manque latent de jeunes. Chaque mot est choisi, la présentation est orchestrée au mot près. Le ton est formel mais pas contraignant. Le discours d’Édouard Philippe laisse penser qu’on peut le contredire, débattre. Pourtant à la fin de la présentation, le mot journal le glace et nos questions resteront sans réponse. L’ancien Premier Ministre semble assumer les erreurs et propose de combler les manques. Il y a quelque chose de nouveau dans ce discours politique : l’absence de critique envers le camp adverse. La volonté de séduire l’opinion est assumée mais aucune critique du camp adverse n’est relevée.

Horizons semble se construire seul par la définition de chaque convaincu sans s’opposer aux autres formations politiques. C’est sûrement là qu’Édouard Philippe trouve son avance, des objectifs clairs, des opinions affirmées mais la volonté de convier tout le monde à la table. La stratégie semble fonctionner. Cependant voilà, la présentation s’est déroulée au Havre sur terrain conquit, prêchant à des convaincus.

Horizons est le premier parti de la sorte, petit frère d’En Marche, la trajectoire « fan club » semble avoir été rectifiée. Malgré tout pour le moment le parti reste très attaché à Emanuel Macron. Les idées sont là mais résonnent davantage comme de grandes promesses plutôt que des propositions concrètes. Ce qui pour le moment peut être compris étant donné la jeunesse de cette « nouvelle offre ». Cependant, pour se construire une identité forte et acquérir des adhérents, le parti devra rapidement faire ses preuves.

Horizons c’est un peu la concrétisation de la grande problématique de l’échiquier politique et de ce droite/ gauche datant de la création de l’Assemblée Nationale. Horizons devra cependant surement prendre garde à ne pas tomber du côté du véto du roi.

« Schizophrénie », « Sclérose », l’État est malade. Le gouvernement est presque en quarantaine, éloigné de ses électeurs. Les fractures sont profondes et les localités laissées pour compte dans le débat national. L’union Horizons aura-t-elle la réponse escomptée ? Le rêve d’un parti politique arc-en-ciel est-il accessible ?


Ici je laisse la plume pour vous donner l’occasion d’écrire sentiments et ressentiments à propos de ce changement d’horizons de l’échiquier politique. ;)

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